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LEMONDE.FR | 22.02.02 | 21h46
Les récentes
révélations du "New York Times" selon
lesquelles Washington envisagerait une stratégie
délibérée de désinformation,
notamment auprès des médias étrangers,
dans le cadre de la guerre contre le terrorisme, continuent
de provoquer un tollé. Tandis que les médias
américains ont accordé un large écho
à cette affaire, les organismes de défense de
la liberté de la presse et de surveillance des
médias s'indignent de cette
éventualité. Jusqu'à quel point les Etats-Unis sont-ils prêts à manipuler les médias pour arriver à leurs fins ? Information partisane, rumeur, désinformation ? Les récentes révélations du New York Times ont de quoi inquiéter les défenseurs de la liberté de la presse. Dans son édition du 19 février, le quotidien américain affirme que le Pentagone a conçu des plans visant à fournir des informations biaisées, voire fausses, à des organes de presse, dans des pays "amis" ou "ennemis" des Etats-Unis. Selon le New York Times, un service peu connu du Pentagone, le Bureau de l'influence stratégique (OSI), créé après le 11 septembre, a proposé une vaste campagne médiatique qui pourrait inclure l'envoi de fausses informations à destination de pays hostiles, mais également de nations alliées, dans le cadre d'une nouvelle stratégie de communication liée à la guerre contre le terrorisme. L'OSI aurait en outre proposé "un vaste éventail de mesures, allant de campagnes "noires" utilisant la désinformation et d'autres activités secrètes, aux relations publiques "blanches" reposant sur les communiqués véridiques". Ce pourrait être des "campagnes agressives qui n'utilisent pas seulement la presse étrangère et Internet, mais aussi des opérations sous couverture ". La réaction du Pentagone ne s'est pas fait attendre. Dès mercredi, les autorités militaires américaines, sur la défensive, sont montées au créneau. Le secrétaire d'Etat américain à la défense, Donald Rumsfeld, a assuré que le Pentagone disait "la vérité" et n'entendait pas "désinformer le public ou la presse". Il n'a toutefois pas exclu que pour déjouer l'ennemi les Etats-Unis n'usent de "tactiques de manipulation". Allant dans le même sens, le chef d'état-major interarmes Richard Myers, rendant visite aux soldats américains en Afghanistan, a ensuite affirmé catégoriquement : "Nous ne mentirons jamais au peuple américain ou à nos partenaires de la coalition" antiterroriste. "C'est quelque chose que, tout simplement, nous ne faisons pas", a-t-il dit, insistant cependant sur l'importance pour les stratèges américains de contrer "les fausses informations et la propagande" de l'ennemi. CONSTERNATION Les responsables américains ont ainsi cherché ainsi à "calmer le jeu", mais ne sont pas parvenus pour autant à faire taire l'indignation provoquée par cette possible désinformation au sein des défenseurs de la liberté de la presse et organismes de surveillance des médias. D'autant plus que, jeudi, emboîtant le pas au New York Times, l'Institut international de la presse (IPI) a rendu public son rapport annuel dans lequel l'administration Bush est accusée de manipuler l'information. "La manière dont l'administration Bush a réagi au travail des médias pendant la guerre en Afghanistan, sa tentative de supprimer l'expression des médias indépendants, a été notre grande surprise en 2001", s'insurge David Dadge, auteur du rapport. Selon lui, "il y a, au sein de l'administration Bush, un désir de contrôler l'information". M. Dadge s'est également déclaré très inquiet face aux révélations du quotidien new-yorkais. "Si elle est avérée, c'est une nouvelle consternante. Il sera désormais très difficile de faire confiance aux informations communiquées par le gouvernement américain. (...) Il semble que l'Amérique soit en train de prendre modèle sur la Russie sur la manière dont il faut traiter les médias. (...) Cela aura un effet dévastateur dans le reste du monde. Jusqu'à présent on donnait l'Amérique en exemple pour le respect des principes démocratiques, cela ne sera plus crédible", a-t-il regretté. Critiquant les "pressions" exercées par le département d'Etat américain à l'encontre de médias américains ou étrangers, l'IPI révèle par ailleurs que "deux éditorialistes ont perdu leur emploi après avoir critiqué l'action du président Bush le jour des attentats [du 11 septembre], un animateur de télévision a été réprimandé par la Maison Blanche pour avoir fait une remarque jugée non patriotique lors d'une émission". Reporter sans frontières (RSF), organisation de défense des libertés de la presse, a demandé, dans un courrier au secrétaire d'Etat américain à la défense, de "rejeter catégoriquement le recours à la propagande". Pour Robert Ménard, secrétaire général de RSF, "une telle décision ne peut (...) que ruiner l'image des Etats-Unis et discréditer les informations délivrées par le secrétaire d'Etat à la défense". "Comment expliquer que les Etat-Unis recourent à la propagande et à la désinformation après avoir eux-mêmes violemment dénoncé la "propagande" d'Oussama Ben Laden et les médias qui la diffusent ?" "Mentir délibérément ou répandre de la désinformation ne peut avoir qu'un impact terrible à long terme pour tout pays se prétendant ouvert et démocratique", a estimé pour sa part Paul McMasters, du Forum de la liberté, un centre de recherches sur la liberté d'information à Washington. "Il n'existe aucune justification pour cela. Il n'y a que des désavantages pour le gouvernement américain à copier les communistes et l'ex-Union soviétique dans la bataille de la désinformation", a affirmé de son côté Reed Irvine, fondateur du groupe Exactitude dans les médias. Domitille Hazard avec AFP et Reuters
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