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Vladimir Basilov : Le chamanisme

Le chamanisme en islam. Malgré un flou apparent, cette formule reflète exactement le fond du sujet. Le chamanisme ne fait pas partie de l'islam, il est même en contradiction avec la charria. En outre, chez de nombreux peuples, la pratique chamanique a persisté avec le renforcement de l'islam. Ceci était favorisé par les liens très étroits de cette pratique avec les nécessités de vie du peuple.

Apparu en Asie centrale au VIIe siècle, l'islam n'a pas pu anéantir totalement les traditions religieuses antérieures. De plus, le destin de l'islam a été fortement marqué par un lien étroit avec l'héritage des religions qu'il a fait disparaître. En retour, il a adopté nombre de croyances et rites appartenant à d'autres religions, ce qui fut une des principales causes du particularisme local de l'islam dans les différentes régions du monde musulman.

Parmi les vestiges des cultes religieux préislamiques, le chamanisme occupe une place notable, basée sur la représentation des esprits et la magie. Il a forcément exercé une grande influence sur la vie quotidienne des populations d'Asie centrale et du Kazakhstan. Sous cette influence de l'Islam, le chamanisme, comme les vestiges des autres cultes non musulmans, a acquis un caractère islamisé.

Le chamanisme est un phénomène connu depuis plus ou moins longtemps par différents peuples. En corrélation avec ce constat, l'étude, par son essence même, dépasse le cadre de la problématique régionale. Si un même phénomène, propre à la vie de nombreux peuples, éloignés les uns des autres, et ses formes dépendent des particularités historiques de la vie sociale et des traditions culturelles, son étude devient un problème d'importance théorique générale. En outre, il convient de déterminer s'il existe des traits de ce phénomène décelés dans la culture de certains peuples, qui sont caractéristiques pour d'autres cultures, et si on peut les considérer comme généraux.

Les variantes les plus primitives du culte chamanique ont connu au moment de leur fixation ethnologique une longue histoire et ont pu acquérir un aspect archaïque à la suite d'une dégradation. C'est pourquoi les cultes fixés en Sibérie ne constituent pas un chamanisme primitif à son stade initial. Il est évident que pour examiner les règles du développement du chamanisme, il faut disposer de données caractérisant ce culte chez un même peuple ou chez un groupe de peuples, mais à des temps différents. Pour de nombreux peuples, il est impossible d'obtenir ce type de données. Mais le chamanisme d'Asie centrale doit être d'autant plus digne d'attention car l'évolution de nombre de ses éléments peut être éclairée par la comparaison de témoignages ethnographiques avec les sources écrites et la masse de documents comparatifs.

Le chamanisme a constitué toute une époque dans l'histoire des anciennes croyances religieuses et a exercé une influence déterminante ensuite sur les religions des sociétés de classes. Il s'est conservé chez de nombreux peuples sous forme de vestiges dans le cadre des religions " mondiales", en adoptant souvent tous les traits du christianisme, du bouddhisme ou de l'islam.

Le chamanisme des peuples d'Asie centrale et du Kazakhstan est intéressant à étudier, non seulement comme variante locale d'un phénomène historique et culturel ayant connu une vaste expansion en son temps, mais aussi et avant tout, comme forme représentant le stade tardif de l'existence du chamanisme dans les conditions d'une suprématie de la religion monothéiste. Il s'agit d'une forme relictuelle du chamanisme qui a acquis son aspect simultanément avec l'idéologie musulmane.

Le chamanisme reste encore un des aspects les moins étudiés de l'ancien mode de vie des peuples d'Asie centrale. Relégué par L'islam dans les recoins de la vie familiale, il n'était que rarement remarquable pour les observateurs étrangers qui ne se mêlaient que superficiellement à la population locale. Des erreurs ont dû être commises en raison de l'impossibilité de réunir des témoignages dignes de foi, ou en raison de leur inexistence.

Le chamanisme peut être étudié de divers points de vue. Il constitue néanmoins avant tout un phénomène historique et culturel, revêtant chez ces divers peuples des traits spécifiques, liés aux particularités de leur mode de vie traditionnel.

En dépit d'une longue tradition d'utilisation du mot "chamanisme", la littérature savante n'a jusqu'à ce jour pas de définition universellement reconnue du terme. c'est pourquoi chaque auteur préfère exposer ce qu'il entend par chamanisme. Mon avis sur le chamanisme est qu'il est une forme de religion ou de culte dont l'idée centrale est la croyance à la nécessité d'intermédiaires particuliers entre la masse des hommes et les esprits (les déités). Ces intermédiaires semblent être choisis par les dieux qui en font des personnages d'un type spécial et leur prodiguent un enseignement. Le devoir des intermédiaires-chamans est de servir les esprits et, avec leur aide, de protéger du malheur les membres de leur tribu. Les chamans entrent en contact avec les esprits en état d'extase. L'esprit-protecteur semble se fondre avec le chaman en un tout unique ; L'âme du chaman peut quitter son corps et aller vers D'autres mondes sous l'aspect du chaman lui-même ou d'un esprit-protecteur. On considérait que l'aide des esprits conférait aux chamans des forces supranaturelles qui les rendaient aptes à exercer un bon métier, prédire l'avenir, éloigner le malheur, retrouver les disparus, deviner les causes d'une maladie, guérir les malades, etc... En fonction du degré de développement de la société, le chamanisme occupait une place différente dans l'activité religieuse du collectif des hommes.

Au stade initial de l'ordre tribal, le culte chamanique a pu constituer la base de la vie religieuse de la société. Plus tard, avec la formation des relations sociales et des religions polythéistes développées, le chamanisme est relégué à l'arrière-plan, perd son importance et se conserve chez certains peuples sous l'aspect de vestiges tandis qu'il disparaît tout simplement chez d'autres.

Le chamanisme d'Asie centrale n'est pas resté inchangé au cours de son histoire. Même au cours de ce dernier siècle, il a vu des changements notables provoqués par l'évolution de la vie des peuples d'Asie centrale, notamment après la révolution d'Octobre. Tout au long des nombreux siècles précédents, il a suivi une voie de développement longue et complexe. Les spécificités du chamanisme d'Asie centrale reflètent les différentes étapes de l'évolution religieuse, mais aussi le processus d'imbrication de diverses traditions culturelles, incontournables sur un terrain ethnique hétérogène. Cet article tente d'expliquer comment se sont agencées les formes syncrétiques du chamanisme sous lesquelles il est apparu aux yeux des observateurs du siècle dernier et au cours de notre siècle. Les documents sur le chamanisme sont examinés comme une source historique et ethnographique donnant une certaine possibilité de retracer le processus d'évolution des croyances religieuses des peuples d'Asie centrale et du Kazakhstan.

Au cours du dernier millénaire et bien avant, le caractère des changements subis par le culte chamanique a été déterminé par l'influence constante de l'islam. L'idéologie musulmane a considérablement déformé le chamanisme d'Asie centrale, en arrachant certains éléments et en y insérant d'autres. Afin de comprendre l'ampleur de ces changements apparus sous l'influence de l'islam, il faut examiner les données sur le chamanisme  la période préislamique, chez des peuples qui, en totalité ou en groupes séparés, se sont fondus dans la population de l'Asie centrale.

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Le chamanisme existe depuis la lointaine antiquité, peut-être même depuis le paléolithique. Il devait se structurer peu après la formation de la croyance aux esprits. Les témoignages archéologiques muets, en dépit des interprétations savantes qu'on leur accorde, ne peuvent être pris au sérieux dans la tentative de définir la frontière historique de l'apparition du chamanisme. Les documents ethnographiques sont bien davantage chargés de sens. Ils dessinent le chamanisme comme un culte religieux connu chez divers peuples de la terre se trouvant sur les plus basses marches de l'évolution sociale.

Les chamans existaient depuis les aborigènes d'Australie jusqu'en Terre de feu. Apparemment, le chamanisme était sous des formes diverses un stade commun par lequel passaient, à un moment donné, tous les peuples du monde. Les documents ethnographiques caractérisent le chamanisme comme une forme de religion existant dans la société avant l'apparition des classes. Avec la notion d'Etat et la complication des relations sociales, apparaissent de nouvelles formes de sacerdoces dans lesquels le prêtre ne prétend pas au choix divin.

Dans les sociétés de classe, le chamanisme recule à l'arrière-plan et se conserve comme culte-vestige périphérique. Ainsi la tendance même du développement religieux de l'humanité montre clairement que le chamanisme appartient au nombre des formes initiales de la religion.

Si l'on accepte cette conception du chamanisme, on peut aisément définir le lien avec une série d'hypothèses concernant le moment de l'apparition du chamanisme chez tel ou tel peuple. Sur un fond de matériel vaste représentant le chamanisme comme une forme de religion archaÔque commune à divers groupes humains, l'argument d'une origine tardive du chamanisme chez certains peuples (par exemples les Ougres de l'Ob, les Mongols etc...) paraît naÔf. Il est évident que chez tous les peuples du monde, les traditions chamaniques datent de la nuit des temps, même si ces traditions ne restaient pas inchangées et si chaque nouvelle époque y laissait son empreinte.

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Il n'existe pas de nom commun pour désigner le chaman en Asie centrale, l'ancien nom général de Kam ayant disparu au XIVe siècle. La diversité des noms du chaman indique que les traditions religieuses et les appellations peuvent être très différentes selon les groupes d'un même peuple.

La fonction du chaman par contre, est toujours la même. On considère qu'avec l'aide de ses esprits-protecteurs, le chaman est capable de :

La plupart des chamans se considèrent aptes à accomplir au moins une partie de ces fonctions. Certains refusent ou ne peuvent accomplir certains rites compliqués ou rechercher les disparus, interroger leurs esprits protecteurs sur l'auteur d'un vol, par crainte de représailles. Par le passé, on prêtait aux chamans des pouvoirs bien plus étendus. Actuellement, chez les Kazakhs, on trouve encore des traces de profonde croyance en un pouvoir de leurs chamans : ils font venir la pluie, ordonnent aux esprits de provoquer le vent, la tempête, la grêle, peuvent transporter une cabane avec tout son contenu d'une rive à l'autre, et soumettre un troupeau de chevaux sauvages. Qui plus est, à l'époque de leur conversion à l'islam, les chamans du Kazakhstan ont eu le rôle de prédire ce qui se passerait et si la nouvelle religion était acceptée ou non par leurs esprits-protecteurs.

On a souvent recours aux chamans pour retrouver des personnes disparues ou des animaux, chameaux ou chevaux. Quant à leur pouvoir de guérison, ils l'exercent non seulement pour guérir les troubles nerveux et psychiques, mais aussi et d'une manière générale tous les maux internes et externes. Certains chamans, parallèlement aux méthodes purement chamaniques de guérison (deviner quel esprit a ordonné le mal ou quel remède le soulagera ou le fera disparaître), utilisent d'autres formes de médecine populaire pour guérir les maux d'estomac, les rhumatismes, les maladies nerveuses, la syphilis...

Il arrive que la maladie ne s'éloigne pas malgré les efforts du chaman et que le patient succombe ; ou à l'inverse, que la personne guérit alors qu'on la croyait condamnée.

Bien que certains chamans aient recours aux remèdes rationnels de la médecine populaire, la fonction de guérisseur du chaman se caractérise non par ces remèdes mais par les actions basées sur la croyance aux esprits. Les esprits sont coupables des maladies et aident le chaman à rendre la santé au malade.

En Asie centrale, on ne différencie pas en général les chamans par catégories. Pourtant quelquefois, et notamment chez les Kirghizes, on distingue les chamans "noirs" et les chamans "blancs", les uns ou les autres étant plus ou moins puissants selon les régions. D'une manière générale, le chaman noir devine la cause d'une maladie par le battement du pouls et ses visions et la guérit; il lit l'avenir dans des osselets de moutons. Le chaman blanc organise des séances de transe, monte sur le toit de la yourte, lèche jusqu'au sang des objets en métal, invoquant ainsi les esprits et guérit les malades en chassant les mauvais esprits. Enfin une troisième catégorie de chamans invective et maudit les esprits en battant le malade avec de la laine blanche et noire.

Les chamans sont indifféremment hommes ou femmes et ce, quels que soient les peuples et les régions. En outre, dans certaines régions, le rôle de chaman se transmet plutôt par les femmes. Cet éloignement progressif des hommes de l'état et de l'activité de chaman (mais non de la pratique du recours au chaman) est un phénomène assez tardif et s'est vraisemblablement effectué sous l'influence de l'islam. Comme les autorités supérieures de l'islam s'opposaient fermement et constamment aux chamans, la signification sociale de la fonction de chaman a peu à peu décliné.

Le chamanisme d'Asie centrale a pieusement conservé l'antique idée de la transmission héréditaire du don chamanique. Ce don se transmet de père en fils et de mère en fille. Pourtant cette transmission héréditaire n'est pas indispensable et surtout elle est insuffisante : le novice doit en quelque sorte suivre une période de formation auprès d'un chaman plus expérimenté. Il doit d'abord faire la preuve de ses capacités au moyen de visions spécifiques ou d'un état mélancolique, puis recevoir les instructions d'un chaman chevronné qui l'aura choisi.

Parmi les objets qui accompagnent le chaman, un des plus importants est l'instrument de musique ; principal attribut rituel du chaman, c'est en général un tambourin. Le chaman chante sur cette musique, invoque ses esprits-protecteurs et tombe peu à peu en extase. Le tambourin est généralement décoré, souvent du motif solaire tracé avec le sang d'un animal sacrifié, ou de petits trous percés dans la peau, à l'intérieur d'un cercle de sang. Le nombre des trous et des anneaux doit être de quarante. L'instrument qui est aussi utilisé pendant les cérémonies et rites de guérison, se transmet par héritage, s'achète (rarement) ou, dans certains cas, est remis au chaman par les esprits eux-mêmes. L'importance du tambourin est due au fait que C'est l'objet sur lequel se posent les esprits : le chaman le secoue en fin de séance pour libérer les esprits indisciplinés qui y resteraient accrochés.

Le chaman utilise aussi un autre instrument de musique, le Kobyz, instrument à deux ou plus rarement trois cordes joué avec ou sans archet, taillé dans un tronc de mûrier en général. A cet instrument sont liées de nombreuses légendes et on lui prête quelquefois l'âme d'un cheval mystique ou d'un cygne. Il est souvent décoré: le chaman y représente un oeil, une oreille, une tête de chèvre ou de chameau, et y attache une touffe de poils de cheval, de chameau ou de chèvre, ou les plumes d'un aigle.

Parmi les objets rituels du chaman, il faut également citer la badine. Le chaman crache sur les yeux du malade puis le frappe de sa badine pour chasser les mauvais esprits. Ceci est la dernière étape de la cérémonie de guérison qui commence par l'utilisation du tambour et du kobyz, puis le chaman pousse des hurlements rauques, fait divers gestes et grimaces expressifs, et prononce diverses litanies ou formules avec l'espoir de faire quitter le corps aux mauvais esprits.

Le chaman a également comme attribut un couteau avec lequel il frappe le malade et se frappe lui-même, s'infligeant des blessures qui ne saignent pas et fait croire à l'assistance qu'il se transperce le corps. D'autres armes blanches (poignard, sabre) sont également utilisées.

Le miroir est utilisé pour les divinations, lorsque le chaman interroge les esprits au sujet de quelqu'un. Le miroir a des pouvoirs merveilleux chez de nombreux peuples d'Europe et d'Asie.

d'Autres objets attributs du chaman sont issus de la pratique de l'islam : tapis de prière, livre, chapelet. En outre, tous ces objets sont chez certains chamans dans la yourte, rassemblés dans une niche orientée vers l'est et quelquefois protégée par un rideau.

En ce qui concerne la tenue vestimentaire du chaman, elle diffère selon les peuples : un bonnet en peau et plumes de cygne, un long manteau comme celui des derviches, blanc en signe de pureté ou fait de morceaux de tissus bigarrés, sur lesquels sont appliqués des ronds de tissu, de métal, voire de verre ; quelquefois aussi, les chamans portent sur ordre de leurs esprits protecteurs, des vêtements et foulards de femme, prennent une allure, une démarche et une voix féminines : certains esprits n'aiment pas les hommes dans leur tenue et peuvent dit-on les étouffer dans leur sommeil s'ils restent habillés en hommes.

Dans la vie quotidienne, le chaman est comme les autres villageois dont il ne se différencie guère, si ce n'est par un comportement quelquefois pouvant paraître bizarre, parce que dicté par les esprits. Il est souvent à l'écart des autres, a un visage sérieux voire sinistre, paraît toujours concentré et son attitude est empreinte de simplicité. Certains chamans ne fréquentent guère la foule et les fêtes et ne mangent pas de nourriture préparée ailleurs que chez eux et par eux, par peur des esprits. Selon les exigences de ces derniers et sous peine de représailles, tel chaman ne mange pas de sel ou de poivre, tel autre ne se sert pas de vaisselle étrangère, jeûne en cas de mort dans une maison, ne reçoit pas directement d'argent.

La position sociale du chaman a été différente selon les périodes. Après la conversion à l'islam, le rôle social du chaman a décliné. Au XVIIIe siècle, les Kazakhs croyaient encore fermement à la toute-puissance du chaman mais au siècle dernier son influence a chuté et on a eu moins recours à lui, voire on s'en moquait. Les chamans eux-mêmes se rencontrent moins fréquemment, et ont appris avec l'arrivée des Russes, que les docteurs russes soignaient aussi les maladies. Pourtant, même si le fait n'est plus général, le chaman est encore sollicité et consulté, et accomplit des guérisons inexplicables.

D'après la tradition, le don de chamaniser se manifeste par des désordres pathologiques causés par les esprits. Cette "maladie" du chaman n'en est pas une, car le chaman reste toujours maître de son état et chamanise en pleine possession de sa volonté.

Les différentes étapes de la "maladie" du chaman sont en fait les différentes étapes du rituel de l'initiation du chaman :

Le succès de la séance rituelle de chamanisation dépend de la personnalité et du talent du chaman qui doit pouvoir sans cesse prouver sa puissance sous peine de perdre sa crédibilité. Il doit être bon musicien, bon chanteur, savoir faire des tours accomplis en état d'extase, atteinte au moyen de la volonté et transmise à l'assistance.

Sous l'influence de l'islam, la tradition religieuse repose sur les esprits car l'au-delà n'est accessible qu'aux saints. Parmi les esprits préislamiques, les chamans ont gardé les esprits Tigre, Loup, Aigle et Serpent. d'une manière générale, les esprits sont de trois catégories : les esprits bienfaisants, les démons malfaisants et les esprits avec lesquels les humains peuvent avoir des relations sexuelles (ces derniers viennent de la mythologie iranienne).

Sous l'influence de l'islam également, le chamanisme prend un aspect islamique, bien qu'en cas de concurrence entre le mollah et le chaman, c'est ce dernier qui l'emporte parce que plus efficace. Le chamanisme islamisé est étroitement lié au culte des saints du soufisme : certains de ces saints prennent l'aspect de chamans et se font intermédiaires entre Dieu et les hommes. Le soufisme s'est développé sous sa forme populaire et les derviches errants ont un caractère chamanique : ils portent des bonnets en plumes de cygne, des ceintures ornées de grelots, des badines symbolisant le cheval mythique.

La plupart des peuples d'Asie centrale ont accepté des religions monothéistes mais ils ont gardé leurs traditions chamaniques. Ceci permet de dire que, bien qu'en voie naturelle de désintégration, le chamanisme est toujours vivant. En dehors des clichés stéréotypés du chaman psychopathe, adonné aux substances hallucinogènes, le chaman aujourd'hui est un être doué d'une forte volonté, qui reste maître de son état d'extase obtenu par autosuggestion.

Vladimier Basilov


http://www.sfiedi.fr/cahiers/chamanisme.html, 5 0ctobre 1998