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Multiculturalisme et gestion des minorités ethniques Mulitculturalism - El multiculturalismo

 

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Stephen Castles, sociologue à l'université de Wollongong
« Il fallait en finir avec l'eurocentrisme »

 

« La politique du multiculturalisme est-elle un succès en Australie ?

- De manière générale, je dirais que cela a été une réussite. Mais il faut comprendre ce que signifie ici le concept de multiculturalisme : cela ne veut pas seulement dire que des groupes de cultures différentes coexistent. En Australie, c'est une politique sociale liée à la question de l'identité nationale. Cela veut dire que les citoyens ont droit à la différence. Ils ont beau appartenir à diverses cultures, parler des langues différentes, ils peuvent prétendre à la même égalité sociale. Et il est du devoir de l'Etat de garantir ce droit à la différence. Parce que les immigrants font face à des problèmes d'adaptation, l'Etat doit les assister sur le plan éducatif. En France, par exemple, il n'existe pas de statistiques sur le nombre de chômeurs selon leur appartenance culturelle ou ethnique : cela serait jugé discriminatoire. En Australie, en revanche, on tient le compte exact du nombre de gens qui n'ont pas d'emploi, de leur situation en termes d'hébergement, de leur niveau d'éducation, tout cela en fonction de leur lieu de naissance et de celui de leurs parents.

- Comment jugez-vous la réussite du modèle australien ?

 

- L'Australie a le pourcentage le plus important d'immigrants par rapport à sa population. Ici, il n'y a pas de ghettos, il n'existe pas de groupes qui se sentent ou sont totalement exclus de la société. A l'exception notable, il est vrai, des Aborigènes. En Australie, le niveau de violence raciste est très bas, comparé à l'Europe et aux Etats-Unis. L'extrême droite est beaucoup plus faible qu'en France, en Grande-Bretagne ou en Allemagne. Le taux de chômage chez les gens qui sont arrivés en Australie depuis moins de trois ans est plus faible que celui des immigrés en Europe. La spécificité culturelle de l'un ou l'autre n'est pas un problème dès lors que le citoyen de fraîche date se conforme à un ensemble de devoirs et de droits. Ce qui permet, en théorie, l'accession des minorités aux droits dont jouit la majorité. C'est un modèle décidé par l'Etat qui combine la tolérance à l'égard de la diversité culturelle avec le principe de l'égalité sociale.

- Le modèle anglo-saxon, référence durant si longtemps en Australie, n'est-il pas encore prédominant ?

- C'est vrai que ce vieux modèle hérité de l'Australie blanche est encore très puissant. Mais après la fin des empires coloniaux, il n'était plus possible de s'y référer. Il fallait trouver une forme différente d'identité nationale : il fallait en finir avec une attitude très « eurocentriste ».

- Quel est l'impact des décisions d'un gouvernement conservateur sur la politique multiculturelle ?

- Un impact très important et très négatif. Le gouvernement a réduit le budget de nombre de programmes d'assistance aux migrants, par exemple en termes d'éducation multiculturelle dans les écoles primaires. Il a supprimé les subventions sociales aux réfugiés arrivés depuis moins de deux ans, alors que les premières années représentent une période cruciale. Le concept d'immigration en Australie a changé de manière significative : les gens qui ont un bon niveau d'anglais et sont éduqués ont beaucoup plus de chances d'immigrer ici que les autres. Le nombre d'immigrants temporaires est maintenant plus élevé que ceux qui s'établissent de manière permanente. Bref, on est loin de la devise du Parti travailliste des années 40 et 50 : »Peuplons-nous ou périssons !« »

Propos recueillis par Bruno Philip



Le Monde daté du samedi 16 septembre 2000