Environnement hostile - Hostile environment - Entorno hostil - G. Verna

Multiculturalisme et gestion des minorités ethniques Mulitculturalism - El multiculturalismo

 

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Jacques Duplouich

Le communautarisme anglais sur la sellette

Le Figaro 03 août 2005

Une lecture «perverse» du Coran par des prédicateurs de haine instille «une idéologie maléfique» au sein de la communauté musulmane britannique, estime Tony Blair. Les esprits les plus faibles, ou les plus exaltés, peuvent se laisser convaincre par les appels au djihad qui leur promettent le paradis après le martyre. Le premier ministre entend contrer cette dérive de la foi qui a séduit les poseurs de bombes des 7 et 21 juillet à Londres. La contre-offensive de son gouvernement comporte deux grands axes. D'un côté, l'extension de la répression par un renforcement de l'arsenal législatif. De l'autre côté, la prévention de la déviance religieuse et de la tentation djihadiste par une meilleure prise en compte des problèmes et des aspirations des musulmans du royaume.

La consternation provoquée par l'émergence de kamikazes nourris en son sein a ébranlé une société qui se définit par sa tolérance. Le communautarisme, accepté comme partie de l'intégration au contraire de l'assimilation, est sur la sellette. David Ritchie, auteur d'un rapport sur les émeutes raciales qui, en 2001, ont ensanglanté la ville d'Oldham, dans la banlieue de Manchester, rappelle une vérité négligée. «Il est possible, à Oldham, si vous êtes pakistanais ou bangladais, de vivre sans avoir aucun contact avec des voisins blancs. Et réciproquement.» Un constat confirmé, ailleurs, dans le royaume. Cette culture des différences dans l'ignorance consentie «est une tragédie contre laquelle nous devons, vraiment, réagir», insiste-t-il.

Depuis hier, Hazel Blears, la secrétaire d'Etat au Home Office, effectue un tour de Grande-Bretagne pour dresser l'inventaire des problèmes. La ministre s'est rendue à Oldham. Elle veut écouter les repré sentants, religieux et laïcs, des diverses minorités ethniques en présence des autorités locales et de la police sur des thèmes très précis : la sécurité, le dialogue avec les jeunes et les femmes et les moyens de combattre la radicalisation et l'extrémisme. L'objectif est de recueillir, à chaque fois, «trois ou quatre orientations sur ce qu'il est possible de réaliser au plan local». Associer les musulmans aux solutions est impératif. Il ne suffit pas pour eux de condamner le terrorisme, martèle Hazel Blears.

Le communautarisme, si prisé naguère, est moins apprécié aujourd'hui. Toutefois, en gommer les travers ne sera pas chose aisée. Déjà, les ins tru ments sécuritaires à la dis position de la police posent problème. Ainsi, des contrôles de personnes qui, quoique non officiellement, ciblent, prio ri tai rement, les minorités mu sul manes. «Le bon sens com mande de s'assurer, avant tout, de ceux dont le profil correspond à celui des poseurs de bombes», reconnaît Abdullah Allah, membre de la Metropolitan Police Authority.

Mais le risque est grand de s'aliéner, ainsi, des groupes ethniques déjà sensibles «aux regards posés sur eux» depuis le 7 juillet, relève lord Ousley, ancien président de la Commission pour l'égalité raciale. Les incidents à caractère raciste ont explosé à Londres depuis les attentats, avec une hausse de 600% par rapport à l'an dernier, affirme Scotland Yard.

Le mal-être des musulmans qui vivent dans la crainte d'être assimilés à une «cinquième colonne» hostile est perceptible. Selon un sondage publié récemment par The Guardian, plus de la moitié d'entre eux âgés de plus de 18 ans se posent la question de leur avenir au Royaume-Uni, depuis les événements du 7 juillet.

Le souci du gouvernement d'abolir les ghettos, dicté par l'urgence, est réel. Mais «il faudra beaucoup de temps avant que la ségrégation, fût-elle autoségrégation, tolérée durant plusieurs décennies de négligence, ne disparaisse», met en garde lord Ousley.