
Portrait de
Pim Fortuyn
À Hilversum, un lundi, le 6 mai 2002, Pim Fortuyn a
été assassiné.
Il était favori des élections législatives prévues le
15 mai, mais…
Qui était Pim Fortuyn ?
Pim Fortuyn, a commencé sa carrière
politique comme marxiste, pour devenir un « leader de la droite populiste
et xénophobe néerlandaise » (Le Monde du 07.05.02).
Pim Fortuyn était l'un des
principaux leaders populistes de l'Europe du Nord. Sociologue homosexuel
déclaré, ancien chroniqueur du magazine Elsevier, Pim Fortuyn a déclaré le 9
février que, s'il le pouvait, il ferait en sorte que "plus aucun réfugié
islamique" ne rentre aux Pays-Bas. Un pays qui, avec 16 millions
d'habitants, est "plein", selon lui. "Si vous êtes un vrai
réfugié politique, alors allez vous réfugier près de votre pays",
ajoutait-il, dépeignant l'islam comme "une culture arriérée", les
Marocains comme des "voleurs" et plaidant pour une réforme de
l'article premier de la Constitution néerlandaise, qui établit le principe
d'égalité entre les citoyens. C’était une sorte d'ovni de la politique
néerlandaise ; ces propos ont enflammé la classe politique néerlandaise, qui
les a presque unanimement condamnés.
Pim Fortuyn a eu un succès
fulgurant. Il a réussi à mettre le doigt sur des problèmes réels que la caste
politique n’avait pu, ou n’avait voulu, résoudre.
Le parler vrai, clair et
sans tabou, semble être une recette de son succès…
Pim Fortuyn était
« homosexuel, assumé, provocant. Il évoquait en public son goût des
chambres obscures et des rapports hard » (Le Nouvel Observateur 16 mai 2002). Il
était excentrique et extraverti ; il n'hésitait pas à évoquer à la télévision
son goût pour le sperme et les jeunes prostitués marocains, et draguait
ouvertement ses interlocuteurs lors des débats. Cette franchise a été appréciée
par beaucoup de Néerlandais, surtout dans les milieux populaires,
habituellement peu concernés, ignorés par les travaillistes et
traditionnellement moins tolérants sur le sujet. Pim Fortuyn était la preuve du
haut degré d’acceptation des homosexuels par les Néerlandais.
Pim Fortuyn, l’homme politique
En mars 2001, lors des
élections municipales de la ville portuaire de Rotterdam, dont il pouvait
devenir le maire, Pim Fortuyn, l’homme politique d'extrême droite a raflé 17
des 45 sièges au conseil municipal. Des jeunes, issus pour la plupart des
milieux populaires de la deuxième ville des Pays-Bas, ont majoritairement voté
pour la Liste Pim Fortuyn (LPF). C’était alors un véritable séisme politique
néerlandais.
À Rotterdam, un habitant
sur deux est étranger. Étant donné qu’elle est le poumon économique des Pays-Bas,
le gouvernement y a mené une politique d'intégration en favorisant l'emploi des
allochtones. Rotterdam est devenue alors une ville déstructurée.
Les sondages montrent
qu'une partie importante des Néerlandais n'acceptent toujours pas le fait de
vivre dans une société multiculturelle, malgré un long travail de
« pédagogie ». Les remarques xénophobes surgissent de plus en plus
ouvertement dans les conversations et l'idée d'une société multiculturelle est
de plus en plus remise en question. Les incidents violents se multiplient entre
les diverses communautés étrangères et les néerlandais de souche.
Pim Fortuyn disait des
choses explosives, que les lois antidiscrimination étaient une aberration, que
le pays était «plein». Que l’islam était une religion «arriérée», incompatible
avec la société occidentale…
Pim Fortuyn disait :
« J’ai dit que la
culture islamique est rétrograde, et c’est vrai. Il vous suffit de comparer le
monde musulman au reste du monde ».
« Pour les musulmans,
en tant qu’homosexuel, je suis moins qu’un porc. Je suis fier qu’aux Pays-Bas
je puisse révéler mon homosexualité, et j’aimerais que cela continue comme
cela »
« Tous nos problèmes
en matière de soins de santé, de sécurité et d’enseignement sont liés à cette
problématique des étrangers ». (Ces personnes de culture islamo-rurale
éprouvent des difficultés extraordinaires à s’intégrer, mettent en péril la
culture et les valeurs hollandaises. Allant chercher dans les campagnes de
Turquie et du Maroc, une fille du même clan qui ne parle pas la langue, n’a pas
été à l’école, leurs enfants ne maîtrisent pas la langue. « Et la
communauté néerlandaise ne peut pas payer pour cela ».)
« Si j’avais les
moyens légaux, alors je dirais : plus un seul musulman ne sera autorisé à
entrer ».
« Les Pays-Bas sont
pleins. Seize millions d’habitants, ça suffit ! »
« Si vous êtes un vrai
réfugié politique, restez près de votre pays. Vous devriez déjà être content de
recevoir une tente et de quoi manger. Vous n’allez tout de même pas prendre un
avion pour les Pays-Bas ! »
Pim Fortuyn a été considéré
par plusieurs comme celui qui disait à haute voix ce que les autres pensaient.
Après sa mort, des Néerlandais se recueillant devant sa maison déclarent :
« Ici, si on dit la
vérité, on est immédiatement traité de raciste ou d’intolérant. Lui, il a osé
parler, on l’a tué » et « Qui va encore oser se lever dans ce pays
pour dénoncer ce qui va mal ? »
L’assassinat de Pim Fortuyn
Lundi, vers 16 heures,
Pim Fortuyn a été abattu de cinq balles dans la tête, la poitrine et le cou,
alors qu'il sortait des studios de la radio publique néerlandaise, à Hilversum
(centre). Il avait alors 54 ans.
Son assassinat a provoqué
un réel choc chez la population hollandaise.
Mercredi, des centaines de
Néerlandais profondément secoués, continuaient de faire la queue devant la
mairie de Rotterdam (ville où demeurait Pim Fortuyn) pour signer des registres
de condoléances.
Mardi soir, entre 15 000 et
20 000 personnes ont marché dans les rues de Rotterdam, la deuxième ville du
pays, en mémoire du leader de la droite populiste.
Jeudi, la dépouille de Pim
Fortuyn sera exposée à la cathédrale de Rotterdam pour un dernier hommage.
Pim Fortuyn sera enterré
vendredi, dans la plus stricte intimité, dans le caveau familial de
Driehuis-Westerfeld, un village proche d'Ijmuiden, à l'ouest d'Amsterdam.
Son enterrement sera
précédé d'une cérémonie à la cathédrale de Rotterdam à laquelle assisteront
notamment le premier ministre Wim Kok et les deux vice-premiers ministres Els
Borst et Annemarie Jorritsma.
Quelques heures après la
mort de Pim Fortuyn, Son meurtrier a été arrêté. Il s’agit d’un militant
pour les droits des animaux, âgé de 32 ans : Volkert van der Graaf.
Sur son site Internet,
l'homme se décrit comme un végétalien défenseur des droits des animaux depuis
son plus jeune âge.
«Les gens pensent qu'il est
normal de manger des animaux et de laisser des poissons suffoquer quand vous
les attrapez. Cela ne devrait pas arriver dans un pays civilisé», écrit M. van
der Graaf.
Il précise que son travail
à «Ecologie offensive» consistait à lutter contre les permis accordés aux
fermes industrielles et aux exploitations d'élevage d'animaux à fourrure, mais
par des moyens légaux.
Pim Fortuyn avait déclaré
vouloir lever l'interdiction des élevages d'animaux à fourrures prise par le
gouvernement néerlandais en janvier dernier.
Portrait réalisé par Nadim Hadj Fredj dans le cadre du cours GIE 64375 "Relations humaines dans les affaires internationales",
Programme de MBA en
gestion internationale de
l'Université Laval, Professeur Gérard Verna.