Par
Le «Pas de contraintes, pas d'objectifs ni de
hiérarchie» pour ce petit boulot «basé sur le
volontariat» et à exercer «dans le cadre de vos
activités extraprofessionnelles». Le tract a
été diffusé aux agents techniques et commerciaux
de la direction régionale de Quimper. Les formalités
sont minimales: il suffit de remplir un petit formulaire, avec ses
nom, prénom, son téléphone et sa commune de
résidence.
Mata Hari. A croire, le ton du petit prospectus, l'affaire
est urgente. «Nos premiers concurrents "visibles", Cegetel et
Bouygues, sont arrivés sur le territoire de la DR depuis
quelques jours.» Et il va falloir «contrer les offres des
nouveaux arrivants». Ici et là, quelques agents de la
base s'offusquent. Tout le monde n'apprécierait pas l'appel
à jouer les Mata Hari.
L'initiative vient de la direction des services et des
réseaux alliée à la direction du marketing. A
l'étage au-dessus, celui de Guy Morel, le directeur
régional de Bretagne on confirme qu'à Quimper, comme
ailleurs en France, on fait de la veille concurrentielle, le
détail du dispositif étant laissé à la
discrétion des directions marketing. Guy Morel tient surtout
à dédramatiser : si la manière de s'y
prendre «dépasse l'esprit dans lequel on conçoit
la veille, alors on reverra la démarche»: «Je ne
veux pas faire de mes agents des espions assermentés.»
Un cran encore au-dessus, au siège de France
Télécom, le ton est plus percutant. Cette veille existe
depuis que la concurrence a fait irruption dans le pré
carré de France Télécom (début 1998).
L'arrivée de Cegetel dans la téléphonie fixe
avec le «7», la bagarre plutôt rude dans les mobiles,
celle de l'Internet, les joutes entre opérateurs pour
séduire les entreprises ont joué comme un
électrochoc.
Agressivité. «Dans les cinquante directions
régionales, il y a donc une cellule de veille qui suit les
principaux marchés.» Et l'agressivité ne serait
pas le fort de France Télécom: les nouveaux venus, eux,
«vont à fond là-dessus». Ils recrutent
«des petits jeunes qui appliquent sur le terrain ce qu'ils ont
appris dans leurs écoles de commerce». Tandis que
«pour nos agents, la concurrence, c'est tout nouveau. On a du
personnel fonctionnaire, habitué à faire du service
public, vingt-trois ans d'ancienneté en moyenne, et jamais vu
de sa vie un concurrent. Dans ce domaine, les naïfs sont
plutôt chez nous».