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N. I-A
Brian Chase :L'auteur d'une farce qui peut discréditer Wikipédia..
Liberation 13 décembre 2005
Traqué dans le cyberespace, Brian Chase, 38 ans, a dû dévoiler son identité. Il était l'auteur d'une farce qui coûte cher à la réputation de Wikipédia, l'encyclopédie gratuite et rédigée par ses millions de lecteurs. Et à lui-même puisqu'il vient de quitter son emploi à cause de cette histoire. Il a simplement diffamé John Seigenthaler Sr. en soumettant un post mensonger à l'encyclopédie des anonymes, concernant la biographie de cette personnalité politico-médiatique américaine.
L'objet du délit virtuel ? Cette phrase : «John Seigenthaler Sr. était l'assistant du ministre de la Justice Robert Kennedy au début des années 60. Pendant un temps, il a été soupçonné d'être directement impliqué dans les assassinats des Kennedy, celui de John, et de son frère, Bobby. Rien n'a jamais été prouvé.». Seul le début de cette phrase est vrai.
Tout a commencé à Nashville, Tennessee. Seigenthaler y est né, il y a dirigé le journal The Tennessean. C'est une personnalité connue. Il a également fondé le Centre pour le premier amendement qui défend la liberté d'expression. Chase, lui, y travaille dans une petite boîte de livraisons. Pour blaguer, et se moquer d'un collègue qui connaît des proches de Seigenthaler, Brian Chase introduit dans Wikipedia des informations pour compléter la biographie du personnage, comme chacun peut le faire. Sauf qu'elles sont complètement fausses. Il écrit également que le journaliste aurait passé plus de dix ans en Union soviétique avant de devenir une personnalité de la presse. Des contre-vérités qui seront restées plus de 130 jours à la disposition de tous.
Un proche de Seigenthaler découvre bientôt les allégations mensongères. Aussitôt prévenu, l'homme de 78 ans tente vainement de découvrir l'auteur de ce qu'il considère comme des attaques personnelles. Dans les pages de USA Today, il fait part publiquement de son incapacité à remonter à la source de l'information diffusée sur Wikipedia. Reprochant son anonymat, «sa défaillance et son irresponsabilité», à l'encyclopédie. La controverse sur la qualité et la fiabilité des informations données par l'encyclopédie des internautes reprend de plus belle. CNN et Foxs'emparent du sujet et invitent la victime sur leurs plateaux.
Daniel Brandt, 57 ans, de San Antonio, décide de poursuivre l'enquête. Il est le fondateur du Wikipedia Watch. Il milite contre Wikipedia depuis qu'il a connu un problème similaire d'informations mensongères le concernant. Il parvient finalement à cerner l'entreprise de Chase comme source du mail incriminé, grâce à l'adresse IP, le numéro de code de la connexion. Un appel d'un journaliste du New York Times finit de rendre les employés nerveux, et d'effrayer Chase des conséquences de sa «private joke».
Chase écrit alors une lettre à Seigenthaler lui expliquant tout : «Je suis réellement désolé de vous avoir offensé», avoue-t-il. Puis, contrit, il démissionne, pour ne pas causer de problèmes à sa compagnie. Grand seigneur, Seigenthaler ne poursuit pas l'imprudent «wikipédiste», déclarant au «Times» qu'il ne «coure pas après de la chaire fraîche». Il tente même d'intercéder auprès du patron de Chase pour qu'il le reprenne. En vain. Par contre il adresse ses félicitations à Brandt qu'il qualifie de «génie». Wikipedia s'est fait un nouvel ennemi. Ce qui n'empêche pas l'encyclopédie d'avoir une nouvelle entrée : la biographie controversée de John Seigenthaler Sr.
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de Laurent Mauriac