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Russie : La vie difficile de la minorité catholique uniate
H. T. Le Monde 29 juillet 2000
Les relations entre l'orthodoxie et la minorité catholique de Russie (300 000 fidèles) sont gelées, et aucun indice ne permet de croire à une prochaine rencontre - qui serait la première - entre Alexis II et Jean Paul II, encore moins à un voyage du pape dans ce pays. Lors de sa visite au Vatican le 5 juin, Vladimir Poutine n'a même pas renouvelé l'invitation formulée par Boris Eltsine et Mikhaïl Gorbatchev.
L'« uniatisme » en Ukraine, qui, pour son territoire ecclésiastique, dépend de l'Eglise orthodoxe de Russie, et le « prosélytisme » imputé aux catholiques restent les deux raisons du conflit entre Rome et Moscou.
L'« uniatisme », d'abord. « On ne corrige pas une injustice historique par une autre injustice historique », proteste le Père Hilarion Alfeyev, adjoint du métropolite Kyrill, chargé des relations extérieures au patriarcat de Moscou. En Ukraine de l'Ouest (dans des territoires autrefois polonais), 1 300 églises orthodoxes sont « occupées » par les uniates grecs-catholiques (sous la juridiction de Rome, mais de rite oriental). « Les trois diocèses orthodoxes de Lvov, Ivano-Frankisk et Ternopil sont quasiment en ruines, explique le Père Alfeyev . Il ne nous reste que quelques églises. Nos fidèles sont à la rue. »
Depuis la chute du communisme, la question « uniate », qui a toujours empoisonné les relations confessionnelles (depuis l'« union » de Brest-Litovsk, en 1596, imposée aux orthodoxes par le royaume de Pologne-Lituanie et par Rome), a retrouvé une violence nouvelle. Persécutés sous Staline, soutenus par Jean Paul II, les uniates tentent de récupérer les biens dont ils ont été privés à l'époque soviétique, puis qui ont été affectés à l'Eglise nationale orthodoxe. C'est au prix d'affrontements physiques qu'ils tentent de recouvrer leurs droits, ce qui fait dire au Père Alfeyev : « Le Vatican n'est sans doute pas responsable des agissements des uniates en Ukraine, mais il ne fait rien pour les calmer. En dix ans, nous avons beaucoup négocié, mais toutes les décisions prises ensemble sont restées sur le papier. »
DEMANDES DE CONVERSION L'autre accusation est celle du « prosélytisme ». En 1999, pour la première fois depuis 1917, l'Eglise catholique (une centaine de paroisses regroupées en quatre administrations apostoliques à Moscou, Saratov, Irkoutsk et Novosibirsk) a ordonné des prêtres. Majoritairement polonaise et lituanienne, elle enregistre des demandes de « conversion » venant d'orthodoxes de Russie, d'Ukraine, de Biélorussie.
Le patriarcat de Moscou ne distingue pas les catholiques des groupes protestants, évangéliques, baptistes, adventistes, accusés, eux aussi, de prosélytisme dans une terre orthodoxe depuis un millénaire. Depuis une loi de 1997, seules les religions dites traditionnelles (orthodoxie, bouddhisme, islam et judaïsme) ont une totale liberté de culte, les associations ayant moins de quinze ans de présence en Russie devant se soumettre à une procédure d'enregistrement.
Secrétaire général de la conférence des évêques de Russie, le Père Stanislas Opiela témoigne des difficultés d'enregistrement de la Compagnie de Jésus, qui a ouvert un collège à Moscou : « Cette loi, qui visait les sectes, n'a pas atteint son objectif. Les sectes sont devenues clandestines, mais continuent de vivre. Indirectement, nous sommes visés. Pour être reconnus et enregistrés, les jésuites attendent toujours une approbation du ministère de la justice. » Administrateur apostolique de Moscou, Mgr Tadeusz Kondrusiewicz n'a même pas été invité au patriarcat (contrairement à la tradition) lors de la dernière Pâque orthodoxe. « Dans l'orthodoxie, commente le Père Opiela, il y a ceux qui sont ouverts au dialogue avec les catholiques, mais sont mal vus par leur hiérarchie. Et ceux qui refusent tout dialogue en prétendant que dans la seule orthodoxie se trouve la vérité du christianisme. »