L'OIT sanctionne la Birmanie pour le
travail forcé
« généralisé »
Jean-Claude Buhrer
Le Monde daté du samedi 18
novembre 2000
Rien n'y aura fait, ni les prétendues concessions de dernière minute consenties du bout des lèvres par la junte de Rangoun, ni les ultimes manoeuvres dilatoires du représentant de la Malaisie : à une nette majorité de ses 56 délégués, le conseil d'administration (exécutif) du Bureau international du travail (BIT) s'est prononcé, jeudi 16 novembre, en faveur de sanctions contre le régime militaire birman, accusé d'imposer le travail forcé de manière « généralisée et systématique ». En vertu de cette décision sans précédent, l'Organisation internationale du travail (OIT) recommande à ses membres (Etats, employeurs et syndicats), ainsi qu'aux autres organisations internationales, de réexaminer leurs relations avec la Birmanie.
En quatre-vingt-un ans d'existence, c'est la première fois que l'OIT recourt à une mesure aussi extrême contre l'un de ses membres. Après de vaines admonestations, lors de sa session annuelle en juin, elle avait donné jusqu'au 30 novembre à la junte de Rangoun pour en finir avec de telles pratiques contraires aux conventions internationales signées et ratifiées par la Birmanie. Une mission de coopération technique autorisée in extremis à se rendre sur place avait constaté à son retour, dans un rapport publié le 7 novembre, « des progrès dans le domaine législatif », tout en notant que « les progrès sont moins évidents en termes de mesures exécutives, budgétaires ou administratives appropriées ».
Au cours de son séjour à Rangoun, la délégation s'était vu refuser une rencontre avec Aung San Suu Kyi, lauréate du prix Nobel de la paix, de nouveau assignée à résidence depuis le 22 septembre. Autre signe révélateur du climat ambiant, le 3 novembre, le rapporteur spécial de l'ONU pour la Birmanie, le juge mauricien Rajsoomer Lallah, a présenté sa démission à Mary Robinson, haut commissaire aux droits de l'homme, se plaignant du « manque de soutien logistique et administratif » pour accomplir sa mission.
Le conseil d'administration du BIT a demandé l'application de sanctions dès le 30 novembre. La Confédération internationale des syndicats libres (CISL), qui a joué un rôle moteur en collectant des témoignages accablants sur le travail forcé en Birmanie, s'est félicitée du « signal ferme envoyé aux généraux de Rangoun ». A la veille de la décision de l'OIT, la CISL avait rappelé que, selon ses estimations, près d'un million de Birmans étaient astreints au travail forcé. Elle a également invité les compagnies multinationales et les voyagistes actifs en Birmanie à tenir compte de ces sanctions.