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AFP

Quelque 4 440 médecins soupçonnés de corruption en Italie

Le Monde 26.05.04 |

Une société pharmaceutique est soupçonnée d'avoir mis en place un système de cadeaux à destinatùion des médecins pour les influencer dans le choix des produits prescrits.

La police financière italienne a dénoncé, mercredi 26 mai, à la justice 4 713 personnes, dont 4 440 médecins, soupçonnées d'être impliquées dans un système de corruption mis en place par la branche italienne du géant pharmaceutique britannique GlaxoSmithKline (GSK).

Plus d'une centaine d'employés de GSK sont également poursuivis pour corruption et association de malfaiteurs, a indiqué un dirigeant de la police financière au cours d'une conférence de presse.

L'entreprise pharmaceutique est soupçonnée d'avoir mis en place un système de cadeaux, parfois somptueux comme des voyages, à destination des médecins - dont une partie en Italie sont des salariés de l'Etat - pour les influencer dans le choix des produits prescrits.

L'Etat peut en ce cas estimer que cette "collusion" a créé un dommage pour ses finances, dans le sens où des produits plus chers peuvent avoir été préférés, à égalité d'efficacité.

"ACTIVITÉS DE SOUTIEN AUX VENTES"

L'enquête sur cette affaire a commencé il y a deux ans. 2 579 médecins généralistes et 62 employés de la Glaxo sont accusés de complicité, tandis que 1 738 médecins spécialistes et 138 employés sont, eux, accusés d'avoir offert ou accepté des primes ou des avantages en argent ou en nature pour favoriser les produits du géant pharmaceutique.

196 autres personnes, dont 63 médecins spécialistes et pharmaciens d'hôpitaux, sont accusées de corruption. Soixante oncologues de haut niveau, dont des directeurs de cliniques, sont également suspectés d'être impliqués dans cette affaire, et 74 employés de la société britannique, dont des dirigeants, sont également accusés d'association de malfaiteurs.

La société britannique n'est pas la seule impliquée en Italie dans ce genre d'affaires. D'autres groupes pharmaceutiques ont également été montrés du doigt dans des histoires de prétendus congrès scientifiques aux Caraïbes offerts à des médecins italiens, alors qu'une polémique se développe sur les prix pratiqués par les firmes pharmaceutiques en Italie aux dépens des malades et des caisses publiques de santé.

La facture médicamenteuse dans la Péninsule aurait ainsi augmenté de 16 % en mars 2004 par rapport à mars 2003. Les tarifs des médicaments que les médecins sont incités à prescrire sont considérablement plus élevés qu'en France, selon une émission de débats diffusée mardi sur RadioSole24 Ore.

D'après les enquêteurs, la Glaxo a investi plus de 228 milions d'euros entre 1999 et 2002 dans "les activités de soutien aux ventes". Ces sommes ont été enregistrées sous des appellations différentes dans la comptabilité de la société, qui devrait payer sur ce montant près de 160 millions d'euros d'impôts et taxes diverses, selon la police financière.

Au cours de l'enquête, 134 unités sanitaires et hôpitaux situés dans 94 villes de toute l'Italie ont fait l'objet d'enquêtes et de saisies de documents de la part de la police financière.