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500 immigrés régis par
l'OMI
Depuis
1974, l'Office des migrations internationales (OMI) n'assure
plus qu'un rôle limité en matière
d'immigration puisque l'introduction massive de travailleurs
étrangers permanents a officiellement pris fin
à cette date. Relais du ministère de l'Emploi,
l'OMI est désormais surtout chargé d'organiser
l'introduction de cadres supérieurs, de chercheurs,
de stagiaires ou d'artistes venus travailler sur le
territoire français. Les saisonniers sont les seuls
immigrés, sous contrat de l'OMI, correspondant encore
à une demande de main-d'uvre peu
qualifiée. Dénombrés à 7 500 en
1998, ils sont essentiellement employés dans
l'agriculture. Les Marocains (4 000) assurent surtout les
travaux de maraîchage et d'arboriculture. Autre groupe
important, les Polonais (2 500) sont
généralement spécialisés dans
les vendanges. Les saisonniers peuvent
bénéficier de contrats de travail dont la
durée n'excède pas six mois sur une
période de douze mois consécutifs. Ces
contrats peuvent, par dérogation, être
portés à huit mois, pour des travaux de
culture maraîchère intensive et
d'arboriculture, comme dans les Bouches-du-Rhône.
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Châteaurenard
(Bouches-du-Rhône) envoyé spécial
Ici,
tout le monde savait plus ou moins que les Arabes, venus
pour la saison des fruits et des légumes,
étaient traités comme des bêtes»,
avoue le patron d'un café de Châteaurenard,
gros village au sud d'Avignon. «Mais on n'avait pas le
détail. Jusqu'au jour où ils se sont mis
à manifester dans la rue.» Depuis deux ans, dans
les Bouches-du-Rhône, les saisonniers agricoles,
Marocains pour la plupart, sont entrés en
rébellion. Ils dénoncent leurs conditions de
vie, veulent obtenir un statut moins précaire et des
cartes de véritables résidents. Leurs contrats
de travail, délivrés par l'Office des
migrations internationales (OMI), font de ces 4 500 ouvriers
agricoles des immigrés sans statut et des saisonniers
à l'année: deux tiers d'entre eux seraient
salariés six à huit mois en France depuis dix
ou quinze ans.
Archaïques,
ces contrats de l'OMI ne sont plus guère
utilisés massivement que dans les seules
Bouches-du-Rhône. «Lorsque les saisonniers se
sont mis à parler de leur situation, nous avons
découvert, dans ce département, un
véritable système parallèle de type
mafieux où le lobby du syndicalisme agricole, soutenu
par les institutions locales, s'acharnait à maintenir
en place des contrats d'immigration d'un autre âge.
Ceci pour profiter des services d'une main-d'uvre
corvéable à merci en toute
légalité», explique Bernard Gleize,
le responsable régional de la CGT agroalimentaire, le
seul syndicat associé aux immigrés depuis le
début de leur mouvement.
Taudis.
Dans un hameau situé à un jet de pierre de
Châteaurenard, une vaste exploitation entourée
de serres où mûrissent tomates et courgettes. A
côté du bâtiment principal,
réservé à la famille du
propriétaire, une dépendance agricole fait
office de dortoir. Vingt hommes, tout juste arrivés
du Maroc, font visiter leurs logements en cachette. La
demi-douzaine de pièces qui leur servent de chambres
sont de véritables taudis. Entre l'écurie et
le poulailler. Murs décrépis, absence de
salles d'eau et de sanitaires. Les fenêtres n'ont pas
toujours de carreaux. Ils y vivront pourtant jusqu'à
l'hiver. «C'est le logement habituel. Pas le pire,
soupire Hassan. Parfois, on s'entasse aussi dans des
caravanes immobilisées à l'année, ou
dans de simples cabanes de planches ou de panneaux de
plastique. Quelques patrons sont corrects et nous
aménagent quelque chose de propre. Mais c'est
toujours sur la propriété. Comme ça, on
reste disponibles en permanence.»
Ecurement.
«Saisonniers», les «OMI» des
Bouches-du-Rhône n'en ont que le nom, puisque 80 %
d'entre eux travaillent six à huit mois par an en
France depuis de nombreuses années. Mais c'est bien
l'employeur qui propose à l'administration ceux qui,
chaque année, seront autorisés à
revenir. Echange d'un travail contre un droit à
émigrer. Le rapport de force est très
favorable aux «patrons» et conduit à de
nombreuses dérives. «De 6 heures du matin au
coucher du soleil, on ne compte plus les heures
supplémentaires. On est payés au Smic pour 169
heures, mais, l'été, on fait souvent 250 ou
300 heures par mois, raconte Ali. Souvent, les heures
sup' ne sont payées que 20 F de l'heure, quelquefois
pas du tout.» A 50 ans, regard sombre, moustache et
crâne ras, Ali ressasse son écurement.
«Vingt ans de sacrifice pour le patron. Les
agriculteurs de la région n'auraient pas tenu le choc
sans nous. Et on est toujours humiliés,
insultés au quotidien: les bougnoules de
service.» Certains témoignent d'une forme de
racket: le salaire est versé par chèque, et
l'employé doit rendre une partie en liquide à
l'employeur. «Sinon, c'est: "Tu dégages l'an
prochain."»
Dociles
et travailleurs, les Marocains sont pain bénit.
«Nous en avons besoin. A cause de la
spécificité de nos cultures provençales
de fruits et de légumes», expliquent les
responsables agricoles. «Il nous faut une
main-d'uvre abondante. Et les chômeurs
français ne font pas l'affaire»,
déclare sans détour Rémi Roux,
exploitant sur Châteaurenard, et responsable de la
FDSEA locale. «Sous les serres, à 45
degrés, ils ne tiennent pas trois heures.»
Après dix ans de politique nationale
censée inciter au remplacement des saisonniers
«OMI» par des chômeurs,
l'échec est patent en Provence. «Chaque nouvelle
tentative de remise aux normes se heurte aux pressions des
agriculteurs», avoue un fonctionnaire de
l'OMI.
Deux
PV en dix ans. Ainsi, en 1995, le préfet de
région avait garanti, à la FNSEA et au CDJA,
le renouvellement quasi automatique des saisonniers OMI
déjà employés en France. En 1998,
à la suite de plusieurs manifestations de ces
immigrés à Paris, Marseille, Arles et
Châteaurenard, la préfecture des
Bouches-du-Rhône a simplement demandé aux
services administratifs d'être «vigilants»
sur la question de leurs conditions de travail. Pourtant, le
nombre de procès-verbaux dressés aux
contrevenants reste toujours incroyablement faible: deux en
dix ans d'après la CGT. «Nous n'avons pas les
moyens de faire des contrôles systématiques,
nous n'intervenons qu'à la demande d'un tiers»,
se dédouane un responsable départemental
de l'inspection du travail. «De toute façon,
les pouvoirs publics n'ont pas vraiment envie de mettre un
coup de pied dans la fourmilière.» Les
immigrés, eux, ne mouftent pas. De peur de ne plus
être embauchés. Une crainte sur laquelle les
patrons jouent à loisir. «Les OMI n'ont
qu'à rentrer chez eux s'ils trouvent qu'on les traite
mal», lance le président de la FDSEA des
Bouches-du-Rhône, André Boulard.
Pari
douteux. Les premiers saisonniers marocains de l'OMI sont
arrivés en 1960. Trente ans plus tard, ils continuent
à faire l'aller-retour, du nord du bled jusqu'aux
villages de Provence, via Marseille. Pour le
ministère de l'Emploi et de la Solidarité,
«ces contrats disparaîtront
d'eux-mêmes», faute de bras. Les nouveaux
arrivants ne sont en effet plus acceptés depuis 1995.
Mais peut-on tabler sur les seuls départs à la
retraite? Le pari semble douteux,puisqu'une
génération de jeunes immigrés a
déjà pris la relève bien avant 1995.
Ils luttent aujourd'hui pour l'abolition des «contrats
d'esclaves». Ils rêvent de papiers pour
travailler en France sans être soumis à la
tutelle des exploitants. Un projet qui n'est pas du
goût des syndicats agricoles. L'obtention de cartes de
séjour se traduirait inévitablement par la
perte d'une main-d'uvre
irremplaçable.
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