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En tant que professeure de religions et chercheure sur les
nouveaux mouvements religieux (les NMR, comme nous, les
universitaires, aimons les appeler), je peux inviter des
scientologues, des Hare Krishna et des moonistes à
parler dans le cadre de mon cours sur les cultes et
controverses religieuses à l'Université
Concordia. J'amène mes étudiants du
Collège Dawson visiter un temple Hare Krishna ou
à des baptêmes d'OVNI raëliens pour qu'ils
puissent observer les rituels.
Je ne m'étais jamais rendu compte à quel point
nous sommes gâtés. Les Canadiens jouissent d'un
degré de liberté académique et de
liberté religieuse jamais atteint dans la plupart des
autres pays, même en France, en dépit de sa
brillante tradition intellectuelle. Si j'étais une
sociologue française et que je me serais
comportée de cette manière, j'aurais perdu mon
emploi. On m'appellerait « une amoureuse des sectes
», « une Scientologue qui se cache » ou une
« révisionniste » minimisant les
atrocités perpétrées par les
sectes.
Choquée
par l'intolérance
Les chercheurs en sciences humaines ne sont pas
supposés faire des jugements de valeur, mais j'ai
été choquée par ce que j'ai
observé en France. Choquée par
l'intolérance et les préjugés envers
les minorités religieuses, les atteintes aux droits
individuels et, surtout, par la stupidité absolue et
l'ignorance délibérée du gouvernement
français, qui a créé la MILS (Mission
Interministérielle de Lutte contre les
Sectes).
Je donne un cours sur les méthodes de recherche au
Collège Dawson dans lequel les étudiants en
sciences sociales apprennent à ne pas croire aux
opinions populaires, mais à lire, à recueillir
des données en utilisant diverses méthodes
d'échantillonnage et à analyser les
données systématiquement avant de
présenter les résultats de leur recherche. Si
la MILS avait remis son rapport sur les sectes dans ma
classe, j'aurais été obligée de lui
donner la mention « échec
».
En France, les experts sur les sectes sont en fait fiers de
proclamer avec insistance que « nous n'avons rien
à faire avec les groupes que nous combattons ».
En mars, au tribunal de Pau, j'écoutais le
psychologue Michel Moreau qui écrit sur « les
manipulations mentales » (la version française
atténuée de la théorie du lavage du
cerveau/contrôle mental développée par
la CIA). Nous étions tous les deux des témoins
experts dans le jugement de parents des Douzes Tribus qui
étaient accusés de négligence
criminelle conduisant à la mort de leur enfant qui
était né avec une malformation
cardiaque.
Quand le juge a demandé à Moreau s'il avait
déjà visité la communauté des
Tribus, il a répondu « non » et il a
continué en faisant de vagues
généralisations, comparant le groupe au Temple
Solaire. Il était très évident qu'il
n'avait rien lu sur les Tribus, lesquelles sont un groupe
unique parmi les NMR.
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« J'ai été choquée par ce
que j'ai observé en France. Choquée
par l'intolérance et les
préjugés envers les minorités
religieuses, les atteintes aux droits individuels
et, surtout, par la stupidité absolue et
l'ignorance délibérée du
gouvernement français.
»
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Lorsque j'ai témoigné que j'avais mené
des recherches sur le terrain sur le groupe depuis 1989 dans
le Vermont et que j'avais publié six articles, deux
chapitres de livre et deux entrées dans une
encyclopédie les concernant, il est devenu clair
qu'en France, une véritable recherche sur le terrain
disqualifie le chercheur en tant qu'expert. J'étais
contaminée parce que j'avais frayé avec
l'ennemi. On m'a demandé si j'étais un membre
de la communauté. Ma recherche a été
rejetée par le juge parce qu'elle n'avait
été effectuée qu'aux États-Unis
et parce que mon séjour dans la communauté
française des Douze Tribus n'avait duré que
cinq jours. Les parents ont été
condamnés à six ans de prison, et le juge a
décidé que, à moins que les enfants des
Tribus ne soient envoyés à l'école
publique et vaccinés, ils seraient enlevés
à leur famille et leurs pères envoyés
en prison.
Il était clair pour moi que si ces parents avaient
été laïques, ils auraient pu mieux se
défendre. S'ils avaient été
catholiques, la mort tragique de leur enfant n'aurait pas
été utilisée pour contrôler et
stigmatiser l'Église catholique.
Je me sentais frustrée. J'avais pris une semaine de
congé de l'enseignement, pris l'avion pour la France,
planifié mon témoignage pour me faire dire de
la fermer, vraisemblablement parce que j'étais une
affreuse Américaine ayant des notions peu judicieuse
de la liberté religieuse qui avait même eu le
mauvais goût de frayer avec les
sectes.
Des
sectes dangereuses?
Le rapport Guyard de 1995 sur les sectes, commandé
par l'Assemblée nationale, a compilé un
rapport de 172 sectes présumées dangereuses.
J'étais sidérée de voir que le rapport
avait faussé la philosophie de Raël et
fait de fausses allégations de conduite criminelle.
Même les dates de l'histoire raëlienne
étaient rapportées
incorrectement.
Quelques groupes ont réussi à faire enlever
leur nom de cette infâme liste. Les mormons (dont le
nombre de saints des derniers jours s'élève
à plus de 10 millions) ont été
retirés de la liste, mais d'autres églises
minoritaires chrétiennes science
chrétienne, adventistes du septième jour et
témoins de Jéhovah y sont toujours et
elles ont toutes vu leur reconnaissance légale
retirée et ont été frappées
d'arriérés d'impôt.
Une féministe qui organisait des activités
d'artisanat à l'échelle internationale pour
aider des femmes des pays du tiers monde à se prendre
en main a été choquée de
découvrir qu'elle figurait sur la liste. À son
soulagement, le malentendu a été
clarifié et son nom retiré de la liste. Lors
d'interviews, les secrétaires-trésoriers de
Mahikari et de Spiritual Human Yoga se sont plaints tous
deux d'avoir de la difficulté à se
reconnaître dans les rapports
gouvernementaux.
Leur véritable problème, cependant, ce sont
les médias. Les principaux journaux, en France, se
fient sur l'Association de défense des familles et de
l'individu (ADFI), l'organisation anti-sectes
française, et les rapports gouvernementaux pour
rédiger leurs reportages à caractère
sensationnel. Les journalistes tendent à adopter
l'attitude désinvolte « quand tu as vu une
secte, tu les as toutes vues ».
Un récent article de magazine sur les sectes a
grossièrement augmenté le nombre des membres
et a accusé de façon presque routinière
les leaders d'avoir des tendances pédophiles ou de
planifier des suicides de masse. Presque tous les groupes
étaient classés comme étant
apocalyptiques. Quatre des groupes décrits
étaient des groupes sur lesquels j'avais
écrit, mais je pouvais à peine les
reconnaître. Mais peut-être était-ce une
chance pour eux, car j'ai ensuite visité un groupe
sur lequel a été conduit une recherche et qui
est aujourd'hui dissous Horus, une communauté
agricole du Nouvel Âge dans la campagne du
Vaucluse.
« Je suis considérée comme la femme la
plus dangereuse en France », affirme
Marie-Thérèse Castano, une grand-mère
basque dont les compétences horticoles et
écologiques mystiques l'ont conduite à une
expérience collective d'exploitation agricole en
auto-suffisance. Elle a récemment passé une
année en prison. Elle a décrit comment Alain
Gest, de la MILS, a pris rendez-vous pour la rencontrer en
1996. Il est arrivé avec le maire local, est
resté quelques minutes et à refusé
d'écouter son récit de la vie quotidienne du
groupe. Au lieu de cela, Gest a exigé d'avoir un
entretien privé avec un enfant,
déterminé à trouver des preuves de
« manipulation mentale ». « Il a agit comme
un huissier, il est venu nous aviser que nous étions
une secte dangereuse », soutient
Castano.
Dans mon cours sur les méthodes de recherche au
Collège Dawson, nous abordons la question de
l'observation à faible impact de la part des
participants de façon à ne pas perturber le
terrain de recherche. Nous cherchons à
découvrir des moyens pour compenser les biais
culturels dans l'interprétation des données.
J'ignore ce qui va arriver dans la guerre anti-sectes
française maintenant que la loi About-Picard est en
place. Mais au moins, j'ai recueilli d'excellents exemples
sur la façon de ne pas effectuer une recherche qui
vont me servir dans mes cours.
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