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Gilles Paris
Arabie saoudite : les femmes sortent de l'ombre
LE MONDE 2 | 05.12.08
Un pouvoir noir est en marche au royaume des Saoud. Celui des silhouettes sombres, des abayas et des hidjabs qui se pressent dans les rues de Riyad ou de Djedda et qui dissimulent des révolutionnaires aussi discrètes que déterminées. A les voir passer, désincarnées et anonymes, la chose ne semble pourtant pas aller de soi. Souvent à juste titre, l'Arabie saoudite traîne la plus détestable des réputations s'agissant de la condition féminine. Seul Etat au monde où les femmes, par ailleurs absentes des principaux lieux de pouvoir, n'ont pas le droit de conduire, le royaume impose également dans les lieux publics une ségrégation stricte entre les genres.
Depuis près de vingt ans et les premières manifestations publiques contre l'interdiction de conduire, la presse locale se fait très régulièrement l'écho d'initiatives de Saoudiennes exaspérées d'être toujours tributaires pour leurs déplacements de leur mari et de leurs enfants, ou bien de leurs employés de maison pour les plus fortunées. Dans ce pays pauvre en transports publics, grand comme près de quatre fois la France et où les villes sont étendues comme des métropoles américaines, ces militantes s'indignent du fait que les religieux les plus radicaux assimilent ce droit de se déplacer librement à un permis pour une conduite licencieuse et une incitation au vice même si c'est officiellement pour protéger leur réputation. La dernière pétition du genre remonte à septembre 2007. L'intrépide à l'origine de l'initiative, Wajeha Al-Huwaider, a eu ensuite le front, à l'occasion de la Journée mondiale de la femme, en mars 2008, de "poster" sur le site YouTube une petite vidéo la montrant aux commandes d'une voiture et dans laquelle elle expliquait sa démarche. Les autorités saoudiennes se sont gardées de sanctionner cette provocation, tout comme elles ont laissé jusqu'à présent la pétitionnaire collecter des signatures. Personne ne s'attend pourtant à ce que cette mansuétude soit le prélude à un revirement historique sur un sujet aussi sensible. En dépit des velléités d'ouverture manifestées par le roi Abdallah lors de son arrivée sur le trône, en 2005, la conduite automobile pour les femmes risque de demeurer pour longtemps un tabou.
HUMILIÉE EN PRISON
Il en va de même avec la règle qui proscrit aux femmes de se retrouver dans un espace public avec un homme qui ne soit pas leur mari ou un très proche parent, grand-père, père, frère ou fils. L'histoire de "Yara", une jeune Saoudienne victime en février des sbires de la Mouttawa, la très redoutée Commission pour la promotion de la vertu et la prévention du vice, a fait l'objet de nombreux articles dans la presse. Cette jeune femme d'origine jordanienne, mariée à un Saoudien et mère de trois enfants, a grandi aux Etats-Unis, à Salt Lake City, avant de venir vivre et travailler comme conseillère financière à Djedda, sur la mer Rouge. "Yara" n'est connue, à sa demande, que par ce pseudonyme.
Son récit est édifiant. Elle se rend début février en mission à Riyad dans la succursale de l'entreprise pour laquelle elle travaille. Une panne d'électricité la contraint alors, pour disposer d'une connexion sans fil à Internet, de s'installer avec ses collègues masculins dans la section réservée aux familles de l'un des nombreux cafés de la chaîne Starbucks installés en Arabie saoudite. Ce faisant, "Yara" enfreint la règle. Pour son malheur, une patrouille de la Mouttawa intervient. "Yara", pourtant voilée et recouverte de l'abaya noire réglementaire, est vivement prise à partie et accusée d'avoir commis un grave délit. Privée de son téléphone portable, elle est conduite sous bonne escorte dans une prison où elle subit toutes sortes d'humiliations avant que son mari, grâce à ses contacts politiques, parvienne à retrouver sa trace à et la faire libérer. Le même jour, une émissaire des Nations unies chargée d'un rapport sur les violences faites aux femmes, Yakin Ertürk, arrivait en mission dans la capitale saoudienne
L'écho inhabituel donné par la presse saoudienne la plus libérale à cette affaire a été considéré par certains observateurs locaux comme un signe d'avertissement adressé par certains responsables du royaume à la Mouttawa. C'est en tout cas l'avis de l'avocat d'affaires Abdel Aziz Al-Gassim. Ce dernier parle d'expérience. Ancien islamiste radical, il a été emprisonné dans les années 1990 pour ses activités au sein de la Sahwa (l'Eveil), un mouvement salafiste prônant le retour à l'islam originel conduit par des cheiks réputés, Salman Al-Awda et Safar Al-Hawali. Mais la Mouttawa s'est illustrée par la suite par d'autres incidents encore plus dramatiques. En 2002, cette police religieuse a empêché en pleine nuit la fuite d'écolières prises au piège d'un dortoir en feu au motif que leur tenue était indécente. Quinze d'entre elles ont perdu la vie dans le sinistre. Au rigorisme extrême imposé par la Mouttawa s'ajoutent pour les femmes les contraintes qui concernent leur vie quotidienne, dont la nécessité d'être accompagnées par un tuteur de leur famille, le "mahram", lors de leurs déplacements à l'intérieur comme à l'extérieur du royaume.
Cette muraille d'interdits a façonné les esprits, entraînant un phénomène d'enfermement mental qui a fini par s'entretenir lui-même. "Ce n'est qu'un détail, enrage le romancier Youssef Al-Mouhaimeed, par ailleurs rédacteur en chef d'un magazine culturel à Riyad, mais le lendemain de l'instauration de nouvelles cartes d'identité avec photo incorporée [auparavant, les femmes figuraient sur le document de leur père ou de leur mari] il s'est trouvé un homme pour inventer un étui masquant cette photo, bien entendu pour officiellement protéger la femme."
LES JEUNES AUSSI
La jeunesse saoudienne, branchée en permanence sur Internet et en prise directe avec d'autres cultures moins coercitives, n'est pas épargnée par cet état d'esprit. On le retrouve dans les propos que nous a tenus un soir à Djedda l'un des fils d'un professeur d'université, Adnan Al-Adas, alors que nous circulions en sa compagnie sur le front de mer aux commandes du véhicule de son père : lorsque la conversation, partie de la conduite nerveuse du jeune homme, dérive vers l'interdiction faite aux femmes de tenir elles aussi le volant, il avance spontanément l'argument de leur protection contre un environnement agressif et violent.
En 1964, le roi Faysal Bin Abdel Aziz Al-Saoud, deuxième successeur du fondateur du royaume, n'avait pas hésité à faire donner la Garde nationale, le corps prétorien qui assure plus que l'armée la pérennité du royaume, pour ouvrir des écoles destinées aux filles. Plus de quarante ans plus tard, en 2005, le prince héritier Abdallah déclarait au Monde que l'émancipation des Saoudiennes prendrait "moins d'années que n'en comptent les doigts d'une main", le temps, selon lui, que "l'état d'esprit [de ces dernières], la mentalité de leurs maris et de leurs fils évoluent". Ce compte à rebours s'achemine lentement vers son terme sans que les autorités saoudiennes semblent capables d'imposer à leurs sujets et aux autorités religieuses une telle révolution. Une série de débats initiée par le roi depuis son arrivée sur le trône a bien été consacrée au statut de la femme et à une évolution compatible avec les valeurs professées par l'islam, sans qu'elle se traduise pour autant dans les faits.
Pourtant, le royaume ne manque pas de fortes personnalités, à commencer par l'une des filles du roi, Adilah bint Abdullah bin Abdel Aziz Al-Saoud, interrogée par la sociologue saoudienne Mona Al-Mounajjed dans un livre intitulé "Les femmes saoudiennes parlent" (Saudi women speak, Arab institute for research and publishing, 2006). La princesse s'est fait connaître par le biais de plusieurs fondations consacrées à la santé et à l'enfance qu'elle préside depuis des années. Souvent invitée à l'étranger pour s'exprimer sur le sujet sensible du statut de la femme, Noura Joumaih illustre à sa manière le style très policé de la suffragette saoudienne. Cette universitaire formée en Allemagne et aux Etats-Unis, notamment en psychologie, milite pour les droits de la femme au sein de la Société nationale des droits de l'homme, une institution semi-officielle dont les membres mesurent au cordeau leur liberté de parole.
Vive et pétillante, elle reçoit à son domicile, une villa cossue de Riyad (seule manière pour elle de s'entretenir avec un étranger), pour énoncer ses certitudes. "Je ne crois pas que la possibilité ou non de conduire soit une priorité ici, à mon avis, il vaut mieux se concentrer sur l'éducation et les droits de la femme. D'une part parce qu'une femme bien formée a plus de chance de jouer le rôle auquel elle prétend et d'autre part parce qu'il faut faire bouger la loi, trop souvent trop restrictive, notamment pour tout ce qui touche le sort d'enfants dans le cas d'un divorce." Dans cet entre-deux feutré où s'opposent la volonté d'avancer et la nécessité de prendre en compte le poids d'une pensée unique restrictive, Noura Joumaih fait le choix de l'optimisme. "Les changements, ici, ne peuvent être que progressifs, mais les choses avancent. Regardez ce qui vient de se passer au niveau des mahrams [tuteurs] ! Maintenant, les femmes qui se déplacent dans le royaume vont pouvoir séjourner seules dans des hôtels, c'est un progrès !", se félicite-t-elle, même si les conséquences pratiques de cette mesure (à commencer par la nécessité d'y aménager des sections séparées) risquent d'en retarder l'application.
Universitaire elle aussi, historienne spécialisée dans la période pré-islamique, la jahiliya (l'ignorance), Hatoun Al-Fassi représente une minorité qui ne s'en laisse pas conter et qui traque tout ce qui peut apparaître comme une remise en cause de maigres droits, y compris dans des domaines inattendus. Editorialiste dans les journaux les plus progressistes du royaume, elle s'est illustrée en 2006 en s'attaquant avec énergie à un projet visant à exclure les femmes, officiellement par manque de place, de l'esplanade entourant la Kabaa, à La Mecque. "L'islam a été révélé aux hommes comme aux femmes, les deux sexes sont égaux pour ce qui concerne leurs devoirs religieux", avait-elle tonné dans le quotidien anglophone Arab news, avant que le projet ne soit finalement retiré. "Nous sommes toujours considérées comme des mineures, se lamente-t-elle. L'obligation d'être accompagnée par un tuteur est une source constante d'humiliations, il en va de même avec l'obligation d'avoir un chauffeur, qui place les femmes les plus modestes dans une situation de dépendance vis-à-vis de leur mari ou de leurs fils." Hatoun Al-Fassi ne nourrit guère d'illusion sur l'avenir immédiat. Convaincue que la situation des femmes était bien plus enviable par le passé, y compris dans les temps pré-islamiques, elle assure ne pas être dupe de l'attitude de certaines autorités qui s'abritent derrière le conservatisme supposé de la société pour faire obstacle aux changements.
10 % DE LA MAIN-D'UVRE
Si la piste d'une ouverture imposée par le haut semble en effet peu probable, les femmes saoudiennes ont en revanche tout à gagner des circonstances et de quelques indicateurs économiques préoccupants. En dépit du véritable tsunami d'argent frais qui a inondé jusqu'à l'automne 2008 les coffres du royaume à la faveur de la hausse des cours du pétrole, mais qui irrigue très diversement la vingtaine de millions de sujets saoudiens, l'économie nationale reste pénalisée par sa démographie et un taux de chômage élevé. Pour tenter de le limiter, une politique de "saoudisation" de l'emploi a été mise en uvre qui profite aux femmes, généralement mieux formées que les hommes même si elles ne représentaient en 2003 que 10 % de la main-d'uvre saoudienne, selon Mona Al-Mounajjed. La sociologue estime que près de 20 000 sociétés (plus de 5 % du total) sont détenues par des femmes qui concentreraient 40 % de la richesse privée du royaume.
Nada Al-Hamad, directrice du Centre d'emploi et de stage de la Société philanthropique Al-Nahda, à Riyad, qui vient en aide aux femmes isolées ou en situation délicate, en est convaincue. "Les femmes ont bien meilleure réputation que les hommes sur le marché de l'emploi, on dit en général qu'elles savent respecter les horaires et qu'elles sont plus impliquées dans leurs tâches", explique-t-elle. La mère de famille, qui a vécu aux Etats-Unis avant d'occuper ses fonctions, estime que les réticences traditionnelles touchant les femmes au travail ont tendance à s'estomper. "Un salaire en plus, ça compte pour un ménage, explique-t-elle, surtout avec l'inflation", qui a battu record sur record en 2008. Le centre dont elle a la charge et qu'elle fait visiter à la faveur du congé hebdomadaire (cela serait rigoureusement impossible pendant les heures de cours) dispense cours d'informatique et leçons de couture. Grâce à ces formations, l'éventail des possibilités d'emplois pour les femmes s'élargit. Elles ont longtemps été cantonnées à l'éducation (près de 90 % de l'emploi féminin en 2005, pour des classes exclusivement féminines) ou à la santé, l'hôpital étant le seul espace où la mixité, par nécessité, est autorisée.
INTERVIEW PAR TÉLÉPHONE
De son travail à elle, dans une succursale de la banque Saudi Fransi, la jeune Mouneera Al-Dossary était toute disposée à en parler de vive voix, dans un café de Riyad, avec la journaliste (croyait-elle) qui avait pris contact avec elle par l'intermédiaire d'Internet. Elle a compris sa méprise en découvrant une voix masculine dans les premières secondes du coup de fil prévu pour fixer le rendez-vous. Encore célibataire et vivant dans une famille manifestement assez stricte, elle a dû se résoudre à raconter son métier par téléphone. "Je ne travaille pas à un guichet, je fais de la gestion de portefeuilles", explique-t-elle. "J'ai bien sûr des collègues masculins et tout se passe bien, assure-t-elle. D'ailleurs, si je ne me sentais pas bien dans mon pays, j'en partirais. Si je reste ici, c'est que j'y trouve tout à fait mon compte." Cette mixité dans le travail, limitée aux espaces qui ne sont pas en contact avec le public, n'en est qu'à ses débuts et ne va pas toujours de soi. Pendant longtemps les femmes ont dû s'adresser exclusivement à des vendeurs hommes dans les boutiques de lingerie ou de produits de beauté. L'ancien intégriste devenu avocat d'affaires raconte les problèmes créés par le succès de sa firme. "J'ai eu besoin de trois spécialistes du droit des affaires anglo-saxon et j'ai trouvé trois femmes, trois Européennes, disposées à venir tenter l'expérience. Je m'attendais aux réticences de leurs futurs collègues masculins, en dépit des aménagements prévus de nos locaux pour qu'elles puissent avoir un espace à elles. Eh bien, je n'ai pas été déçu ! Il a fallu organiser des réunions pour expliquer aux hommes qu'il n'y avait rien de contraire à l'islam dans tout cela."
N'en déplaise aux plus fieffés conservateurs saoudiens, dans le domaine du droit ou de la banque, la percée des femmes est déjà en cours. Nahed Taher reçoit en toute décontraction dans son bureau de Djedda, dans cette province côtière réputée plus ouverte que celle de Riyad. Première femme à avoir accédé à un poste de PDG, ce qui lui a valu les faveurs des médias, elle dirige une banque d'investissement, Gulf One, basée également à Bahreïn, le "temple" de la finance islamique. Elle avait déjà été la première à occuper des fonctions élevées au sein de la Banque nationale saoudienne, après un doctorat en finances publiques en Grande-Bretagne, ce qui allait de soi pour une famille ayant vécu successivement au Texas, au Koweït et à Vienne, siège de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) au sein de laquelle travaillait son père. Fonceuse, Nahed Taher est du genre à mettre le pied dans la porte s'il le faut, et à traduire dans les faits un féminisme pragmatique. "Quand je suis partie de la Banque nationale, quarante femmes y travaillaient ! Si on est la première quelque part, il faut penser à celles qui suivent !", annonce-t-elle avec fierté. "Et qu'on ne vienne pas nous embêter avec la tradition, nous sommes des Bédouins, et vous croyez peut-être que les femmes se privent de conduire dans le désert où à la campagne ?", lance-t-elle tout à trac avant de rappeler le précédent de l'Aramco, la puissante compagnie pétrolière saoudienne, véritable Etat dans l'Etat installé dans la riche province orientale, soucieux dès les origines de réserver une place aux femmes.
Mais parmi les pionnières que compte le royaume, les premières places reviennent sans nul doute aux deux premières femmes à avoir passé avec succès l'épreuve d'une élection, en 2005. Il ne s'agissait pas d'un scrutin politique, mais de la désignation du collège de la chambre de commerce de Djedda. Ces deux élues, Lama Souleiman et Nashwa Taher (sur de la banquière), n'en ont pas moins brisé une sorte de plafond de verre. Aucune femme n'a jamais été désignée pour siéger au "Parlement" saoudien, le Majliss As-shoura, dont le rôle est purement consultatif, auquel sont associées trois femmes au titre de conseillères. Les femmes n'ont pas eu la possibilité d'être candidates lors des élections municipales qui se sont déroulées dans le royaume en 2005. La forte participation masculine aux élections pour la chambre de commerce de Djedda, rapportée à celle des femmes d'affaires autorisées à voter, a d'ailleurs prouvé que ce sont les hommes qui, très majoritairement, ont porté au pouvoir deux des dix-sept candidates, jugées sur leurs compétences.
SÉGRÉGATION REVENDIQUÉE
Depuis, les élues ont tenu leur principale promesse. Dans l'immeuble de verre qui abrite l'organisme consulaire, un espace a été réservé aux femmes, le Centre Khadidja bint Khuwailid, du nom de la première épouse du prophète, une commerçante. Une ségrégation que revendique Lama Souleiman, l'une des deux élues, qui y donne ses rendez-vous. "Ici, on peut faire ce que l'on veut, c'est plus simple, c'est notamment une garantie pour les familles les plus conservatrices qui sont sûres que leurs filles trouveront ici un environnement décent." Charismatique, la jeune femme issue d'une grande famille saoudienne laisse entrevoir une détermination d'acier. "Il faut être intelligent", assure-t-elle, convaincue que ruser avec la loi et les traditions pour imposer discrètement un point de vue favorisant les femmes est plus efficace que le combat à découvert. Comme toutes les femmes rencontrées à Riyad et à Djedda, Lama Souleiman rejette avec virulence la conception du féminisme à l'occidentale, perçue comme l'avatar d'une pensée coloniale : "Je trouve étrange que les Européens et les Américains soient incapables de faire preuve d'un peu de diplomatie à notre sujet, et qu'ils se montrent tout aussi incapables de comprendre les autres." "Qu'ils nous laissent faire à notre manière, les leçons qu'ils nous assènent sont totalement contre-productives. Elles ne nous aident en rien. Au contraire, elles nous font même reculer ! Ici, la résistance aux changements que nous souhaitons est très bien organisée. Ceux qui les refusent ont peur de perdre leur pouvoir, ce sont des hypocrites qui ne veulent pas le développement de l'Arabie saoudite", explique-t-elle.
"Ces femmes ont choisi de s'investir dans l'économie, car c'est un secteur jugé pour l'instant plus pertinent que la politique, explique la chercheuse française Fatiha Dazi-Heni, spécialiste reconnue du royaume saoudien. Elles pensent que des postes au Majliss, au gouvernement ou dans une municipalité ne seraient que symboliques. Dans le monde des affaires au contraire, elles peuvent faire vraiment leurs preuves et développer un civisme et un véritable patriotisme saoudien." Obstacle imprévu sur la route de l'émancipation des femmes, les revenus du pétrole, comme le note l'avocat Abdel Aziz Al-Fahad, observateur attentif des changements sociaux du pays, alimentent actuellement les espoirs des conservateurs. Ces derniers espèrent en effet qu'un recours plus large à la main-d'uvre étrangère, rendu possible par la marée de pétrodollars, permettra de contrecarrer les velléités des femmes. Ultime manuvre d'arrière-garde ? Les cohortes de la révolution noire saoudienne n'entendent pas se détourner de leur silencieuse bataille.