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Gaëlle Dupont
L'Association pour le maintien de l'agriculture paysanne, dans l'esprit du commerce équitable
Le Monde 17.11.04
Tous les mercredis soir, après la tombée de la nuit, une trentaine d'habitants du 12e arrondissement de Paris, de tous les âges et de toutes les professions, se réunissent dans un local discret, devant lequel stationne une camionnette. Rien ne laisse deviner ce qui se trame à l'intérieur, sauf... les cabas qu'emportent les visiteurs, dont dépassent fanes de carottes, tiges de poireaux et branches de céleri.
Toutes les semaines, depuis le lancement début octobre de l'Association pour le maintien de l'agriculture paysanne (AMAP) du 12e, les adhérents opèrent un "partage de récolte". Ils viennent chercher les paniers de légumes qu'ils ont achetés, à l'avance, sans intermédiaire, à un agriculteur biologique de la région.
Le système des AMAP est né en 2001, en région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Inspiré de mouvements japonais et américains, il met en relation directe les consommateurs et les producteurs, pour la plupart qualifiés en agriculture biologique. "Dans une AMAP, on partage les risques et les bénéfices, explique Nicolas Laurent, animateur de l'association en Ile-de-France. S'il y a un coup de grêle, on a moins de légumes, si la récolte est excellente, on en a davantage." Le consommateur doit, au moins une fois, visiter la ferme de "son" producteur. Proche du commerce équitable, l'AMAP repose sur un engagement associatif.
"ACTION CONCRÈTE"
Les membres fondateurs sont d'ailleurs souvent engagés, ou proches du mouvement altermondialiste. Le groupe Attac d'Aubagne (Bouches-du-Rhône) était à l'origine de la première AMAP. L'alliance paysans, écologistes, consommateurs est aujourd'hui leur base arrière. "Ça fait longtemps qu'on discute, là on passe à l'action concrète", résume M. Laurent.
A Paris, Monique Fontan, coordonnatrice de l'AMAP du 12e arrondissement, énumère les avantages du système. "Contourner la grande distribution, se nourrir sainement, permettre à l'agriculture paysanne et biologique de se maintenir, produire moins de gaz à effet de serre en réduisant les transports, réduire les emballages... Les gens sont très contents d'échapper au système dominant", résume-t-elle. Autour du noyau militant, s'agrègent des membres "de sensibilités et de niveaux de conscience très divers", poursuit Mme Fontan.
Dans le local du 12e arrondissement, entre les cageots de légumes, on préfère échanger des nouvelles plutôt que parler politique. Les membres de l'AMAP ont payé 169 euros pour trois mois de consommation. Charles Baux, électronicien, vient "pour découvrir des goûts, respecter les saisons, et aider quelqu'un qui aime son métier". Sylvie Guillaucheau, traductrice, privilégie "la santé", comme Joannah Huntley, assistante de direction, qui profite ici de produits "sans herbicides, sans pesticides, sans danger, et avec un super goût", tout en soutenant "l'éthique" du projet. Pour Lionel Bucchini, agent commercial, c'est "à nous, consommateurs, d'aider au maintien des agriculteurs et de lutter contre les mastodontes de la grande distribution".
Une centaine d'AMAP fonctionnent dans toute la France, dont la moitié en Provence. Beaucoup sont en projet. André Savier, 61 ans, l'agriculteur en lien avec l'AMAP du 12e arrondissement, approche de la retraite. "A l'heure actuelle, les petits agriculteurs comme moi sont condamnés, affirme-t-il. On a trop de charges, trop de difficultés à écouler nos produits et à lutter contre les importations. Le regroupement des consommateurs dans les AMAP est une des seules solutions." Pour l'agriculteur, outre le contact avec les clients, l'avantage est important. "On est payé avec trois mois d'avance, impossible de trouver mieux !", lance-t-il. Avant d'ajouter, une certaine crainte dans la voix : "Pour l'instant, la grande distribution n'est pas inquiète, mais aussitôt que ça va prendre de l'ampleur, ça va changer..."
http://alliancepec.free.fr/Webamap/index.php ; pour l'Ile-de-France : http://alliance-idf.ceres91.net/