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« Heureux celui qui peut se dire Turc » (Atatürk 1933) |
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S'il existe des hommes pour endosser le destin de leur
nation, les relever, et les accompagner dans leurs plus profondes
mutations, Mustapha Kemal Atatürk est de ces Hommes. De ces Hommes dont
il y a tellement à dire ou à médire tant leur oeuvre est colossale.
Mustapha Kemal Atatürk, le Ghazi (le Victorieux), mit
ainsi sa vie au service de la nation turque, lui offrant une République
moderne bâtie sur les ruines d'un empire ottoman victime de son
archaïsme et défait au sortir de la première guerre mondiale.
C'est ainsi qu'Atatürk entra dans l'Histoire de la
Turquie pour son génie militaire, l'héroïsme de sa résistance, puis pour
son extraordinaire habileté et pugnacité politique. Un talent qu'il
employa pour rénover la société turque à travers de nombreuses réformes
visant à l'insérer dans le monde occidental.
Aussi, lorsque la Turquie voit depuis quelques années
son avenir européen obscurci, c'est tout l'héritage d'Atatürk qui
pourrait se voir remis en cause. Dans ce pays qu'Huntington classe au
rang des pays déchirés entre deux civilisations, ni totalement
occidental, mais pas islamique pour autant, les enjeux liés à
l'intégration de la Turquie dans l'union européenne sont donc
fondamentaux. L'oeuvre de Mustapha Kemal résisterait-elle aux forces
d'un repli vers la civilisation islamique, conséquence prévisible d'un
rejet définitif par l'Europe ?
Pour découvrir ce personnage, c'est tour à tour que
nous explorerons, le génie militaire, le résistant, le fondateur de la
République, mais aussi le Grand Homme au sens hegelien. De Mustapha
Kemal à Atatürk, je vous invite à prendre connaissance d'un homme qui a
laissé sa trace dans l'Histoire. |
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Mustapha Kemal, le génie militaire
Né en 1881 à Salonique (désormais en Grèce), alors
territoire ottoman, il fit toutes ses classes dans les écoles militaires
achevant son parcours au sein de la prestigieuse Académie de Guerre en
1905 à 24 ans. Il embrassa ainsi initialement une brillante carrière
militaire gravissant tous les échelons jusqu'au grade de Général. De son
activité dans l'armée, l'Histoire retiendra de précieuses et ingénieuses
victoires. Parmi les plus marquantes, la bataille des Dardanelles
(Canakkale) lui vaudra le respect de la nation et de ses adversaires. En
effet, en 1915 il repoussa les troupes britanniques de l'Entente qui
avaient débarqué à Ariburnu (côte ouest de la Turquie actuelle) et
défait plusieurs régiments qui n'étaient pas encore sous son
commandement.
Malgré les coups d'éclat du stratège militaire,
l'empire ottoman ne parvint à résister aux forces de l'Entente. En
effet, l'empire est submergé par les français, les italiens, les russes
et les anglais. Ainsi, le Sultan Mehmet VI reconnaît la défaite et
capitule en octobre 1918 par la signature de l'armistice de Moudros,
prélude du Traité de Sèvres (1920) qui achèvera de démanteler l'empire
Ottoman. |
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Mustapha Kemal, le résistant
Cependant, alors que Mustapha Kemal est nommé
inspecteur général des armées dans le nord et le nord-est par le sultan
après l'armistice, il apprend que les soldats grecs débarquent à Smyrne,
en Anatolie sans aucune autorisation des négociateurs du Conseil des
Quatre (France, Royaume-Uni, Italie et Russie). Au lieu de démobiliser
ses troupes, Mustafa Kemal les regroupe, les renforce et les forme pour
le combat. Dans sa circulaire d'Amasya du 22 juin 1919, il dénonce la
faiblesse du gouvernement d'Izzet Pacha (le nouveau Vizir imposé par les
vainqueurs), convoque des congrès nationaux à Erzeroum, à Sivas, se fait
élire président et lance un « pacte national » d'indépendance. Il ne
prétend pas dépasser les limites fixées par les Alliés. Mais Istanbul,
partiellement occupé par les Britanniques, le considère comme un
rebelle, alors que les députés patriotes se rallient à lui. Une Grande
Assemblée Nationale turque, élue par ses soins, se réunit à Ankara en
avril 1920. Elle délègue ses pouvoirs à un conseil des ministres dont le
chef est Mustafa Kemal, en même temps président de l'Assemblée.
Mustafa Kemal devient le chef de la résistance au
traité de Sèvres signé le 10 août 1920. Une nouvelle et longue guerre
est alors engagée contre les Grecs, mais aussi contre les Arméniens, qui
doivent rendre Kars, Trébizonde et Ardahan aux Turcs, sans que les
Alliés interviennent.
La Turquie et le Traité de Sèvres en 1920
http://www.atlas-historique.net/1914-1945/cartes/TurquieSevres.html

Face à l'humiliation que représentait le Traité de
Sèvres, Mustapha Kemal poursuivit son bras de fer avec Istanbul. Le
gouvernement officiel ayant renoncé à l'intégrité du territoire, c'est
au nom d'un contre-gouvernement installé à Ankara et légitimé par la
Grande Assemblée Nationale que Mustapha Kemal poursuit la lutte armée et
politique.
Ainsi on peut résumer par ces quelques faits d'armes
l'activité de résistance organisée par Mustapha Kemal :
• Reprise de Sarikamis (le 20 septembre 1920), de
Kars ( le 30 octobre 1920) et de Gümrü (le 7 novembre 1920),
• Défenses de Çukurova, Gazi Antep, Kahraman
Maras et sanli Urfa (1919 - 1921)
• Première Victoire d'Inönü (les 6-10 janvier
1921)
• Seconde Victoire d'Inönü (le 23 Mars- le 1
avril 1921),
• Victoire de Sakarya (le 23 août-le 13 septembre
1921)
• La Grande attaque, bataille du commandant en
chef et la grande victoire (le 26 août-9 septembre 1922)
Après la victoire de Sakarya, l'Assemblée
nationale conféra le grade de maréchal et le titre de Ghazi (victorieux)
à Mustapha Kemal. La guerre d'indépendance pris fin par l'accord de
Lausanne, qui fut signé le 24 juillet 1923. Par conséquent, il n'y avait
plus aucun obstacle à la création d'un nouvel Etat turc sur le sol turc,
basé sur l'union nationale.
La Turquie et le Traité de Lausanne en 1923
http://www.atlas-historique.net/1914-1945/cartes/TurquieLausanne.html

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Atatürk, batisseur de la Turquie moderne
Le 29 octobre 1923, Mustapha Kemal proclame la
République Turque, en est élu Président par l'Assemblée Nationale, et
entreprend de réformer en profondeur une société encore marquée par des
siècles de domination Ottomane. Son projet s'inscrit alors en rupture
totale avec toutes les vieilles institutions qui devront céder le pas à
une société turque qui épousera les valeurs sociales et culturelles
admises dans le monde occidental, modèle civilisationnel qu'adoptera
Atatürk. C'en est donc bientôt fini du califat et de son pouvoir
religieux au nom de l'Islam.
Ainsi, après avoir supprimé le califat et expulsé les
derniers Osmanli, représentants de la dynastie ottomane en 1924, le
Ghazi est conscient de l'immense travail qui l'attend lorsqu'il affirme
que « pour réussir dans cette voie, nous avons besoin de
travailler plus socialement que politiquement » .
Dans son entreprise de réforme, Atatürk mènera
plusieurs chantiers. À commencer par celui de la laïcisation. Ce dessein
le conduira à oeuvre tant dans les domaines juridiques, que ceux liés à
l'éducation tout en poursuivant un projet de domestication des pouvoirs
religieux.
Ainsi, sur le plan juridique, la Turquie abandonnera en
1926 le Mecelle, droit d'inspiration religieuse, au profit du Code civil
suisse, alors le plus récent des codes civils au sein de ce que Mustapha
Kemal nomme les « nations civilisées » . Par cette
réforme, Atatürk mettra un terme aux différences de traitement
juridiques en fonction des ethnies, tous les turcs (musulmans,
chrétiens,...) sont désormais sous un seul et même Code.
Cependant, l'identité nationale que veut encourager
Atatürk nécessita aussi de refondre le système scolaire pour s'engager
sur la voie d'une unité de l'enseignement. Un même enseignement pour
tous étant la garantie de la cohésion nationale et de l'adhésion
populaire des prochaines générations, il supprima progressivement toutes
les Médrésés (écoles coraniques) au profit de l'école laïque d'éducation
nationale. |
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Revisitant le fond et la forme de la culture turque,
Atatürk dota sa nation d'un nouvel alphabet, l'alphabet turc directement
dérivé de l'alphabet latin qui a cours dans les sociétés occidentales.
Dans ce travail imposant, il s'engagea personnellement allant jusqu'à
participer à l'enseignement des nouveaux caractères sur les places
publiques. Outre ce nouvel alphabet, c'est la langue turque elle-même
qu'Atatürk décida de rénover en l'affranchissant de ses anciennes règles
et exceptions pour en faire une des langues parmi les plus simples à
apprendre, facilitant d'autant un accès à la culture pour tous.
Fort de ce nouvel outil linguistique réformé, il
pouvait poursuivre la construction de l'identité nationale turque à
travers la création de l'Institut National d'Histoire. Il fallait
scientifiquement réécrire l'Histoire du peuple turc pour forger le
sentiment de fierté nationale et rompre définitivement avec l'absence de
mémoire collective turque, conséquence de la domination ottomane.
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Mais l'occidentalisation ne devait pas s'arrêter là.
Ainsi, tout ce qui caractérisait l'occident était bon à transposer dans
les moeurs turques. Avec pour but de faciliter les relations avec ses
futurs partenaires, Atatürk introduisit le calendrier grégorien et le
système d'heure international. Et pour pousser la mutation au plus profond
des habitudes jusque dans la vie intime de chaque turc, Mustapha Kemal
s'attaqua même au code vestimentaire, interdisant le port des coiffes
locales (fez, kalpak) au profit du chapeau occidental, et faisant adopter
à l'administration le costume tel qu'on le porte en occident.
Suivant la même logique, il instaure en 1934 la notion de
nom de famille, c'est à cette occasion que l'Assemblée Nationale lui
attribuera le nom d'Atatürk, ou père de tous les turcs, tel que la
population le surnommait. |
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Autre point essentiel de ses réformes, le statut de la
femme. Jusqu'alors au ban de la société, Atatürk décide de leur donner
la place qui doit être la leur dans un Etat moderne, à savoir la même
que celle de l'homme. Les femmes turques ont ainsi acquis en 1926 leurs
droits sociaux , civiques et politiques. Libres de voter, d'être élue,
d'avoir accès à l'éducation et au travail, mais aussi affranchies du
port du voile, de la répudiation, et de la polygamie derniers vestiges
de l'obscurantisme religieux. Par ces mesures avant-gardistes, Mustapha
Kemal montrait qu'il percevait parfaitement « ...[qu'] une
société se compose de femmes et d'hommes. Est-il alors possible qu'une
partie de cette société évolue, que l'autre soit négligée, et que
l'ensemble progresse? ».
Toutefois, si l'ensemble des mesures précitées devait
assurer l'unité du pays, il ne garantissait pas pour autant
l'indépendance, second pilier du Pacte National, base de la révolution
entreprise par Atatürk. C'est donc tout naturellement que le secteur
économique fut aussi l'objet des réflexions du Ghazi. Au de là d'une
stratégie économique favorisant l'essor de l'industrie par une large
implication de l'État, c'est l'éthique même de l'économie dans la
culture turque qui sera révolutionnée. La pauvreté n'est plus cette
vertu religieuse promettant le repos après la mort du corps. Le
matérialisme sera désormais de mise conformément aux valeurs de
l'occident.
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Atatürk, le Grand Homme et la postérité
Après avoir été réélu à quatre reprises à la présidence
de la République de Turquie, Atatürk décède le 10 novembre 1938. Il
reste à ce jour l'homme qui a fondé la Turquie moderne, sa popularité
demeure immense au sein de sa patrie, et il n'est pas rare de croiser
encore aujourd'hui des portraits du Ghazi dans les foyers turcs. Cet
homme déterminé et à la poigne de fer, que certains présentent comme un
autocrate, marqua donc l'histoire de son pays. Mais probablement que son
oeuvre n'aurait pas perduré aussi longtemps sans une Armée toujours
omniprésente dans la vie politique turque et gardienne des valeurs
républicaines et laïques. Cependant, si la Turquie veut accéder à un
niveau de démocratie plus élevée, peut-elle continuer à laisser autant
de pouvoir à un corps sans légitimité démocratique ? Une armée qui fait
et défait les gouvernements comme en 1997 lorsqu'elle poussa Erbakan à
la démission, contraignant le pays à de nouvelles élections.
Enfin, prenons un peu de recul historique sur le
personnage et son inscription dans l'histoire. En effet, si l'on accepte
la thèse de Fukuyama selon qui la fin de l'histoire se réalisera dans
l'hégémonie occidentale sur le monde, en toute hypothèse il est alors
permis de penser qu'Atatürk a suivi la linéarité de l'histoire en
endossant le rôle de grand homme au sens hegelien. |
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Sources :
Commission nationale Turque pour l'UNESCO (1963) - Atatürk -
Paris : UNESCO.
Pierre Miquel - La chute de l'empire ottoman - Historia
http://www.historia.presse.fr/data/mag/647/64703001.html
Atlas Historique
http://www.atlas-historique.net/
Bleu, Blanc, Turc
http://www.bleublancturc.com/Ataturk/Ataturk-ana.htm
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Portrait réalisé par Romain
TURSI dans le cadre du cours
GIE 64375 "Relations humaines dans les affaires internationales" ,
Programme de MBA en
gestion internationale de l'Université Laval , Professeur Gérard Verna ,
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