Environnement hostile - Hostile environment - Entorno hostil :
G. Verna

Commentaires sur les mouvements philosophiques ou religieux émergents et les dérives sectaires Comments about sects - Comentarios sobre las sectas

 

Plan du site - Site Map -
Mapa del sitio  

Frédéric Koller, Pékin

En piratant la TV publique chinoise, le Falungong lance la guérilla des ondes

letemps.ch

30 septembre 2002

La secte, violemment réprimée par Pékin, serait parvenue à décoder les signaux de Sinosat et à faire passer ses émissions à la place des programmes gouvernementaux.

 

La résistance du Falungong au pouvoir chinois ressemble à une guérilla d'un genre nouveau, celle de l'ère de la télécommunication. Le mouvement religieux condamné comme «culte malfaisant», interdit et violemment réprimé par Pékin depuis trois ans, parvient toujours à faire entendre sa voix en Chine même grâce à des moyens de plus en plus sophistiqués. Depuis début septembre, les programmes de la télévision centrale et de chaînes provinciales ont été brouillés à de nombreuses reprises et remplacés, selon Pékin, par des images produites par le Falungong.
Ainsi, il y a une semaine, durant la fête de la mi-automne, plusieurs dizaines de millions de personnes vivant dans des zones rurales et montagneuses du pays ont été privées du traditionnel spectacle de variétés télévisées pour être abreuvées de scènes méditatives. Pendant une douzaine d'heures, Sino Satellite (Sinosat), le satellite qui retransmet les dix chaînes de la télévision centrale ainsi que plusieurs chaînes provinciales, a été partiellement paralysé par l'émission de «signaux provenant du Falungong».
Leur source aurait été localisée à Taipei par les experts chinois. Pékin a aussitôt demandé à l'«île rebelle» d'intervenir pour stopper ce piratage «conformément à la pratique internationale». Taïwan, contrairement à la Chine populaire, autorise le Falungong sur son territoire au nom de la liberté religieuse. Mais ses autorités, qui ne veulent pas offrir un prétexte à Pékin pour une nouvelle crise, ont promis d'agir. Sans trop d'empressement toutefois. Le pouvoir chinois a ainsi réitéré sa demande ce week-end, laissant entendre que le brouillage de Sinosat se poursuivait. Un représentant de la secte basée à Taipei a toutefois nié toute implication et mis en doute la véracité des informations délivrées par Pékin.
Il ne s'agit pourtant pas d'un coup d'essai. Du 23 au 30 juin dernier, lors de la phase finale de la Coupe du monde de football, de nombreux supporters chinois avaient été surpris de voir apparaître à l'écran, durant quelques minutes, des discours antigouvernementaux et de la propagande du Falungong. Par la suite, la chaîne éducative – qui a été l'un des relais importants de la propagande gouvernementale anti-Falungong – a été la cible favorite des attaques.
«Ce piratage, note l'agence officielle Chine nouvelle, touche principalement les auditeurs de régions défavorisées qui sont couvertes – par Sinosat – grâce à la philosophie gouvernementale consistant à fournir des signaux TV dans tous les villages.» Dans la même veine lyrique, le pouvoir chinois accuse le Falungong de défier la «société civilisée moderne». La brutalité de la répression contre les adeptes de la secte – désignée comme principale menace contre le parti – explique pourtant un recours à des techniques de plus en plus sophistiquées pour résister.
Le printemps dernier, dans différentes villes du nord-est de la Chine, des membres du Falungong étaient déjà parvenus à faire passer leurs cassettes vidéo sur des télévisions câblées. Il s'en est suivi une chasse à l'homme impitoyable avec l'arrestation de plusieurs centaines de personnes. Ce «crime» a valu de 4 à 20 ans de prison à quinze membres du mouvement. La sentence, annoncée la semaine dernière, a été largement médiatisée.
Durant le mois d'août, le Falungong avait développé une nouvelle stratégie en utilisant le téléphone. Dans toute la ville de Pékin, des appels anonymes diffusaient un discours préenregistré expliquant les bienfaits du mouvement. Plus récemment, il semble que le celui-ci soit parvenu à briser le mur de la censure sur Internet (lire ci-dessous). Ainsi, dans certains immeubles de la capitale chinoise, une note explique que l'amélioration des lignes téléphoniques pour les utilisateurs d'Internet a été suspendue du fait des «actes criminels» perpétrés par le Falungong sur la Toile.


La police chinoise resserre ses filets sur Internet
Frédéric Koller

Les services de sécurité chinois filtrent même les messageries électroniques

Depuis quelques jours, inutile de tenter d'envoyer un e-mail comportant des termes comme «Falungong», «dissidence» ou «Tibet» depuis la Chine. Celui-ci fera automatiquement demi-tour vers la boîte de l'expéditeur ou pire, il se transformera en message mitraillette, bombardant le destinataire toutes les heures. Désormais, ce n'est plus uniquement Internet qui est soumis à un contrôle de son contenu de plus en plus strict par les services de sécurité chinois mais aussi les messageries électroniques.
A l'approche du congrès du Parti communiste (8 novembre prochain), la paranoïa du pouvoir à l'égard de toute forme de critique révèle mieux que jamais la véritable nature du régime. Les 46 millions d'utilisateurs chinois d'Internet avaient découvert, il y a un mois, que des moteurs de recherche comme Google et Alta Vista avaient été bloqués. Devant les protestations innombrables, le pouvoir a semblé céder. Ce n'était que pour mieux rebondir.
Jusqu'ici, Pékin s'était contenté, avec plus ou moins de succès, de bloquer l'accès à des sites jugés «malsains» dont la liste ne cesse de s'étendre. A présent, il semble avoir développé un nouveau système permettant de filtrer l'ensemble du Web par mots clés ce qui serait tout à fait nouveau. Si les termes «Taïwan» et «indépendance» apparaissent dans la même page, il y a de bonnes chances pour que vous attendiez quelques minutes avant que le serveur vous indique que l'opération a échoué sans explications.
Ce filtre s'applique également aux mails. Ce qui a valu – comme l'explique le South China Morning Post, journal de HongKong lui-même victime de la censure – à un entrepreneur de Pékin de voir l'un de ses messages sur «des négociations d'affaires dures (hardcore)» être refusé car «hardcore» peut évoquer la pornographie dure contre laquelle les autorités luttent aussi.
Dans le même temps, Pékin passe à l'offensive contre tous les mouvements d'opposition sur Internet. Ces derniers jours de nombreux sites de groupes dissidents établis à l'étranger ont fait l'objet d'attaques par des virus en provenance d'adresses officielles en Chine. Parfois, ce sont des centaines de mails qui se déversent dans les e-mails de ces organisations. Le gouvernement tibétain en exil a ainsi découvert un virus capable de rassembler des documents dans son système informatique pour ensuite transmettre par e-mail vers la Chine.

 

© Le Temps. Droits de reproduction et de diffusion réservés. www.letemps.ch