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G. Verna

Commentaires sur les mouvements philosophiques ou religieux émergents et les dérives sectaires Comments about sects - Comentarios sobre las sectas

 

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«La dernière chance de l'homme avant le chaos»

 

Le Falungong («la Voie de la loi de la roue») a fait son apparition discrète en Chine en 1992, en tant que groupe d'inspiration bouddhiste pratiquant le Qi Gong, cette technique ancestrale chinoise alliant exercices physiques et spirituels. Son fondateur et gourou, Li Hongzhi, 50 ans, a d'abord appartenu à la fédération nationale de Qi Gong, avant de créer son propre groupe. Il s'est quant à lui installé à New York en 1998, d'où il supervise le développement de son organisation. Il s'est autoproclamé «incarnation de l'esprit original de l'univers», et affirme représenter «la dernière chance de l'homme à l'approche du grand chaos». En 1999, lorsque le gouvernement chinois a lancé une campagne antireligieuse, le Falungong est sorti du bois, organisant en avril une manifestation pacifique de 10000 personnes devant Zhongnanhai, le siège du pouvoir à Pékin. Les manifestants réclamaient la reconnaissance de la secte, alors que Pékin ne reconnaît que cinq religions (bouddhiste, taoïste, musulmane, catholique et protestante) dans des conditions de contrôle absolu. Les autorités ont surtout été paniquées par cette mobilisation qu'ils n'avaient pas vue venir et qui révélait une organisation de plusieurs millions d'adeptes, aux nombreuses ramifications dans tous les secteurs de la société, y compris le PC et l'armée. Une lutte à mort s'engage, qui passe, en juillet 1999, par l'interdiction du groupe et une confrontation croissante entre le pouvoir et la secte.
PIERRE HASKI (Pékin)

 

Le nouveau défi de Falungong à Pékin
Cinq adeptes se sont immolés par le feu place Tiananmen.

Par PIERRE HASKI

Libération, le mercredi 24 janvier 2001

Alors que tout le monde chinois s'apprêtait à célébrer le nouvel an lunaire, cinq membres de la secte Falungong se sont immolés par le feu, hier après-midi sur la place Tiananmen à Pékin, l'un d'eux - une femme - succombant à ses brûlures. Un geste de protestation sans précédent qui pourrait être suivi, aujourd'hui, de nouvelles tentatives de manifestation des adeptes de la secte à l'occasion du premier jour de l'année du Serpent, comme les y a invités sur l'Internet leur chef, Li Hongzhi, de son exil aux Etats-Unis.

Discrédit. C'est l'agence officielle Chine nouvelle qui, inhabituellement, a rendu publique l'information, précisant que les cinq «intoxiqués du Falungong» se sont aspergés d'essence simultanément vers 14h40. Les policiers leur ont rapidement porté secours, et les cinq personnes, originaires du Henan (Centre), ont été emmenées à l'hôpital, selon l'agence, dont les informations ne pouvaient pas être confirmées de manière indépendante hier soir. Un porte-parole du Falungong à Hong-Kong a toutefois estimé hier soir qu'il ne pouvait pas s'agir d'adeptes de la secte, qui condamne le suicide.

La célérité de Chine nouvelle est sans doute due à la volonté des autorités de discréditer le Falungong, de montrer que ses adeptes sont des fanatiques «intoxiqués» par le gourou «hérétique» Li Hongzhi, «meneur de la secte malfaisante». Ce faisant, elle offre un martyr de plus à ce mouvement qui, depuis un an et demi, multiplie les gestes de défi vis-à-vis du régime communiste, qui se révèle incapable, jusqu'ici, d'en venir à bout.

Les autorités avaient multiplié les mesures de précaution à l'approche du nouvel an lunaire, pour éviter la répétition des scènes de l'an dernier, ainsi que celles du 1er janvier: les adeptes du Falungong avaient alors envahi par centaines la place Tiananmen et avaient été arrêtés sans ménagement par les policiers. Des images dont Pékin préférerait se passer au moment où la capitale chinoise fait campagne pour organiser les Jeux olympiques de 2008. Luo Gan, le principal responsable du parti communiste chargé du maintien de l'ordre, a ainsi appelé en début de semaine tous les policiers à «intensifier la lutte contre la secte Falungong en la surveillant de près».

Sans peur. Mais là où le régime a réussi, par exemple, à museler la dissidence démocratique par un mélange de lourdes condamnations et d'intimidation, il se heurte, avec le Falungong, à un ennemi implacable qui n'a pas peur de la répression. Or celle-ci a été brutale et massive: depuis le grand défi de la secte, avec sa manifestation d'avril 1999 devant le siège du pouvoir à Pékin, puis son interdiction en juillet de la même année, les adeptes ont été arrêtés par dizaines de milliers. Selon le Centre d'information sur les droits de l'homme de Hong-Kong, au moins 104 membres de la secte sont morts en détention en dix-huit mois, soit plus d'un par semaine en moyenne, souvent de mauvais traitements, comme en témoignent les traces de sévices trouvées par les familles sur les corps qui leur sont rendus. Des centaines d'autres - 242 selon un chiffre officiel récent, sans doute plus en réalité - ont été condamnés à la prison ou à des peines de «rééducation par le travail». Rien n'y a fait, et il se trouve toujours des volontaires pour se rendre à Tiananmen pour des manifestations qui ne durent que quelques minutes avant que les policiers, désormais omniprésents, ne les neutralisent. Il se trouve aussi des adeptes pour coller des affichettes du Falungong ou inscrire ses slogans sur les murs de la capitale. Et, plus étonnant encore, il y a toujours une structure clandestine qui parvient à coordonner un minimum les actions de protestation, l'Internet et le téléphone portable, très répandus en Chine, leur facilitant évidemment la tâche.

La réponse politique du pouvoir est faible. Récemment dans le Quotidien du peuple, l'organe central du PC, une série d'éditoriaux a tenté de diaboliser la secte et engagé une lutte à mort contre ses dirigeants, tout en faisant des adeptes des victimes que la société doit sauver. Mais dans la société de consommation sans foi ni loi qui s'est mise en place sur les décombres du communisme, théoriquement toujours au pouvoir, le parti n'a pas de réponse au désarroi de nombreux citoyens, laissés pour compte du développement. Si le Falungong n'apporte pas plus de réponse aux problèmes de la Chine, il est néanmoins devenu le refuge d'une protestation qui puise profondément dans les traditions chinoises. Et c'est sans doute ce qui inquiète le plus un pouvoir qui n'a pas l'habitude qu'on lui tienne tête si longtemps.