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L'Eglise se dote d'un service pour lutter contre les "dérives sectaires"
Xavier Ternisien LE MONDE | 15.05.01 |
La conférence des évêques de France a décidé de créer un service permanent pour lutter contre les "dérives sectaires" pouvant se manifester dans certaines communautés religieuses catholiques, et en particulier dans ce qu'on appelle les communautés nouvelles, fondées ces trente dernières années. La décision a été prise au cours du conseil permanent de l'épiscopat, qui s'est tenu les 14 et 15 mai à Paris. Ce service comprendrait des "techniciens", spécialistes du droit canon, psychologues et théologiens, ainsi que des représentants de la Conférence des supérieurs majeurs de France et de la Conférence française des supérieures majeures, qui rassemblent les responsables des congrégations religieuses présentes en France.
Cette décision fait suite à
l'intervention de l'Association vie religieuse et famille (Avref)
auprès de l'épiscopat. Créée en 1998 par
des parents de religieux et de religieuses, l'Avref avait
adressé, le 29 novembre 2000, une lettre à tous
les évêques de France.
Elle y dénonçait les abus de pouvoir de certains
"fondateurs de communautés ou de leurs collaborateurs",
le "manque de discernement" et "les fortes pressions
morales" exercées au stade du recrutement. Dans un
document publié le 15 janvier, le Père Jean
Vernette, secrétaire du service "Pastorale, sectes et
nouvelles croyances" de l'épiscopat, admettait, sans citer
d'exemple, que des "dérives sectaires" pouvaient
exister au sein de l'Eglise catholique (Le Monde du
29 janvier).
Le service qui va bientôt voir le jour devrait se substituer au "Groupe Gamaliel", une structure informelle de réflexion créée il y a deux ans autour du Père Vernette. Les responsables de l'Avref espèrent maintenant que la commission ne sera pas seulement "une structure d'écoute", mais d'abord "une structure de décision". Cependant, le président de l'Avref, Jacques Héliot, fait remarquer que, selon l'organisation de l'Eglise catholique, chaque évêque reste maître chez lui et qu'un service national ne peut imposer ses décisions dans un diocèse.
Au premier rang des communautés dénoncées par l'Avref, figurent les Sœurs mariales d'Israël et de Saint-Jean. Cette communauté, située à Mars (Loire) et comptant une quarantaine de sœurs, fait l'objet d'une enquête préliminaire diligentée par le parquet de Roanne. Les premiers éléments ont permis de mettre en évidence des faits graves concernant certaines religieuses : sept hospitalisations psychiatriques, dont quatre à Roanne, une mutilation volontaire (un œil crevé) et des lésions gynécologiques graves. Cependant, le parquet de Roanne n'envisage pas, pour l'instant, d'ouvrir une information judiciaire. Le procureur dit attendre que les victimes éventuelles portent plainte et que "des informations solides" permettent de caractériser une infraction pénale.