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Matthew Green
GOLFE DE GUINÉE - La marine américaine fait la chasse aux pirates
Financial Times via Courrier international - n° 912 - 24 avr. 2008
Afin de renforcer la sécurité maritime et de protéger leurs approvisionnements en pétrole, les Etats-Unis ont dépêché une mission de formation le long des côtes de lAfrique de lOuest.
Quand des commandos camerounais armés de fusils en plastique bleu prennent dassaut la plate-forme de forage, les Américains qui y travaillent ont lair perplexes. Pourtant, pour les instructeurs de lUS Navy qui enseignent à leurs homologues dAfrique de lOuest lart de débusquer les pirates ou les terroristes, cet exercice est on ne peut plus sérieux. Eh là, eh là, eh là, tire pas sur ton pote, beugle lenseigne de vaisseau Manooch T. Azizi, réprimandant un Camerounais vêtu de noir qui vient de braquer sa réplique dAK-47 sur la tête dun autre soldat. Garde ton fusil baissé !
Ce simulacre dassaut nest que lune des étapes dune mission de formation qui marque le début dune nouvelle ère, celle dun engagement sans précédent de la marine américaine le long des côtes de lAfrique de lOuest, lune des routes maritimes les plus dangereuses du monde. Cette région, le golfe de Guinée, devrait fournir le quart des importations pétrolières des Etats-Unis dici à 2015, lessentiel étant pompé par des compagnies américaines comme ExxonMobil et Chevron, qui opèrent au large du Nigeria, de lAngola et de la Guinée-Equatoriale.
Les attaques de militants contre lindustrie pétrolière au Nigeria, ainsi que larmada toujours plus nombreuse de contrebandiers de cocaïne, de trafiquants dêtres humains, de migrants et de pêcheurs clandestins ont mis en évidence linsécurité qui règne dans ces parages.
LUS Navy entend tenir à lécart les indésirables en déployant des bâtiments qui se relaieront sur la zone et prépareront les forces navales des pays riverains, souvent mal équipées, à en assurer la sécurité. Lavant-garde de cette nouvelle mission sarticule autour du transport USS Fort McHenry, dun catamaran et dun sous-marin. Ils croisent dans des eaux que la Navy a pour ainsi dire ignorées depuis les années 1840, date de linstallation dune flottille anti esclavage au Cap-Vert.
Lamirauté évoque la diplomatie de la bonne canonnière. Mais les détracteurs de la politique étrangère des Etats-Unis craignent que cet engagement militaire renforcé en Afrique ne soit le reflet dune politique plus agressive, qui viserait à sassurer le contrôle des ressources énergétiques, à étendre la guerre contre le terrorisme et à contrer linfluence grandissante de la Chine.
Les Etats-Unis mettent en avant le caractère international de lexercice, soulignant la présence dofficiers de pays européens, dont la France et le Royaume-Uni, ainsi que de 1 500 participants du Nigeria, du Cameroun, du Sénégal, du Ghana, du Liberia, de São Tomé et Príncipe, et du Gabon. Nous partons du principe que des routes maritimes sûres sont une bonne chose pour tout le monde.
Daprès lamiral Gary Roughead, chef détat-major de la marine américaine, le Pentagone souhaite renforcer la sécurité maritime dans le golfe de Guinée grâce à des missions de formation, message bien accueilli par les gouvernements. Le président du Nigeria, Umaru YarAdua, appelle ses voisins à mettre en place une force de protection régionale et dit espérer un soutien américain dans les domaines de lentraînement et de la logistique.
Quand on se tient sur le pont de lUSS Fort McHenry, qui abrite dans ses flancs peints en gris des centaines de membres déquipage et dinstructeurs militaires partis depuis octobre pour une mission de sept mois, on comprend aisément les inquiétudes du Pentagone. Le réseau quutilise la Navy pour localiser les navires dans le monde entier a du mal à couvrir le golfe de Guinée, ce qui fait de la région une planque idéale. Cest parfois un peu comme une loterie, commente le lieutenant Shane Bobbe, en scrutant lAtlantique. Franchement, il est très difficile de détecter un bateau particulier.
La mission a déployé du matériel visant à réduire ce brouillard de mer, tandis que les instructeurs enseignent des spécialités telles que les arts martiaux et le commandement. Des ingénieurs ont participé à des opérations humanitaires, comme la construction de poulaillers et dhôpitaux, espérant sattirer la confiance de la population, sur un continent qui se méfie considérablement des motivations de larmée américaine.
Le Pentagone a depuis peu créé un nouveau commandement opérationnel, lAfricom, preuve de lattention accrue quil porte à lAfrique.