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Maâchou Blidi

Le retour de Gaston

Le Quotidien d'Oran, 14 septembre 2004

Si ce n’est agaçant, c’est malvenu. Et si ce n’est stupide, c’est au moins injuste. Il est difficile, au vrai, de comprendre pourquoi certaines voix - peu importantes mais se croyant autorisées à le faire - s’élèvent contre les brèves visites que font, ces temps-ci, des pieds-noirs à ce qui demeure, pour l’état civil comme pour la mémoire, leur pays natal.

Bien sûr, dans ce qui fut la communauté européenne vivant en Algérie pendant la colonisation française, il n’y eut pas que des enfants de choeur et rien que des égarés de l’Histoire. Appelés de partout, d’Alsace ou d’Espagne, de Malte ou d’ailleurs, ils ont eu trop vite tendance à se croire chez eux. Et surtout à transcender les malheurs individuels ou collectifs qui les transplantèrent ici, en en faisant une revanche quotidienne contre un peuple provisoirement enchaîné.

Mais est-ce une raison définitivement suffisante, plus de quarante années après le recouvrement de notre liberté, pour interdire à ceux d’entre eux qui ont, par ici, un souvenir à cultiver ou une tombe à fleurir, de nous rendre visite avec la modestie du pèlerin?

Historiquement, nous n’avons plus à craindre de rien. Au bout d’une résistance séculaire, le 19 Mars 1962 nous a consacrés vainqueurs d’une usurpation qui se croyait éternelle. Et si ce n’était tout à fait la consécration d’une victoire militaire, au moins ne souffre-t-elle d’aucun doute au plan moral.

C’est à ce titre-là d’abord, soit donc au nom de la générosité que seuls peuvent se permettre les justes qui savent ce que souffrance veut dire, qu’il faudrait percevoir ces retours pèlerins qu’encourage la refondation en cours des relations algéro-françaises. Et c’est à ce titre-là encore, soit donc en référence à un combat qui fut aussi humaniste, tant son objectif était la valeur suprême de la liberté, qu’il faudrait éviter de fermer nos coeurs à ces rescapés malheureux de la mésaventure colonialiste française.

Après tout, entre une larme versée sur ce qui fut leur vie ici et un soupir poussé devant la tombe d’un être cher, ils ne viennent chercher rien d’autre ici qu’une autre manière d’enseigner à leurs enfants l’amour de cette terre. Et comme nous comptons, nous aussi, beaucoup des nôtres en terre de France, qu’ils y soient chercheurs de pain ou chercheurs de gloire, nous gagnerons à envisager les choses hors des pistes qui ne mènent nulle part.

Après le pire, l’Algérie et la France ne peuvent se parler, par-dessus la Méditerranée, que pour le meilleur. Et dans l’Histoire, les pauvres pieds-noirs ne sont demandeurs que de la réhabilitation de leurs cimetières. Leurs souvenirs, qu’ils fussent bons ou mauvais, du côté du sabre ou du côté de la justice, leur appartiennent tout à fait... Et plus personne ne s’en sentira l’inhumanité d’en faire un drame.