G.
Verna
Dossier d'information de Infomundi, Service d'Information et Documentation sur le Tiers Monde créé par l'ONG Medicus Mundi
mars 1997
1 - Leau et la santé
L'eau est à l'environnement ce que le sang est à l'organisme humain; elle est essentielle à la survie de tous les êtres vivants plantes, animaux et humains et nous devons faire tout ce qui est possible afin de maintenir sa qualité pour les générations actuelles et futures.
L'eau potable, par exemple, est réglementée par des recommandations suffisamment rigoureuses pour protéger la santé humaine. En l'absence de recommandations de ce genre, divers problèmes de santé peuvent se poser. On a calculé par exemple que la contamination de l'eau et un mauvais système d'hygiène publique entraînent quotidiennement, dans le monde, la mort de 30 000 personnes, soit l'équivalent de 100 gros porteurs qui s'écraseraient chaque jour!
1. Qu'est-ce qui détermine la qualité de l'eau?
Même l'eau des rivières et des lacs les plus sains n'est pas complètement pure. N'importe quelle eau contient de nombreuses substances que l'on retrouve partout dans la nature, surtout des bicarbonates, des sulfates, du sodium, des chlorures, du calcium, du magnésium et du potassium (matières totales dissoutes). Ces substances parviennent jusqu'aux eaux de surface et souterraines; elles proviennent :
du sol, des formations géologiques et du terrain dans le bassin versant (bassin hydrographique);
de la végétation et de la faune avoisinantes;
des précipitations et des eaux qui s'écoulent par ruissellement sur les terres adjacentes;
des processus biologiques, physiques et chimiques dans l'eau;
des activités humaines dans la région.
2. Quelques faits au sujet de la qualité de l'eau
Environ 57 % des Canadiens sont desservis par une station d'épuration des eaux usées, comparativement à 74 % pour les Américains, 86,5 % pour les Allemands et 99 % pour les suédois.
Dans les pays en voie de développement, 80 % des maladies sont dues à l'eau.
Vingt-six pour cent des Canadiens comptent sur les eaux souterraines pour leur consommation à domicile.
Une goutte d'huile peut rendre impropre à la consommation jusqu'à 25 litres d'eau.
Un gramme de 2,4-D (un herbicide d'usage domestique courant) peut contaminer 10 millions de litres d'eau potable.
Un gamme de BPC peut rendre jusqu'à 1 milliard de litres d'eau impropres à la vie aquatique en eau douce.
De l'eau contenant 1 gramme de plomb par 20 000 litres est impropre à la consommation. Dans les anciennes maisons, il arrive souvent que la tuyauterie est faite en plomb ou soudée au plomb, et ce plomb peut passer dans l'eau.
Les nitrates des engrais favorisent la croissance excessive des algues et des grosses plantes aquatiques, causant l'affreuse prolifération d'algues et faisant fuir le poisson gibier.
On peut souvent voir du méthane se dégager sous forme de bulles du fond des étangs; ce gaz est produit par la décomposition dans la vase des plantes et des animaux morts.
2 - Leau et la pollution
Il est facile de se débarrasser des déchets en les jetant dans une rivière ou dans un lac. En petite ou en grande quantité, jetés intentionnellement ou accidentellement, il peuvent être emportés par le courant, mais ils ne disparaissent jamais. Ils réapparaissent en aval de l'endroit où ils ont été jetés, souvent sous une autre forme, ou seulement dilués. Les masses d'eau douce peuvent facilement décomposer certains de ces déchets, mais pas autant que la société d'aujourd'hui en rejette. On appelle pollution la surcharge qui en découle et qui finit par déséquilibrer l'écosystème.
Quelquefois, la nature elle-même est à l'origine de ces déséquilibres. Dans certains cas, la composition naturelle de l'eau la rend impropre à certains suages: par exemple, l'eau qui coule dans les terres fortement salées des prairies ou qui jaillit de sources très minéralisées dans certaines régions du pays ne peut pas entretenir la vie des populations de poissons.
Mais le plus souvent, nos cours d'eau sont pollués par des déchets urbains, agricoles et industriels comprenant de nombreuses substances toxiques de synthèse que les processus naturels ne réussissent pas à décomposer. Même en qualité minime, quelques-unes de ces substances peuvent être très dommageables.
Les Grands Lacs, le fleuve Fraser et le fleuve Saint-Laurent sont encore fortement contaminés par des toxiques de ce genre.
1. Les produits chimiques toxiques, legs d'une société chimique
Nous sommes une société « chimique »; nous utilisons des centaines de produits chimiques dans nos activités quotidiennes normales : le lavage, les repas, le ménage, l'entretien de la pelouse et du jardin ainsi que la conduite automobile. Actuellement, on connaît presque 10 millions de produits chimiques, et, de ce nombre environ 100 000 sont utilisés commercialement. Plus de 10 000 nouveaux produits sont mis au point chaque semaine.
La plupart des produits chimiques toxiques sont rejetés directement dans nos cours d'eau sous forme de déchets, mais un grand nombre pénètrent aussi dans l'eau à la suite de leur utilisation quotidienne à la maison, en agriculture et dans l'industrie. Ces produits modifient constamment la composition chimique de nos eaux, soit par infiltration, c'est-à-dire lorsqu'ils imprègnent la terre et se rendent jusqu'aux eaux souterraines après avoir été lixiviés des décharges et des terres agricoles, par exemple, soit par ruissellement, lorsqu'ils sont entraînés dans des masses d'eau en provenance de la terre, où ils ont été utilisés ou déversés, ou encore de l'atmosphère, dans laquelle ils ont été rejetés.
Les produits chimiques peuvent altérer le goût, l'odeur et la couleur de l'eau. Ils peuvent rendre les poissons et les animaux moins fertiles, entraîner chez eux des malformations génétiques, endommager leur système immunitaire, accroître les cas de tumeurs et causer la mort de ces êtres vivants.
Une grande partie des produits chimiques qui pénètrent dans l'eau, même en quantité minime, sont toxiques pour l'être humain, les plantes et les animaux. Le BPC et les PPC (phénols polychlorés) en sont des exemples typiques. Les pesticides sont utilisés en agriculture, en foresterie et à la maison. Les BPC, bien qu'ils ne soient plus utilisés dans les nouvelles installations, servent encore d'isolant dans les anciens transformateurs électriques, et certains agents de préservation du bois contiennent des PPC. Les mêmes propriétés pour lesquelles ces produits chimiques sont utilisés, la toxicité et la persistance, par exemple, les rendent très nuisibles pour l'environnement.
2. Les effets de la pollution
La pollution n'est pas toujours visible. L'eau d'une rivière ou d'un lac peut sembler propre, même si elle est encore polluée. Dans les eaux souterraines, sur lesquelles un quart de la population canadienne compte pour s'approvisionner, les polluants sont particulièrement difficiles à détecter. En outre, les effets de la pollution ne sont pas nécessairement immédiats; ils peuvent prendre des années à se manifester.
Lorsque la pollution rend l'eau impropre à la consommation, aux loisirs, à l'agriculture et à l'industrie, elle finit par rendre les lacs et les rivières moins esthétiques. Ce qui est plus grave, c'est que lorsque la pollution détruit la vie aquatique et réduit sa capacité de reproduction, elle menace éventuellement la santé humaine. Personne n'échappe aux effets de la pollution de l'eau.
3 Les différentes sortes deau
Il existe 9 types différents deau :
Leau dure,
Leau brute,
Leau bouillie,
Leau douce,
Leau de pluie,
Leau nivale,
Leau filtrée,
Leau dé ionisée,
Leau distillée.
Leau dure : eau saturée de sels calcaires, de calcium, de magnésium, de sodium, de fer, de cuivre, de silicone, de nitrates, de chlorure, de virus, de bactéries, de produits chimiques et dun grand nombre dautres substances chimiques et minéraux inorganiques dangereux. Les eaux minérales sont des eaux dures.
Leau brute : eau qui na pas été bouillie. Elle peut être dure comme leau calcaire, ou douce comme leau de pluie. Chaque goutte deau brute contient des millions de virus et bactéries.
Leau bouillie : eau brute portée à ébullition. Cette opération permet dexterminer un certain nombre de bactéries mais nélimine pas les minéraux inorganiques. Leau bouillie est ainsi une concentration de microbes morts.
Leau de pluie : eau qui ne devrait pas contenir de minéraux ni de microbes puisque distillée sous linfluence de la chaleur du soleil. Cependant, la pluie traverse une atmosphère polluée. De plus, si lon laisse reposer de leau de pluie, les matières animales en décomposition quelle contient la contaminent rapidement.
Leau nivale : la neige en fondant produit de leau. La neige est de leau de pluie gelée et le gel ne détruit pas les bactéries.
Leau filtrée : cest une eau qui est passée au travers dun tamis très fin appelé « filtre ». Il est vrai que le filtre «élimine le calcium et autres substances solides mais aucun filtre ne peut avoir des mailles suffisamment serrées permettant de retenir les bactéries ou les virus.
Leau dé ionisée : ce traitement permet lélimination des minéraux. Cependant, elle devient un terrain propice à la reproduction des bactéries et des virus.
Leau distillée : eau qui a été évaporée, c'est-à-dire séparée de toutes ses impuretés. Lévaporation en fait une eau pure. Cest la seule eau qui soit débarrassée de toute impureté. Cest une eau qui soit sans odeur, incolore et sans saveur.
Leau distillée agit dans lorganisme comme un solvant,
Elle dissout les substances alimentaires qui sont assimilées par les cellules,
Elle dissout les déchets cellulaires et permet lélimination des toxines,
Elle dissout les substances minérales inorganiques déposées dans les tissus du corps.
4 La solution à nos problèmes
Leau dure est par conséquent lennemi numéro un.
Les minéraux absorbés par leau au contact de lair et du sol étaient des minéraux inorganiques qui ne peuvent être assimilés par le corps à moins dêtre fixés dans les molécules organiques. Les seuls minéraux que le corps peut utiliser sont les minéraux organiques.
Les minéraux contenus dans leau sont bons pour les plantes. Celles-ci transforment les minéraux inorganiques en minéraux organiques. En buvant de leau dure, nous faisons linverse du fait que notre organisme ne peut assimiler le calcium, le magnésium, le fer et le cuivre. Ces éléments se logent dans les articulations et donnent naissance à larthrite.
Les problèmes cardiaques peuvent être causés par des dépôts de minéraux.
Leau attire principalement les matériaux inorganiques, tandis quelle laisse les minéraux organiques dans les tissus qui en ont besoin. Examinons une radiographie des artères. Celles-ci seraient invisibles sans les dépôts de calcium qui se forment sur les parois artérielles. Voilà la preuve que les minéraux se déposent même le long des vaisseaux ou le sang circule à grande vitesse.
En résumé, leau dure dépose les minéraux inertes dans lorganisme, alors que leau distillée les entraîne à lextérieur.
Autres informations sur leau :
La "révolution pasteurienne" et le développement des traitements de potabilisation
En 1881, Pasteur découvre les microbes. Sa célèbre phrase "Nous buvons 90% de nos maladies" ouvre une ère nouvelle dans l'approche de l'alimentation en eau potable. Les avancées de la bactériologie constituent donc un élément clef dans la définition de l'eau potable. Non seulement, à partir de cette date, on choisit les ressources en eau en fonction de la présence ou non de bactéries pathogènes mais, dès la fin du XIXème siècle, on comprend qu'une eau fraîche, limpide, sans saveur ni odeur n'est pas nécessairement synonyme d'eau potable. Le principe de l'eau souterraine pure par définition commence donc à être battu en brèche. En l'absence de traitements totalement fiables, la seule vraie garantie d'élimination des microbes réside dans l'ébullition de l'eau, et ce jusqu'au développement des traitements de désinfection, au début du XXème siècle. La corrélation entre eau de mauvaise qualité, contaminée par les microbes, et épidémies est donc confirmée. Reste désormais à améliorer les procédés de traitement.
A l'origine, la filtration
Jusqu'à l'apparition des techniques de désinfection chimique de l'eau, au XXème siècle, les seuls traitements disponibles s'appuyaient sur des principes physiques de filtration, connus en fait depuis l'Antiquité. Le premier véritable exemple connu de filtration en France remonte à 1745, avec les filtres Amy, du nom de leur inventeur, dont la tentative de commercialisation domestique tourna court. Quantité de matériaux organiques et minéraux vont être testés avant que soient sélectionnés le sable et le charbon, qui sont encore aujourd'hui à la base des techniques modernes de filtration. Dans la première partie du XIXème siècle, Paris va équiper ses fontaines publiques de filtres : ce sont les "fontaines filtrantes". Il faudra toutefois attendre la fin du siècle pour que les filtres utilisés éliminent les microbes, grâce aux travaux de l'Institut Pasteur dans ce domaine.
Le développement des concessions de distribution d'eau va, d'une part, mettre fin au système des fontaines publiques et des porteurs d'eau, du fait du développement de l'adduction à domicile et, d'autre part, stimuler la mise en oeuvre de filtrations communales à grande échelle (à Marseille, Lyon et Toulouse, par exemple). Paris se dote de grosses unités de filtration lente à la fin du XIXème siècle, avec les usines de Saint-Maur et d'Ivry.
Ces systèmes de filtration lente sur sable à grande échelle vont permettre d'améliorer sensiblement la qualité de l'eau distribuée. Ils vont d'ailleurs être complétés et améliorés par l'ajout de nouvelles étapes : la décantation (qui permet de laisser "déposer" une partie des matières indésirables") et la coagulation (ajout de réactif permettant de mieux "regrouper" ces mêmes matières pour les éliminer). Mais, ces seuls traitements physiques n'éliminent pas toutes les bactéries, même si les épidémies reculent déjà.
L'avènement de la désinfection chimique
L'histoire des traitements de désinfection chimique de l'eau commence au début du XXème siècle. Ces derniers ne se généraliseront que lentement : il faudra non seulement apprendre à en maîtriser les techniques mais, fait non négligeable, vaincre les réticences de populations au départ peu confiantes à l'égard d'une eau traitée chimiquement. Comme pour la filtration, de nombreux produits seront essayés (acides, permanganates, iode, UV...) avant que le choix des professionnels de l'eau ne se porte sur deux oxydants : l'ozone et le chlore.
La première usine d'ozonation est installée en Hollande en 1893. Le procédé est développé en France par M. Otto et plusieurs villes adoptent ce système au tout début du siècle : Nice, Chartres, Lille... L'ozone est un désinfectant puissant qui présente de surcroît l'avantage de ne provoquer ni coloration, ni odeur, ni saveur, ni résidu. Par contre il n'est efficace que sur une eau déjà bien clarifiée, c'est un procédé cher et nécessitant une main d'oeuvre très qualifiée. Ces quelques handicaps font que c'est finalement le traitement au chlore, retenu par Paris en 1911, qui s'impose.
Le chlore, qui est également un oxydant puissant, est alors moins coûteux et d'un emploi plus simple que l'ozone. Son effet est en outre plus durable. Son emploi se généralise (Reims, Lyon, Saint-Malo) surtout après la Première Guerre Mondiale, au cours de laquelle est mis au point un procédé (la "verdunisation") permettant de réduire largement les doses de réactif, pour un moindre coût et un bénéfice gustatif évident. Aujourd'hui, 99% des unités de désinfection s'appuient sur le chlore.
Planète Eau
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Mars 1997
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PLUS D'UN MILLIARD DE PERSONNES ONT SOIF
La terre contient 1,4 millions de kilomètres cubes d'eau environ, mais à-peu-près 97,4 pour cent de cette eau est de l'eau de mer ou de l'eau saumâtre. Les trois quarts environ du 2,6 pour cent de l'eau restante sont contenus dans les calottes polaires et les glaciaires. L'eau douce disponible se réduit à 0,001 pour cent du total. C'est-à-dire, quelques 9000 kilomètres cubes d'eau par an (1 et 2).
Si l'on divise cette quantité d'eau par le nombre total des habitants de la Terre il peut sembler qu'il s'agit d'une quantité d'eau suffisante pour couvrir les besoins indispensables à la survie humaine. De fait, l'on estime qu'il y a, théoriquement, de l'eau douce suffisante pour ravitailler quelques 20 milliards d'habitants. Malheureusement elle n'est pas répartie de façon égale, comme en témoignent les vastes régions arides et semi-arides existantes (1).
D'après les estimations de la Banque Mondiale plus d'un milliard d'habitants dans le monde n'ont pas accès aux provisions d'eau apte à la consommation et 1,7 milliard Manquent d'assainissement adéquat (3).
Garantir l'approvisionnement d'eau à ce milliard de personnes demanderait une inversion cinq fois supérieure à celle que l'on destine à cette fin actuellement, c'est-à-dire 50 milliards de dollars (290 milliards de FF) par an. L'approvisionnement urbain d'eau coûte environ 105 dollars par personne et une moyenne de 50 dollars (290 FF) dans les milieux ruraux, d'après l'OMS (2).
La consommation d'eau a triplé dans le monde depuis 1950. La réponse à cette augmentation de la demande d'eau a consisté presque toujours à construire davantage et de plus grands ouvrages hydrauliques, surtout des barrages et des canalisations afin de dévier les rivières. Le nombre des grands barrages, c'est-à-dire ceux qui ont un mur de plus de 15 mètres de hauteur, a augmenté vertigineusement dans le monde, passant d'un peu plus de 5000 en 1950 à près de 38000 actuellement.
Plus de 85 pour cent des grands barrages qui existent à présent ont été construits pendant les derniers 35 ans. Le génie civil moderne a permis de garantir l'approvisionnement de zones urbaines et rurales mais, d'après les écologistes, il a favorisé la dégradation des deltas fluviaux et a facilité l'anéantissement imminent d'espèces animales et des zones humides.
26 PAYS SONT À COURT D'EAU
Pendant la Décennie Internationale de l'Eau Potable et de l'Assainissement de l' Environnement (1981-1990) des programmes furent entrepris qui permirent à des centaines de milliers de personnes d'avoir accès à l'eau potable. Dans les zones rurales l'eau apte à la consommation mise à disposition augmenta à plus du double et dans les zones urbaines elle augmenta une fois et demie. Mais les progrès obtenus furent anéantis par l'accroissement vertigineux de la population dans les pays en voie de développement (5).
En 1990, 20 pays souffraient du manque d'eau (3). En 1996 ils étaient déjà 26 (230 millions de personnes), d'après l'Organisation des Nations Unies pour l'Agriculture et l'Alimentation (FAO) (6). Le nombre de pays qui ont des problèmes d'eau pourrait s'élever à 41 en l'an 2020 (3). Le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE) calcule que d'ici à l'an 2027 à peu près un tiers des habitants du monde souffrira du manque d'eau chronique (7). Les causes en sont évidentes : la plus grande demande sur les ressources d'eau douce provoquée par les populations humaines croissantes; la détérioration de la qualité des ressources aquifères existantes, due à la pollution et aux nécessités créées par la vertigineuse expansion industrielle et agricole.
Les conséquences de ce manque d'eau se feront sentir surtout dans les régions arides et semi-arides de la planète, mais aussi on en souffrira dans les régions côtières qui ont un accroissement rapide ainsi que dans les mégalopoles du monde en développement (7). Plusieurs de ces villes sont déjà incapables ou le seront bientôt, de pourvoir leurs citoyens de l'eau potable et salubre et de services d'assainissement adéquats.
Le manque et la mauvaise qualité de l'eau mettent en danger la santé et le bien-être social et économique, la sécurité alimentaire et la diversité biologique. En outre ils exacerbent les tensions et les conflits aussi bien à l'intérieur des pays qu'entre les différents pays (8). Le manque d'eau pourrait être, en plus, dans l'avenir, la limitation la plus importante pour pouvoir assurer une agriculture soutenable.
L'Afrique dispose actuellement seulement d'un tiers de l'eau par personne dont elle disposait en 1960 (6). Ce continent est, avec l'Asie, celui où l'eau manque le plus et où la qualité est la plus mauvaise. En l'an 2000, les cinq pays méditerranéens du nord de l'Afrique (l'Algérie, l'Egypte, la Libye, le Maroc et la Tunisie) auront des problèmes d'eau, ainsi que les pays subsahariens comme la Mauritanie, le Kenya, le Burundi, le Rwanda, le Botswana, le Malawi, le Soudan et la Somalie (6).
Au manque d'eau il faut ajouter comme problème supplémentaire la pollution. La FAO a avertit dans divers rapports des effets polluants des insecticides et des fertilisants utilisés en agriculture qui endommagent les réserves d'eau en surface et d'eau souterraine.(9). Le 80 pour cent environ de toute la pollution de la mer a son origine dans les activités humaines sur la terre, telles que l'urbanisation, l'agriculture le tourisme, le développement industriel, le déversement des eaux résiduelles insuffisamment traitées et les déchets industriels et la construction de l'infrastructure des côtes (10).
UN GASPILLAGE QUI REVIENT CHER
Actuellement entre 40 et 60 pour cent de l'eau utilisée par les entreprises de services publiques se perd à cause des filtrations, des pertes, des vols et des relevés défectueux (11). Les réseaux de tuyauteries des grandes villes européennes peuvent perdre jusqu'au 80 pour cent de l'eau qu'ils transportent, à cause de leur mauvais état. La commission Economique pour l'Europe de l'ONU évalue ces pertes à 10 milliards de dollars annuels (58 milliards de FF).
En Espagne la moyenne d'eau perdue par ces fuites se situe à 27 pour cent, mais peut arriver dans certaines villes jusqu'au 50 pour cent d'après l'Association Internationale pour l'approvisionnement de l'eau (12).
Quelques villes du Mexique arrivent à perdre le 60 pour cent de l'eau à cause des fuites dans les vétustes systèmes de distribution, comme déclarèrent les experts réunis pour le Séminaire International pour la Gestion de l'Eau qui eut lieu en Juillet 1996 dans la localité de Aguascalientes (6).
Les résultats de divers pays démontrent, par contre, que les agriculteurs qui sont passés de l'arrosage par sillons ou par aspersion à des systèmes efficients de goutte à goutte ont réduit leur consommation d'eau entre un 30 et un 60 pour cent en accroissant souvent simultanément la productivité de leurs cultures. Parmi eux se trouvent les cultivateurs de tomates de la Jordanie, ceux de cocotiers de l'Inde et ceux de canne à sucre de Hawaï. Ces systèmes goutte à goutte, amplement utilisés dans des pays comme Israël, peuvent s'avérer trop chers pour les paysans les plus pauvres, mais des recherches sont en cours pour les rendre meilleur marché (4).
EAU DANGEREUSE POUR LA SANTÉ
Le 80 pour cent environ des maladies et plus d'un tiers des morts dans les pays en développement ont un rapport avec l'eau (7). Chaque huit secondes un enfant meurt d'une maladie associée à l'eau. Chaque année, plus de cinq millions de personnes meurent de maladies liées à sa consommation, au manque d'hygiène dans le foyer ou aux défauts des canalisations (2). Et la diarrhée, causée dans un 30 pour cent des cas par l'eau et donnant lieu à une grave déshydratation et malnutrition, tue chaque année presque 3 millions d'enfants de moins de cinq ans, ce qui représente le quart des morts de ce groupe d'âge (5).
Les risques pour la santé associés à la consommation d'eau seront spécialement importants dans les zones urbaines en expansion rapide où l'accroissement de la population et la construction de grandes métropoles limiteront encore d'avantage la disponibilité d'eau, au dire des experts (5).
L'OMS calcule que la morbidité (nombre de cas) et la mortalité (nombre de morts) dérivées des maladies les plus graves associées à l'eau se réduiraient d'un 20 à un 80 pour cent si on la rendait potable et l'on garantissait une canalisation adéquate (2).
Les agents pathogènes qui prospèrent dans les milieux aquatiques peuvent provoquer le choléra, la fièvre typhoïde, des dysenteries, la poliomyélite, l'hépatite et la salmonellose. Ils se transmettent lorsqu'on boit de l'eau infectée, on mange du poisson et des crustacés contaminés, l'on se baigne, nage ou traverse à gué des eaux contaminées ou par des insectes et des escargots aquatiques.
D'après l'OMS, la schistosomiase tue chaque année quelques 20.000 personnes. On la contracte en se lavant ou se baignant dans des rivières, lacs ou canaux infectés. Un ver nommé schistosome pénètre par la peau, arrive dans le sang et s'installe dans les vaisseaux sanguins des intestins ou de la vessie, causant, par exemple, un type de cancer de vessie qui est la principale cause de mort chez les hommes de moins de 44 ans en Egypte (13).
Le nombre de cas de dracunculose a diminué d'un 97 pour cent depuis 1986 grâce au mesures de prévention adoptées, comme la filtration de l'eau, la désinfection des étangs, l'installation de pompes et la protection des fontaines. La dracunculose est causée par un parasite connu comme ver de Guinée. La femelle adulte peut mesurer jusqu'à un mètre de longueur et deux millimètres de largeur. Le parasite parcourt le corps causant de fortes douleurs, surtout dans les articulations. Finalement il émerge à travers la peau, normalement par les pieds, produisant des oedèmes, des cloques et des ulcères qui habituellement sont accompagnés de fièvres, nausées et vomissements. Ceux qui en sont affectés peuvent infecter les bassins d'ou se ravitaillent les villages en plongeant dans l'eau la partie contagieuse (14).)
L'éradication globale de cette maladie paraît proche (13), ce qui sera, avec la poliomyélite, l'une des rares maladies que l'on peut considérer comme éliminées de la Planète, catégorie où l'on compte déjà la variole. Pour cela il faut que l'on ne signale aucun cas nulle part dans le monde pendant au moins trois ans.
L'OMS certifia, le mois de Janvier dernier, sa disparition au Pakistan, en Iran et 19 autres pays, parmi lesquels se trouvent le Brésil et la Papouasie Nouvelle Guinée (15). Bien qu'elle soit encore présente dans 18 pays, 16 d'entre eux subsahariens, son recul est évident: en 1986 l'on compta trois millions et demi de cas face aux 120.000 détectés en 1995. La moitié de tous ceux-ci se produisent maintenant dans un seul pays, le Soudan, dont la situation de conflit difficulté l'éradication d'une maladie pour laquelle il faudrait un investissement de trois millions de dollars (17,5 millions de FF) environ (13 et 16). La dracunculose continue d'être une maladie endémique dans le 44 pour cent des villages du pays (15).
Au Cameroun on notifia seulement 14 cas en 1995. L'Inde a réduit son nombre de 40.000 en 1984 à 9 en 1996. Le Nigeria et le Ghana ont réussi aussi à réduire substantiellement le nombre de cas de cette maladie (15 et 16).
Quelques 200 millions de personnes d'Asie, d'Afrique et d'Amérique Latine souffrent de giardiase, une infection intestinale qui se transmet surtout par la consommation d'eau polluée par des matières fécales. Elle cause de la diarrhée, des douleurs abdominales et des pertes de poids. Chaque année l'on enregistre 50.0000 nouveaux cas, la plupart chez des enfants (13).
Actuellement, le choléra, le typhus et la dysenterie sont rares dans les pays industrialisés. Ce n'est pas le cas dans les pays en voie de développement où chaque année l'on enregistre quelques 16 millions de cas de choléra et 120.000 décès dus à cette maladie. Un 80 pour cent des cas et des morts par choléra sont enregistrés en Asie. Il y a aussi beaucoup de cas en Afrique et en Amérique Latine (13).
Aux Etats Unis, les maladies provoquées par des microorganismes transmis par l'eau ont diminué au cours du dernier siècle jusqu'à un millième de ce qu'elles étaient. Même ainsi, l'Agence pour la Protection de l'Environnement des USA calcule que les maladies infectieuses transmises par l'eau coûtent au pays 9.700 millions de dollars (56.260 millions de FF) par an. En 1993 la pollution de l'approvisionnement d'eau de Milwaukee rendit malades plus de 400.000 personnes, dont 104 moururent. Le désastre coûta à la ville quelques 150 millions de dollars (870 millions de FF) (5).
En Russie, certaines zones des fleuves Volga, Dvina et Obi sont même arrivées à être un danger pour la santé publique, parce qu'elles contiennent des sortes de bactéries du choléra, du typhus et la dysenterie, en plus du virus de l'hépatite, qui se propagent à travers les systèmes d'approvisionnement et contaminent l'eau potable.
En 1991 l'on considéra que l'eau déversée par un cargo chinois était coupable d'avoir introduit la sorte asiatique du choléra dans les eaux du Pérou. L'on pense qu'après le déversement, les bactéries se propagèrent rapidement dans l'écosystème marin infectant le plancton et arrivant jusqu'à la population humaine à travers la consommation d'eau, de poisson et de crustacés contaminés. Deux ans après le déversement l'on avait enregistré plus de 500.000 cas de choléra en Amérique Latine, 200.000 d'entre eux au Pérou.
La dégradation de la mer d'Aral a provoqué que des centaines de milliers de personnes souffrent d'anémie et d'autres maladies dues à la consommation d'eau saturée de sels et contaminée par des substances chimiques provenant des champs de coton (9).
D'après une étude réalisée par Medicus Mundi au Gujerat, un état situé à l'ouest de l'Inde, l'eau des puits analysés était contaminée à un très haut degré par des matières fécales, contamination responsable de la présence importante de parasites dans la zone. On analysa plus de 200 personnes et il s'avéra que le 87,3 pour cent était infecté par des parasites intestinaux. Un 85,3 pour cent était porteur de parasites pathogènes.
LES GUERRES DE L'EAU
Les tendances qui émergent à présent indiquent que nous allons vers une "crise de l'eau" dans plusieurs régions, de façon plus remarquable au Moyen Orient et en Afrique du Nord, où la disponibilité de l'eau par personne est de 1247 mètres cubes par an, l'une des plus basses du monde, comparée aux 18.742 mètres cubes en Amérique du Nord et aux 23.103 en Amérique Latine. "Il est très probable que dans le futur les querelles et les problèmes occasionnés par la réduction de l'approvisionnement d'eau constitueront une source de conflits entre les nations" avertit la directrice du Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE), Elizabeth Dowdeswell (7).
D'après le Worldwatch Institute "ni les gouvernements ni la communauté internationale ne sont préparés pour pallier les troubles sociaux et les conflits extérieurs qui pourraient se produire si la pénurie d'eau s'aggravait et se généralisait", pénurie qui sera, dans un futur proche, la principale limitation pour la production agricole dans beaucoup de zones du monde (11).
Les bassins fluviaux qui risquent le plus de devenir des zones chaudes d'hostilités sont ceux où au moins deux pays partagent un même fleuve dont le débit s'avère insuffisant pour satisfaire toute la demande et où il n'y a pas de traité reconnu par tous les pays du bassin qui régisse la distribution. Le Worldwatch signale plusieurs "régions potentiellement chaudes": le Ganges, le Nil, le Jourdain, le Tigre et l'Euphrate, l'Amu-Darya et le Syr-Darya en Asie Centrale (4).
PROCHE ORIENT
Le risque de conflit augmente quand la nation située en aval de la rivière (la plus vulnérable en approvisionnement hydrique) est militairement plus puissante que la nation située en amont (celle qui a la clef de l'eau) et pense que ses intérêts sont menacés. "Avant 1967, par exemple, Israël, se trouvant en désavantage par rapport à l'eau, pensait que ses intérêts étaient en danger, mais elle était relativement plus puissante que ses voisins. Les intentions syriennes de dévier le Banias, l'une des trois sources du haut Jourdain, contribuèrent à augmenter les tensions et une série d'affrontements avec Israël précèdèrent la Guerre des Six Jours en 1967.
La victoire d'Israël dans ce conflit favorisa la conquête de la clef de l'eau dans deux zones d'importance hydrique stratégique: la nappe aquifère des Hauteurs du Golan avec l'apport au fleuve Jourdain des eaux du Banias et l'accès à la zone d'un barrage jordanien en projet sur la rivière Yarmouk, en Cisjordanie" rappelle le Worldwatch Institute (4).
Le fait que la Jordanie soit située en aval des fleuves Jourdain et Yarmouk permet, d'autre part, à Israël et à la Syrie de contrôler la quantité d'eau qui arrive finalement à ce pays. Le traité de paix jordano-israëlien prévoit l'accord d'Israel pour que l'eau arrive plus abondante en Jordanie, qu'elle puisse être accumulée pendant les mois pluvieux de l'hiver et aussi être canalisée vers ce royaume pendant la période sèche de l'été (18).
Jusqu'à une date récente Israël a limité l'accès aux eaux souterraines en Cisjordanie, ce qui a suscité des tensions parmi la population arabe, à laquelle on refusait le droit de forer de nouveaux puits d'arrosage pour utilisation agricole (4). Jusqu'à l'accord passé avec l'OLP en septembre 1995 il ne reconnut pas que les palestiniens aient des droits sur l'eau..
L'EGYPTE
Certains experts, comme le professeur Thomas Naff de l'Université de Pennsylvanie, ont affirmé que "pour tout régime égyptien, le recours à la guerre est un axiome, si cela était nécessaire, pour éviter qu'aucun de ses voisins les plus proches situés en amont - le Soudan et l'Ethiopie - ne réduise, par un procédé quelconque, le débit du Nil". Ce fleuve fournit le 97 pour cent de la provision des eaux superficielles à l'Egypte, qui pourrait voir réduites ses ressources, si l'Ethiopie, qui contrôle le 86 pour cent du débit du Nil, mobilisait ses ressources pour accumuler et utiliser l'eau à des fins agricoles et pour augmenter sa production hydroélectrique (4).
BASSIN DE LA MER D'ARAL
L'Afghanistan, l'Iran et cinq nations à l'indépendance récemment acquise en Asie ex-soviétique (Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Turkménistan et Ouzbékistan) forment le bassin de la Mer d'Aral, qui autrefois fut le quatrième lac du monde et qui actuellement a perdu la moitié de sa superficie et les trois quarts de son volume d'eau par suite des déviations excessives des fleuves Amu-Darya et Syr-Darya vers des plantations de coton dans le désert.
En plus de supporter les conséquences de la destruction de l'écosystème de la Mer d'Aral, ces pays sont confrontés à des menaces de grande envergure à cause du manque d'eau. Il y a déjà des querelles entre les kirghizes et les ouzbeks pour des questions d'eau et de sol dans la région de Ferghana. Aussi entre les kirghizes et les tadjikes pour la distribution d'eau d'arrosage et les eaux d'écoulement dans le delta de l'Amu-Darya.
Pour le moment, les risques d'un conflit plus ouvert semblent faibles parce que les cinq pays continuent d'appliquer la formule des quotas d'eau stipulée en son jour par Moscou. Cependant, la pénurie d'eau jointe à l'accroissement démographique et les différences ethniques continuent d'être une menace latente de violence (4).
L'EAU ET LA PAUVRETÉ
L'accès à l'eau apte à la consommation pour les foyers et les activités agricoles et industrielles à petite échelle améliore les conditions de vie en général et peut augmenter de façon remarquable les opportunités des plus pauvres pour accroître leur revenu, comme le signale Anders Wijkman, administrateur adjoint du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et membre du Club de Rome (8).
L'eau génère, en plus, de l'emploi et de la nourriture pour des millions de personnes. Le 60 pour cent des habitants du monde dépend directement des milieux côtiers et océaniques et a comme source de revenus des activités telles que la pêche, le transport maritime et le tourisme. La zone côtière et le milieu maritime sont, par exemple, des espaces fondamentaux pour les économies des états du littoral d'Afrique Centrale (19). On estime qu'en l'an 2000 le 75 pour cent environ des habitants du monde vivront dans un rayon de 60 kilomètres de la côte (8 et 10).
Les femmes et les petites filles des zones rurales des pays en développement emploient jusqu'à 5 heures par jour pour aller chercher l'eau aux sources éloignées de plusieurs kilomètres de chez elles. Rapprocher ces sources de leurs foyers leur laisserait du temps libre pour augmenter leurs revenus familiaux, en plus de supposer d'importants bénéfices pour leur santé (8).
EAUX SOUTERRAINES
Les nappes des eaux souterraines ou phréatiques sont celles qui s'accumulent sous la terre, emmagasinées dans les pores qui existent dans les sédiments, comme le sable et le gravier, et dans les fissures qui se trouvent dans les rochers. Elles constituent le 97 pour cent de l'eau douce de la planète, si l'on exclue l'eau contenue dans les calottes polaires. Au moins 1,5 milliards d'habitants du monde dépendent de celle-ci pour leur approvisionnement en eau potable, ce qui en fait une ressource fondamentale pour la vie humaine et pour le développement économique (20).
Les eaux souterraines sont devenues un élément d'énorme importance pour la provision d'eau à utilisation humaine dans les zones urbaines et rurales, aussi bien dans des pays développés que dans des pays en développement. D'innombrables villes obtiennent leur approvisionnement pour la consommation domestique et industrielle des nappes aquifères au travers de puits municipaux et privés (20). Presque le 60 pour cent des villes européennes de plus de cent mille habitants consomme de l'eau provenant de nappes aquifères surexploitées (12).
Les agriculteurs qui se servent des eaux souterraines pour irriguer leurs cultures pendant la période sèche sont chaque fois plus nombreux. Dans les zones les plus arides où les précipitations sont faibles et difficilement prévisibles, les nappes phréatiques peuvent être la seule source d'approvisionnement pour toutes sortes d'activités agricoles, même pour abreuver le bétail (20).
Cependant les ressources d'eau souterraines sont actuellement sous pressions grandissantes à cause de l'accroissement rapide des populations humaines, dû autant à la demande en augmentation constante qu'à la pollution que supporte la terre. L'on extrait des quantités d'eau à des rythmes insoutenables dans beaucoup de régions, ce qui diminue sérieusement les réserves.
En outre il est de plus en plus évident que l'eau phréatique est chaque fois plus polluée. Les polluants les plus communs sont le nitrate, les sels, les composés organiques solubles et dans certaines conditions des matières fécales pathogènes.
Dans le sous-sol africain il existe de grandes nappes aquifères non rechargeables. On estime la diminution de leurs réserves à 10 milliards de mètres cubes par an (4).
UNE QUESTION D'ARGENT
La Banque Mondiale calcule que la nécessité d'une réglementation générale des ressources hydriques exigera un investissement d'au moins 600 milliards de dollars (3.480 milliards de FF) pour assurer une large gamme d'investissements concernant l'eau dans le monde pendant la prochaine décennie. La plupart de ces fonds devront être rassemblés par les pays mêmes, mais une partie des besoins des pays en développement, 60 milliards de dollars, devra provenir de l'étranger (la Banque Mondiale prêtera entre 30 et 40 milliards de cette somme) (11).
Sur le plan international il existe un certain consensus quant aux principes fondamentaux qui doivent régir la gestion de l'eau. Parmi ceux-ci figurent les suivants:
L'eau est une ressource limitée et doit être traitée comme un bien social et à la fois économique. Les citoyens devront utiliser l'eau de manière plus efficace et compter sur le fait de payer le coût réel de cette ressource précieuse (11). D'après le Worldwatch Institute, de façon générale, on ne paye que le 15 pour cent du prix réel de l'eau, circonstance, qui, à son avis décourage l'épargne (6).
Divers experts se sont prononcés en faveur de limiter ou mettre fin aux énormes fonds publics que l'on destine à subventionner l'eau, surtout dans l'agriculture qui absorbe le 69 pour cent de l'eau. La production d'une tonne de céréales déjà récoltée coûte quelques mille tonnes d'eau (4 et 6).
D'après les spécialistes, si la consommation se maintient au niveau actuel, en 2025 il faudrait 780 milliards de mètres cubes d'eau supplémentaires pour satisfaire la demande de la population. C'est-à-dire plus de neuf fois le débit du Nil (4). Le 23 pour cent des ressources hydriques au niveau mondial est destiné à l'industrie et un petit 8 pour cent est assigné à l'utilisation domestique (6).
L'eau doit être gérée dans un ensemble général, en tenant compte des considérations intersectorielles. Le problème de l'eau doit être abordé donc d'un point de vue intégral qui lie la réglementation de l'utilisation de la terre à la réglementation supportable de l'eau, qui reconnaisse l'eau comme un bien économique et encourage des interventions effectives en fonction du prix (11).La prévention des conflits provoqués par l'eau exigerait d'autre part, l'exécution et le développement réel des recommandations approuvées en 1991 par la Commission du Droit International des Nations Unies:
Informer les pays voisins qui partagent les ressources d'eau et les consulter avant d'entreprendre des actions qui pourraient les toucher.
Echanger périodiquement les données hydrologiques.
Eviter de causer des préjudices substantiels à d'autres usagers.
Distribuer de façon raisonnable et équitable l'eau d'un bassin fluvial partagé (4).
La prévention et la réduction de la pollution industrielle peuvent être amplement réceptives à des politiques stimulantes bien structurées, d'après les experts, qui plaident en faveur de l'encouragement des mesures qui incitent à la prévention, comme la mise en place d'une technologie efficiente, la réduction des déchets, le recyclage et la récupération des ressources. De même, l'on devrait promouvoir activement l'application d'un principe base: celui selon "lequel qui pollue, paye". De cette façon l'engagement des municipalités, des industries et des usagers augmenterait (11).
Quelques organisations écologistes préconisent l'application d'impôts verts ou écot axes à l'extraction abusive d'eaux phréatiques ou d'eaux des nappes aquifères fossiles pour éviter leur épuisement. Les sommes dérivées de ces écot axes pourraient être destinées, proposent-ils, au développement de procédés valables pour subvenir aux nécessités hydrauliques de certaines régions (21).
Une solution passe par la réutilisation plus intensive de l'eau. Le traitement des eaux résiduelles est une méthode très peu employée jusqu'à maintenant, mais il est déjà appliqué pour l'arrosage dans des régions de la Californie, l'Inde, le Mexique et tout spécialement au Moyen Orient. En Israël, plus du 70 pour cent des eaux résiduelles traitées sont utilisées pour l'irrigation et l'on estime qu'au Caire les possibilités d'utiliser des eaux résiduelles pour l'arrosage agricole atteindront un 83 pour cent du total en l'année 2010 (21).
La lutte contre les maladies transmises par l'eau exige la prise de conscience par la population intéressée de la nécessité d'adopter certaines mesures préventives. Les ONG ont distribué dans le département de Matiacoali (Burkina Faso) des filtres en tissu et en gravier et sable pour éviter la transmission de certaines maladies. "Ils sont d'un usage facile mais on les utilise à peine par commodité ou paraisse. Seule la femme du pasteur protestant les utilise. Même les hauts fonctionnaires, qui ont une formation intellectuelle, préfèrent boire l'eau telle quelle", précise Celia Roldán, coopérante de Medicus Mundi dans la région.
La construction de puits semble essentielle pour soulager le manque d'eau dont souffrent beaucoup de pays du sud. En ce sens on fait déjà quelques expériences comme celle qui est menée par l'Organisation Kényane Eau pour la Santé (KWAHO) qui donne les moyens aux équipes des hameaux (spécialement des femmes) pour construire et maintenir des pompes à eau dans la région de Kwale. Le Ministère pour l'Eau du Kenya finance le forage de puits (chaque puits coûte entre 2.000 et 3.000 dollars - 11.500 à 17.500 FF) et KWAHO fournit les pompes. La communauté se charge de l'entretien, ce qui coûte environ 12 dollars ou 70 FF par pompe.
Etant donné que chaque pompe dessert en moyenne 250 personnes et a une durée utile d'environ 10 ans, chaque famille paye autour de 6 centimes de dollar (35 centimes de FF) par semaine. Cette initiative a évité de longues marches aux femmes et a entraîné une importante réduction des maladies en rapport avec l'eau. Le nombre de cas de diarrhée et de vomissements a diminué presque à la moitié (6).
Medicus Mundi Castilla-León est en train de développer un projet pour la santé communautaire dans la vallée éthiopienne de Angar Guten, à quelques 330 kilomètres de la capitale du pays, Addis Abbeba.
Ce projet comprend, entr'autres actions, l'adéquation des sources naturelles d'eau de la zone pour prévenir les maladies transmises par les eaux polluées, ainsi que la construction d'une fontaine qui, comme tous ces projets, est spécialement profitable pour la population féminine de la région où habitent autour de 28.000 personnes, puisqu'elle leur permettra de s'approvisionner en eau sans devoir parcourir de longues distances plusieurs fois par jour.
Les cliniques affectées au projet soignaient constamment des cas de parasites intestinaux qui, surtout chez les enfants, finissent par provoquer de la dénutrition et de l'anémie dans une population infantile spécialement vulnérable par cause du déficit nutritionnel dérivé de leur alimentation.
Medicus Mundi Andalousie a aussi construit des puits dans le département de Matiacoali (Burkina Faso) pour arroser des jardins potagers communautaires cultivés par des femmes. Entre 1993 et 1996 on a construit quatre puits artisanaux à cette fin. Chaque puits a un coût qui oscille entre 200.000 et 250.000 pesetas (50.000 à 62.000 FF). Actuellement sont en construction trois autres puits auxquels viendront s'ajouter cinq de plus, financés par l'ONG CatalaneAigua per al Sahel, que construira Medicus Mundi.En outre, cette organisation a pourvu le centre de santé de Matiacoali d'un puits foré dont la profondeur garantit l'approvisionnement même en périodes sèches. Elle a construit aussi un autre puits dans le département burkinabé de Pama près de la frontière du Togo. Le prix de ce genre de puits est de 1.250.000 pesetas (312.000 FF) environ.
D'après Eduard Batista Piera, ingénieur de la Junte de l'Eau de Barcelone, et membre de Medicus Mundi, en Afrique, surtout dans le Nord, mais aussi dans la région subsaharienne, l'installation de citernes est répandue pour garantir l'approvisionnement des communautés.
DISTRIBUTION DE LA CONSOMMATION D'EAU
UTILISATION
ESPAGNE
MONDE
Arrosage/Agriculture
80 %
69 %
Approvisionnement de la population
14 %
8 %
Industrie
6 %
23 %
Source: PHN et FAO
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SOURCES
(1) Illueca, Jorge y Rast, Walter (Sous-directeur/Programme et directeur adjoint, Dépendance pour l'Eau du PNUMA respectivement) "Preciosa, finita e irreemplazable". Nuestro Planeta. Volume 8. Nºa. 3. 1996 pag. 19-21.
(2) OMS. Fact sheet N 112. (Revised) May 1996. http://www.who.ch/press/f-1997/fact112.htm
(3) Dr. Nurul Islam (ex-ministre de Planification du Bangladesh et ex sous-directeur de l'Organisation des Nations Unies pour l'Agriculture et l'Alimentation). "Seguro y Sostenible". Nuestro Planeta (revue pour le développement possible de l'Organisation des Nations Unies pour l'Environnement). Volume 8. Nºa. 4. 1996
(4) Postel, Sandra. "Elaboración de una estrategia sostenible del agua". La Situación del Mundo 1996. Rapport du Worldwatch Institute. Icaria Editorial, 1996.
(5) Platt, Anne E. "La lucha contra las enfermedades infecciosas". La Situación del Mundo 1996. Rapport du Worldwatch Institute. Icaria Editorial, 1996.
(6) "La FAO alerta sobre la escasez de agua que sufren 230 millones de personas de 23 países". El País. 29-7-96. La FAO considère qu'un pays est déficient en eau lorsque la moyenne des ressources locales est inférieure à mille mètres cubes par personne et an.
(7) Dowdeswell, Elizabeth (directrice du PNUMA). Nuestro Planeta. Editorial. Volume 8. Nºa. 3. 1996.
(8) Wijkman, Anders. "Elemento de la vida". Nuestro Planeta. Volume 8. Nºa 3. 1996 Pag 8-9.
(9) FAO (Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation). http://www.fao.org/noticias/1997/970103-s.htm
(10) Vidal, Omar et Rast, Walter (officier de programmes et Directeur adjoint de Dépendance pour l'Eau de PNUMA, respectivement). "Mar y Tierra". Nuestro Planeta. Volume 8. Nºa. 3. 1996 Pág 22-24.
(11) Serageldín, Ismail. "Superando la crisis del agua". Nuestro Planeta. Volume 8. Nºa. 3. 1996. Pág 4-7.
(12) "Las grandes ciudades europeas pierden hasta un 80 por ciento de agua por fugas en sus cañerías". El País. 16-3-96.
(13) The World Health Report 1996. OMS. Genève, 1996.
(14) OMS. Division of Control of Tropical Diseases. http://www.who.ch/programmes/ctd/diseases/drac/dracdis.htm
(15) OMS. Press Release WHO/7. 24 January 1997. http://www.who.ch/press/1997/pr97-07.html
(16) OMS. Press Release WHO/16. http://www.who.ch/press/1996/pr96-16.html
(17) Erviti López, Juan. "Calidad de las aguas y prevalencia de parásitos intestinales en zonas rurales del sur del Gugerat (India)". 1995.
(18) Bookmiller, Robert J. y Bookmiller, Kirsten Nakjavani. "Detrás de los titulares: Las conversaciones multilatérales sobre Oriente Próximo". Raíces de los conflictos armados. Annuaire CIP 1996. Icaria Editorial 1996.
(19) Diop, E. S. (Professeur titulaire de l'Université CAD de Dakar et conseiller du Ministre pour l'Environnement du Sénégal pour affaires marines et côtières). "La clave está en la costa". Nuestro Planeta. Volume 8. Nºa. 3. 1996 Pág 25-26.
(20) Foster, Stephen (Directeur pour les Etudes sur les Eaux Souterraines et les Enquêtes Géotechniques du British Geological Survey). "Motivo de preocupación". Nuestro Planeta. Tome 8. Nºa. 3. 1996 Pag 13-14.
(21) Abramovitz, Janet M. "La protección de los ecosistemas de agua dulce". La Situación del Mundo 1996. Rapport du Worldwatch Institute. Icaria Editorial, 1996.
(22) De Silva, Don (Membre du Programme de Communication Mondiale et de Développement soutenable ). "Bombeando con la vida". Nuestro Planeta. Volume 8. Nºa. 3. 1996. Pag 18.
http://www.hc- sc.gc.ca/ehp/dhm/catalogue/generale/votre_sante/desinfection.htm
SOURCE : SANTE CANADA