G.
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Par Libération, le Alors que tout le monde chinois
s'apprêtait à célébrer le nouvel
an lunaire, cinq membres de la secte Falungong se sont
immolés par le feu, hier après-midi sur la
place Tiananmen à Pékin, l'un d'eux - une
femme - succombant à ses brûlures. Un geste de
protestation sans précédent qui pourrait
être suivi, aujourd'hui, de nouvelles tentatives de
manifestation des adeptes de la secte à l'occasion du
premier jour de l'année du Serpent, comme les y a
invités sur l'Internet leur chef, Li Hongzhi, de son
exil aux Etats-Unis. Discrédit. C'est l'agence
officielle Chine nouvelle qui, inhabituellement, a rendu
publique l'information, précisant que les cinq
«intoxiqués du Falungong» se sont
aspergés d'essence simultanément vers 14h40.
Les policiers leur ont rapidement porté secours, et
les cinq personnes, originaires du Henan (Centre), ont
été emmenées à l'hôpital,
selon l'agence, dont les informations ne pouvaient pas
être confirmées de manière
indépendante hier soir. Un porte-parole du Falungong
à Hong-Kong a toutefois estimé hier soir qu'il
ne pouvait pas s'agir d'adeptes de la secte, qui condamne le
suicide. La célérité de Chine
nouvelle est sans doute due à la volonté des
autorités de discréditer le Falungong, de
montrer que ses adeptes sont des fanatiques
«intoxiqués» par le gourou
«hérétique» Li Hongzhi,
«meneur de la secte malfaisante». Ce
faisant, elle offre un martyr de plus à ce mouvement
qui, depuis un an et demi, multiplie les gestes de
défi vis-à-vis du régime communiste,
qui se révèle incapable, jusqu'ici, d'en venir
à bout. Les autorités avaient
multiplié les mesures de précaution à
l'approche du nouvel an lunaire, pour éviter la
répétition des scènes de l'an dernier,
ainsi que celles du 1er janvier: les adeptes du Falungong
avaient alors envahi par centaines la place Tiananmen et
avaient été arrêtés sans
ménagement par les policiers. Des images dont
Pékin préférerait se passer au moment
où la capitale chinoise fait campagne pour organiser
les Jeux olympiques de 2008. Luo Gan, le principal
responsable du parti communiste chargé du maintien de
l'ordre, a ainsi appelé en début de semaine
tous les policiers à «intensifier la lutte
contre la secte Falungong en la surveillant de
près». Sans peur. Mais là
où le régime a réussi, par exemple,
à museler la dissidence démocratique par un
mélange de lourdes condamnations et d'intimidation,
il se heurte, avec le Falungong, à un ennemi
implacable qui n'a pas peur de la répression. Or
celle-ci a été brutale et massive: depuis le
grand défi de la secte, avec sa manifestation d'avril
1999 devant le siège du pouvoir à
Pékin, puis son interdiction en juillet de la
même année, les adeptes ont été
arrêtés par dizaines de milliers. Selon le
Centre d'information sur les droits de l'homme de Hong-Kong,
au moins 104 membres de la secte sont morts en
détention en dix-huit mois, soit plus d'un par
semaine en moyenne, souvent de mauvais traitements, comme en
témoignent les traces de sévices
trouvées par les familles sur les corps qui leur sont
rendus. Des centaines d'autres - 242 selon un chiffre
officiel récent, sans doute plus en
réalité - ont été
condamnés à la prison ou à des peines
de «rééducation par le travail».
Rien n'y a fait, et il se trouve toujours des volontaires
pour se rendre à Tiananmen pour des manifestations
qui ne durent que quelques minutes avant que les policiers,
désormais omniprésents, ne les neutralisent.
Il se trouve aussi des adeptes pour coller des affichettes
du Falungong ou inscrire ses slogans sur les murs de la
capitale. Et, plus étonnant encore, il y a toujours
une structure clandestine qui parvient à coordonner
un minimum les actions de protestation, l'Internet et le
téléphone portable, très
répandus en Chine, leur facilitant évidemment
la tâche. La réponse politique du pouvoir
est faible. Récemment dans le Quotidien du
peuple, l'organe central du PC, une série
d'éditoriaux a tenté de diaboliser la secte et
engagé une lutte à mort contre ses dirigeants,
tout en faisant des adeptes des victimes que la
société doit sauver. Mais dans la
société de consommation sans foi ni loi qui
s'est mise en place sur les décombres du communisme,
théoriquement toujours au pouvoir, le parti n'a pas
de réponse au désarroi de nombreux citoyens,
laissés pour compte du développement. Si le
Falungong n'apporte pas plus de réponse aux
problèmes de la Chine, il est néanmoins devenu
le refuge d'une protestation qui puise profondément
dans les traditions chinoises. Et c'est sans doute ce qui
inquiète le plus un pouvoir qui n'a pas l'habitude
qu'on lui tienne tête si longtemps.