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Islam

 

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Christian Makarian

Enquête sur le fanatisme

L'Express du 27/09/2001

Ses mystères, son histoire, ses mécanismes

 

«Si nous avons fait de vous des peuples et des tribus, c'est en vue de votre connaissance mutuelle» (sourate XLIX, Les appartements). Comment la sagesse coranique a-t-elle pu être piétinée au point d'inspirer le fanatisme des auteurs de l'horrible attentat du World Trade Center? Sur les ruines et les milliers de corps encore ensevelis plane l'ombre d'un islam dévoyé qui ignore les principes d'humanité transmis par le Coran lui-même. Un islam dérogatoire, ultraminoritaire et donc suractif, qui blesse cruellement la conscience et l'identité d'un milliard de musulmans vivant en paix dans leur foi. Vive injure pour les uns, terrible défi pour les autres, lourde menace pour tous, le fanatisme menace à la fois un Orient compliqué et un Occident simplificateur. La funeste journée du 11 septembre 2001 a saisi de stupeur l'Occident postchrétien aussi bien que l'immensité islamique, et soulevé, dans un élan majoritaire, une indignation mutuelle. La voix de la plus haute autorité de l'islam, cheikh Mohammed Sayyed Tantaoui, recteur de la grande mosquée al-Azhar du Caire, ne s'est-elle pas élevée pour affirmer sans trembler: «Tuer des hommes, des femmes et des enfants innocents est un acte horrible et hideux qu'aucune religion monothéiste n'approuve et qui est rejeté par tout esprit humain sain»? Le mufti de Syrie, cheikh Ahmad Kaftaro, qui a accueilli le pape Jean-Paul II à Damas en mai dernier, a prononcé la même condamnation. Bien d'autres imams, moins haut gradés mais tout aussi catégoriques, ont pris la parole dans le même sens.

Inutile de rappeler leur logomachie débilitante. Elle semble tout droit sortie du Moyen Age

Heureusement. Car, en spéculant sur une guerre sainte à ricochets, Oussama ben Laden et ses émules se sont appuyés sur un versant dur de l'islam, dont la tragique vitalité ne fait, par ailleurs, aucun doute. Bien que marginaux parmi leurs coreligionnaires, les musulmans rétrogrades se sont, eux aussi, exprimés à travers le monde. Inutile de rappeler leur logomachie débilitante. Elle semble tout droit sortie du Moyen Age, mais, c'est tout le problème, elle est parvenue intacte jusqu'à nous. Pourquoi? La question oblige à aller jusqu'aux racines du mal et à s'interroger sur l'histoire du fanatisme, sur ses nombreux ressorts et ferments (lire l'article sur «Les ressorts du fanatisme»). Dans cet examen de conscience, le judaïsme et, surtout, le christianisme ne doivent pas être dispensés de procès, tant s'en faut. Mais la compréhension de l'actualité oblige aujourd'hui à s'investir dans une nouvelle réflexion sur l'islam, religion qui vient - en l'an 2000! - de dépasser le christianisme par le nombre de ses fidèles.

S'il est indiscutable que le fanatisme musulman n'est qu'une mouvance isolée, il se nourrit néanmoins aux mêmes textes que son pendant pacifique - par bonheur dominant - au prix d'une interprétation extrémiste dont il faut démonter les rouages. Ceux que nous nommons indifféremment, dans un langage trop chrétien, les «intégristes» (par emprunt au vocabulaire catholique français) ou les «fondamentalistes» (sous l'influence d'une terminologie protestante américaine) prétendent se rattacher aux premières heures de l'épopée mahométane. Ils en font eux-mêmes la source de leur crédit auprès de masses peu instruites. Car la naissance de la troisième grande religion monothéiste est indissociable d'un contexte éminemment guerrier. C'est pourquoi la vie et la figure de Mahomet (570-632), le «Beau Modèle», de même que le statut du Coran sont faciles à dévoyer.

En premier lieu, parce que Mahomet est un prophète, c'est-à-dire un mortel, avec toutes ses caractéristiques humaines, non le Messie ou le Fils de Dieu (notions irrecevables dans le judaïsme comme dans l'islam). Ni sa biographie ni son oeuvre ne sont racontées dans le Coran (contrairement à la Bible pour ce qui est de Moïse et des prophètes d'Israël, ou aux Evangiles pour ce qui est de Jésus). Nous le connaissons essentiellement par les hadith, c'est-à-dire ses paroles, dits, faits et gestes rapportés après sa mort par un garant qui les tenait d'un autre, et ainsi de suite au long des décennies. On doit au Persan Al-Boukhari (810-870) d'avoir mis de l'ordre et répertorié ces hadith, mais on en dénombre malgré tout près de 75 000! Ressource inépuisable qui abonde de contradictions (à l'instar de plusieurs épisodes des Evangiles) et qui offre aux esprits enflammés la possibilité d'invoquer une batterie de citations susceptibles de justifier les pires intolérances.

Une lecture «islamiquement correcte»
Du portrait très contrasté de Mahomet, les fanatiques font leur miel. En suivant l'excellente - et inégalée - biographie que lui a consacrée Maxime Rodinson (Points, Seuil), on découvre un homme très proche de son milieu historique et socio-culturel. Sa vie comporte clairement deux phases: celle où il est encore vilipendé par ceux qui refusent de croire à son message monothéiste et celle où, ayant triomphé de ses ennemis, il devient chef d'Etat. Durant la première période, il multiplie les bienfaits, développe une spiritualité très riche et très ouverte, prêchant avec pureté la compassion, la tolérance et la charité. Mais sa prédication se heurte à une très vive opposition et au mépris des puissants. Persécuté, obligé de s'exiler à Médine en 622 (an zéro du calendrier musulman), il se transforme alors en chef de guerre. Deux ans plus tard, il commande sa première expédition armée, prélude à une longue série: la bataille de Badr, à l'issue de laquelle il s'attribue un cinquième du butin, celle du mont Uhud, où il est blessé au visage, le massacre de la tribu juive des Banou Qurayza, qui se solde par l'exécution de 600 à 900 juifs, tous décapités. Au terme de sa vie, Mahomet est proclamé «Victorieux»: il vainc La Mecque par les armes et soumet ses opposants polythéistes au nom d'Allah. Tout retour à l'islam des origines oblige à se définir par rapport à la violence: «Din Muhammad bel Saïf» («La religion de Mahomet par le sabre»), dit le précepte arabe. Pour la majorité des musulmans, c'est là le passé, les premiers temps, une période révolue; tout comme les juifs et les chrétiens ont pris leurs distances par rapport aux chapitres les plus sanglants de la Bible. Les fondamentalistes, en revanche, en tirent de tout autres conclusions et se réclament, hélas, d'une lecture «islamiquement correcte».

Pour les chrétiens, Dieu se fait homme;
pour les musulmans, Dieu se fait Livre.
Encore faut-il savoir lire (l'arabe)...

De la même manière, le Coran peut se prêter à une lecture souple ou à une interprétation radicale. Le Livre saint de l'islam est en effet «incréé», c'est-à-dire qu'il n'est pas dû à une main ni à une inspiration humaines. Il vient directement de Dieu - «Coran» signifiant «récitation». Ce qui, par comparaison, n'est pas le cas de la Torah, écrite par des hommes, pas plus que celui des Evangiles. C'est Dieu lui-même qui dicte le Livre à Mahomet, au cours de révélations successives qui s'étalent sur vingt-trois ans. Mahomet les répète ensuite à ses proches ou à des scribes, sourate après sourate. Résultat, l'arabe du Coran est proclamé «inimitable», et la transmission du Livre ne peut se faire canoniquement, aujourd'hui encore, que dans cette seule langue, du Sénégal à l'Indonésie, bien que l'écrasante majorité des imams non arabes ne soit pas arabisante. Terrible source d'incompréhension et d'obscurantisme qui a pour effet que n'importe qui avance n'importe quoi au fond d'une vallée afghane. Le texte sacré des musulmans est fermé, indiscutable, parfait, inséparable et tributaire de sa langue d'origine. Pour les chrétiens, Dieu se fait homme; pour les musulmans, Dieu se fait Livre. Encore faut-il savoir lire (l'arabe)...

De surcroît, même si le Coran n'est pas la biographie de Mahomet, il rend complètement compte de la dualité de l'enseignement du Prophète: tolérance, mais aussi combat. Au sujet des chrétiens, il est écrit, par exemple: «Sûr que la haine la plus farouche envers les croyants, tu la trouves chez les juifs et chez les associants; et la plus proche affinité avec les croyants chez ceux qui se qualifient de chrétiens: c'est qu'il y a parmi eux des pasteurs et des ermites et qu'ils sont sans superbe» (sourate V, 82, La table servie). Comment comprendre que les terroristes du GIA (Groupe islamiste armé) aient pu se réclamer du Coran pour massacrer «pasteurs et ermites», en l'occurrence les moines de Tibéhirine, égorgés dans le Sud algérien en mai 1996? C'est qu'il est dit par ailleurs: «Vous qui croyez, ne nouez ni avec les juifs ni avec les chrétiens de rapports de protection» (sourate V, 52). Ou encore: «Je jetterai l'épouvante au coeur de ceux qui dénient. Frappez-leur le haut du cou, faites-leur sauter un doigt après l'autre» (sourate VIII, 12, Le butin). Et surtout: «Aussi ne faiblissez pas, ne proposez pas la paix, alors que vous avez le dessus» (sourate XLVII, 35, Muhammad). Les fanatiques détachent toutes ces phrases de leur contexte historique et les appliquent sans scrupules au monde moderne.

Ils sont aidés dans cette fausse interprétation par la fusion entre religion et Etat, entre foi et droit, qui est une autre grande caractéristique de l'islam. Après la mort du Prophète, ses premiers successeurs, les quatre califes Rachidun (bien guidés) - Abu Bakr, Omar (assassiné par un Persan), Othman (assassiné en prière) et Ali (assassiné par un fondamentaliste) - prennent l'un après l'autre la tête de l'Ummah, ou communauté universelle des croyants. Sanglante période de plusieurs siècles qui marque - nouvelle étape - la fusion de la religion et du pouvoir politique au prix de guerres fratricides (
lire l'article «Il était une fois les Assassins»). Pour commencer, l'islam se divise entre sunnites et chiites. Les premiers se réclament des trois premiers califes. Les seconds ne reconnaissent que le quatrième, Ali, gendre du Prophète.

Une foi qui se vit collectivement
Parallèlement se développe une conception «globalisante» de la foi, comme l'explique Seyyed Hossein Nasr (L'Islam traditionnel face au monde moderne, Delphica-L'Age d'homme): «La nature totalisante de l'islam englobe tous les aspects de l'existence.» Ethique, travail, famille, sexualité, règles de succession... tout ce qui est privé est régulé et commun à tous. A la différence du judaïsme et du christianisme, la foi musulmane se vit collectivement, ce qui induit une vision de la personne humaine infiniment moins individuelle et citoyenne qu'en Occident. Pour son salut, le croyant doit observer les cinq piliers: la profession de foi (chahada), les cinq prières quotidiennes (salat), l'aumône (zakat), le jeûne et les privations de ramadan (sawm), et le pèlerinage à La Mecque (hadj).

Le Coran ne pouvant cependant répondre à toutes les questions de la vie quotidienne, les us et la «coutume» (sunna en arabe, d'où sunnites, tenants de la coutume) sont codifiés par une vingtaine d'écoles juridiques, entre les VIIIe et Ixe siècles, dont les quatre principales sont parvenues jusqu'à aujourd'hui. Pour fixer leur mode de vie, les fidèles doivent choisir entre l'une de ces quatre écoles, qui se reconnaissent toutes entre elles: le malékisme (surtout présent au Maghreb et en Afrique), le hanafisme (Turquie et Inde), le chafiisme (Malaisie, Indonésie, Egypte, Proche-Orient) et le très rigoriste hanbalisme (Arabie saoudite et Qatar presque exclusivement). C'est cette dernière tradition qui engendre le plus de fanatiques de par le monde. Quant aux chiites, surtout présents en Iran et influents au Liban, ils ont leurs propres écoles juridiques, dont on connaît les effets à travers les outrances de la République islamique, en particulier à l'égard des femmes.

La charia, qui se réclame du Coran, est ainsi la base du droit pénal, civil, commercial

Pour finir de sceller le lien entre religion et droit, les quatre écoles juridiques sunnites (qui regroupent 90% des musulmans dans le monde), de même que les chiites, ont élaboré au fil du temps la charia («voie à suivre»), c'est-à-dire l'ensemble des prescriptions et interdits islamiques relatifs à la totalité des activités de l'homme vivant en société. La charia, qui se réclame du Coran, est ainsi la base du droit pénal, civil, commercial, et définit cinq catégories juridiques, du «strictement interdit» (haram) au «permis», en passant par ce qui est «recommandé», «neutre» et «non prohibé mais déconseillé». Avec l'expansion géographique de l'islam, des coutumes locales préexistantes ont été parfois intégrées, notamment en Asie. De même que la laïcité, qui a caractérisé la Turquie de Mustafa Kemal et la Tunisie de Bourguiba, a pu donner lieu, au XXe siècle, à des concessions à la modernité importées d'Occident. Mais l'Arabie saoudite, l'Iran de Khomeini, l'Afghanistan appliquent la charia à la lettre et revendiquent haut et fort une interprétation littérale. Les terroristes algériens du GIA ainsi que la branche dure du Hamas palestinien s'en réclament tout autant.

Le terrible succès de ce retour en arrière repose sur le renouveau de l'école hanbalite, dont l'un des représentants les plus célèbres, Ahmed ibn Taimiya (1263-1328), appela au jihad contre les Mongols. A l'origine, le jihad désigne un «effort» contre ses propres passions («jihad majeur»), une recherche de perfection, et pas du tout la «guerre sainte». Le jihad ne fait pas non plus partie des cinq piliers de l'islam, contrairement aux assertions de certains fanatiques. Mais il existe également un «jihad mineur» qui s'applique vers l'extérieur, pour la défense de son honneur, de sa famille ou, par extension, de la communauté des croyants (l'oumma). C'est ce dernier concept, détourné, que les fondamentalistes ont transformé en appel à la guerre sainte, conformément à la doctrine d'Ibn Taimiya, et exacerbé en sécrétant le terrorisme. Dans un livre très bien documenté, dont on n'est pas néanmoins obligé de suivre l'ensemble des conclusions, Guerre en Europe, Bosnie, Kosovo, Tchétchénie (Les Syrtes), Alexandre Del Valle démêle l'écheveau de l'intégrisme musulman. Il explique notamment comment l'Afghan Jamaleddin el-Afghani et l'Egyptien Mohamed Abdou, deux des plus grands penseurs du XIXe siècle, ont envisagé de régénérer l'islam, alors soumis à la colonisation européenne, en retournant à la lettre et à la ferveur guerrière des premiers temps. Face à des régimes arabes corrompus, leur soif de justice les a entraînés dans le fondamentalisme. La modernité est devenue réactionnaire. La révolution est devenue islamique.

Deux sphères distinctes
Ces théoriciens ont, en particulier, remis au goût du jour l'assassinat politique (en commençant par celui du chah de Perse Nasreddine, en 1896) et exhumé la doctrine islamique traditionnelle, qui divise le monde en deux sphères distinctes et opposées: la «demeure de l'islam» (dar-el-Islam), c'est-à-dire les pays musulmans, et la «demeure de la guerre» (dar-el-Harb), soit le monde impie qu'il faut combattre. Entre les deux, la «demeure de la conciliation» (dar-el-Sohl), où la trêve n'est admise que si les musulmans y jouissent de tous leurs droits. «Pour les fanatiques, explique Alexandre Del Valle, la France se situe dans le dar-el-Sohl, parce que l'on y autorise, par exemple, le port du voile islamique. Si on l'interdisait, le pays passerait dans le dar-el-Harb. La Grande-Bretagne, elle aussi, se trouve dans le dar-el-Sohl, puisque tous les rites musulmans y sont tolérés sans aucune restriction. Quant aux Etats-Unis, ils se trouvent sans discussion dans le dar-el-Harb, puisqu'ils ont osé occuper le sol sacré de l'islam, en l'occurrence l'Arabie saoudite.» C'est précisément au sujet du stationnement des troupes américaines sur le sol saoudien, lors de la guerre du Golfe, qu'Oussama ben Laden a rompu avec sa famille et quitté l'Arabie.

Le pays natal du Prophète est à maints égards la terre d'élection du hanbalisme, puisque le fondateur de la dynastie actuellement au pouvoir, Abd-al-Wahab (1703-1792), y a instauré une charia de fer qui dure toujours. A tel point que la famille royale, les wahhabites, s'identifie avec l'un des courants les plus fanatiques de l'islam. L'analyse de l'islamologue Bernard Lewis, dans Le Retour de l'islam, n'est pas démentie: «Le modèle idéal est situé dans le passé. Une fois donnée cette perfection originelle, tout changement est détérioration.» Le jihad proclamé au Daguestan, en 1999, comme le retour de la charia en Tchétchénie donnent l'ampleur du prosélytisme wahhabite. Les intégristes avancent jusqu'aux marches de la Russie. Selon Alexandre Iskandarian, directeur du Centre des études caucasiennes, à Moscou, «lorsqu'on interroge ces gens, ils rejettent le terme de wahhabites et se disent simplement musulmans. En fait, ce sont des extrémistes religieux».

«L'islam est une religion,
non une politique»

Le fanatisme qui se fait jour de toutes parts est-il donc une fatalité de l'islam? Non. En dissociant le droit et la religion, l'Etat se séparerait de la mosquée et le fait musulman pourrait se cantonner au champ purement spirituel. Le penseur tunisien Mohamed Charfi explore une voie du salut: «Le Coran contient plus de 6 000 versets, dont seulement 300 environ, moins de 5%, ont une allure juridique. Ce sont de simples recommandations. Les intégristes qui veulent reconstituer un Etat islamique font semblant d'ignorer que le Coran ne contient aucune mention relative à l'Etat ni encore moins aux règles de choix des gouvernants. Ni, de façon plus générale, une règle de droit public. Pourtant, Dieu dit dans le Coran: "Nous n'avons rien omis dans ce livre" (sourate VI, 38, Les troupeaux). Si Dieu a tout dit dans le Coran et n'a rien dit sur le fonctionnement ni même sur le rôle de l'Etat, c'est que la question de l'Etat y est hors sujet.» Et d'ajouter: «L'islam est une religion, non une politique.»

Le mufti de Marseille, Souheib Bencheikh, homme respecté par sa communauté, fait écho. «Je dénonce l'hypocrisie des théologiens musulmans, déclare-t-il, qui, certes, dénoncent les pratiques criminelles et les tueries, mais, en revanche, ne mettent pas en cause la théologie qui les sous-tend. Ils doivent saisir l'occasion pour désacraliser le droit musulman.» Bencheikh va encore plus loin en lançant à l'adresse des islamistes algériens: «On est en train de bédouiniser notre vie, de ridiculiser notre intelligence.»

L'antidote au fanatisme est bel et bien intellectuel. La plupart des régimes arabes, englués dans des schémas marxistes révolus, ont privilégié les techniques et réprimé les sciences humaines. Or Bernard Lewis comme Gilles Kepel ont déjà judicieusement noté combien les milieux intégristes fourmillaient de techniciens et d'ingénieurs. Les auteurs des attentats de New York et de Washington étaient des techniciens... Il faut maintenant à l'islam un siècle des Lumières. Et les Lumières ne viendront pas des électriciens mais des penseurs. C'est à l'Occident de les encourager. Sans faiblir.