|
|
|
|
Kyoto
( AFP), 23-03-2003
Le Troisième forum mondial de l'eau qui s'est conclu à Kyoto par une Déclaration de ministres de 96 pays a rappelé la détermination de la communauté internationale à réduire le nombre de personnes sans eau potable d'ici 2015, mais n'a pas expliqué comment y parvenir.
Les 101 ministres ont affirmé que "donner la priorité aux problèmes de l'eau (était) une nécessité mondiale urgente" car l'eau est "une force motrice de l'éradication de la pauvreté et de la faim". Ils ont rappelé que 1,4 milliard de personnes étaient privées de tout accès à l'eau douce et que 2,3 milliards vivaient sans toilettes ni tout à l'égoût. Mais ils n'ont pas voulu qualifier l'eau de "droit de l'Homme" comme l'espéraient une partie des 12.000 délégués de 165 pays rassemblés pour le Forum pendant la semaine. Une autre omission majeure a concerné la proposition du président français Jacques Chirac d'un observatoire mondial de l'eau, chargé de surveiller les progrès réalisés vers les objectifs du millénaire (division par deux du nombre de gens sans eau, ni sanitaires d'ici 2015).
Beaucoup de pays moins avancés -- la Turquie et ses zones semi-arides et les îles de Micronésie qui risquent d'être submergées par l'élévation du niveau de la mer -- ont vivement déploré l'absence de référence à la responsabilité des pays riches dans le réchauffement climatique. La déclaration aurait dû "insister sur le lien entre politique de l'eau et politique de l'air", garantie par le protocole de Kyoto sur les émissions de gaz polluants. En revanche, les diverses délégations se sont réjouies de l'appel à mobiliser toutes les ressources publiques ou privées, nationales ou internationales pour décentraliser vers les villages et municipalités les pouvoirs sur les infrastructures de l'eau. Même un responsable de la Banque mondiale s'est montré désabusé en déclarant qu'il se demandait pourquoi il venait encore à ce genre de réunions. "On continue de tourner autour du pot, sans prendre de décisions", a-t-il dit, alors que les objectifs du millénaire imposent de réaliser 400.000 raccordements à l'eau potable sur les douze prochaines années et que 2 millions d'enfants meurent chaque année, faute de pouvoir se laver ou boire de l'eau propre.
D'autres comme les membres de la délégation turque ont déploré que la possibilité d'augmenter le nombre de barrages construits dans le monde n'ait pas été mentionnée dans la déclaration. "C'est une déclaration de riches. Ce sont les ONG qui s'y sont opposées", a accusé Mithat Rende, chef de département pour les eaux régionales et transfrontalières au ministère des Affaires étrangères. Et beaucoup d'ONG n'étaient pas satisfaites non plus à l'issue du Forum, Jamie Pittock, directeur d'un programme du WWF (World Wildlife Fund), déplorant par exemple que "la priorité n'ait pas été donnée à la protection des écosystèmes".
Peter Gleick, chef de l'Institut du Pacifique, a lui fait valoir que le rapport sur le financement des infrastructures de l'eau présenté lors du Forum par Michel Camdessus, ex-directeur général du Fonds monétaire international, avait pris de fausses bases de calcul. Le rapport appelle à un doublement de l'aide publique mondiale au développement qui est actuellement de 3 milliards de dollars par an et à porter le total des investissements (publics et privés) dans l'eau de 80 milliards de dollars annuellement aujourd'hui à 180 milliards d'ici 2015. M. Gleick a dénoncé le fait que le rapport considère que chaque citoyen de la planète doit bénéficier d'un investissement moyen de 500 dollars: "c'est du platiné-or : ce serait vouloir considérer les Etats-Unis comme la norme mondiale" pour les équipements à réaliser.