«La France a bénéficié des savoir-faire acquis par les responsables d'Echelon.» Le député UDF Arthur Paecht

 

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Un rapport français descend Echelon
Il pointe les dangers du système d'espionnage anglo-saxon.

Par JEAN-DOMINIQUE MERCHET

Libération, le jeudi 12 octobre 2000

 

Les Américains espionnent nos communications, mais nous n'en avons pas la «preuve formelle». Voilà - en substance - les conclusions de la première enquête parlementaire française sur le système Echelon. Au terme de sept mois de travail, le député UDF Arthur Paecht a présenté hier à Paris son rapport sur «les systèmes de surveillance et d'interception électroniques pouvant mettre en cause la sécurité nationale». Au centre de ses investigations, les capacités d'écoutes des «services» américains, comme la National Security Agency (NSA), et leur éventuelle utilisation contre les intérêts d'entreprises européennes.

«Dévoiement». Le réseau Echelon, dont l'existence est désormais admise par Washington, a été créé en 1947 par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Le Canada, l'Australie et la Nouvelle-Zélande les ont rejoint depuis. Il vise à intercepter puis analyser toutes les communications - par téléphone, Internet, réseaux informatiques ou radio.

«Ce réseau a été détourné de sa vocation initiale» d'espionnage de l'URSS, accuse le député, qui y voit un «danger pour les libertés publiques et individuelles». Principal trait de ce «dévoiement»: l'utilisation d'Echelon à des fins d'«espionnage économique». Le rapport cite trois exemples régulièrement évoqués dans la presse, mais sans apporter d'éléments nouveaux. Thomson-CSF, Airbus et Siemens auraient été espionnés alors qu'ils négociaient des contrats respectivement au Brésil, en Arabie Saoudite et en Inde - mais toujours face à des concurrents américains. Ces derniers auraient bénéficié des écoutes américaines. «Aucune plainte d'entreprise n'a jamais été déposée», remarque toutefois le député. «Il peut être tentant de faire porter la responsabilité de la perte d'un marché au réseau Echelon» ajoute-t-il, tout en estimant que «le danger (d'espionnage économique) est bien réel».

L'ancien directeur de la CIA, James Woolsey, auditionné par le parlementaire français, a réfuté ces accusations affirmant que les «services» ne travaillaient pas «au profit des entreprises américaines». En revanche, il confirme l'existence du «renseignement économique pour trois raisons: suivi des biens à double usage (civil et militaire), respect des sanctions économiques, utilisation de méthodes frauduleuses de la part d'entreprises ou de gouvernements étrangers». Cette liste suffit sans doute à expliquer la discrétion des entreprises concernées...

«Ambiguïtés». Au plan européen, le rapporteur critique «la situation ambiguë de la Grande-Bretagne», à la fois membre du réseau Echelon et de l'UE. Il s'en prend aussi aux «ambiguïtés» de l'Allemagne qui abrite une station d'écoute américaine à Bad Aibling en Bavière.

Après s'être entretenu avec les principaux responsables des services français, notamment la DGSE, Arthur Paecht confirme l'importance de la collaboration franco-américaine en matière d'écoutes (Libération du 3/4/00). «La France a bénéficié des savoir-faire acquis par les responsables d'Echelon. Des personnels auraient été formés aux Etats-Unis, et l'architecture du réseau français a été inspiré de celle de ses alliés américains», écrit le député. Citant «certains interlocuteurs», il conclut que «notre pays ne disposerait pas de capacités techniques aussi développées si les Etats-Unis ne l'avaient pas aidé». Pour paraphraser Sacha Guitry, la France est contre Echelon, tout contre....


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