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Leszek Kostrzewski

Quand les chômeurs allemands vont bosser en Pologne

Gazeta Wyborcza - Courrier international - n° 732 - 10 nov. 2004

 

Jadis, c’étaient les Polonais qui venaient en Allemagne pour y travailler ; mais, maintenant, la tendance s’est inversée car il n’y a plus de travail en Allemagne”, constate Wolfgang Kransel, originaire de la ville allemande de Zittau, qui travaille à la station-service de Kopaczow, en Pologne. Il est l’un des premiers Allemands que la chaîne polonaise Apexim AB ait recrutés en 2002.

Pendant une vingtaine d’années, Wolfgang Kransel a été ouvrier dans le bâtiment. Quand son entreprise de BTP a fait faillite, il s’est retrouvé sur le carreau. Dans sa ville, le taux de chômage dépasse 20 %. Aujourd’hui, assure-t-il, il n’a plus de problèmes avec ses compatriotes, mais, il y a deux ans, on le regardait bizarrement. “Tu vas bosser chez les Polonais comme ouvrier ? T’es devenu fou ou quoi ?” s’étonnaient-ils. “Petit à petit, l’étonnement s’est dissipé et, aujourd’hui, ils me demandent même comment se faire embaucher par un Polonais”, explique Wolfgang Kransel.

L’entreprise Apexim AB, qui a son siège à Poznan, est propriétaire de treize stations-service, dont onze à proximité de la frontière avec l’Allemagne. Elle emploie cent Polonais et quinze Allemands. A Kopaczow, ils sont quatre Allemands de Zittau et de Görlitz ; à Zasieki, sept personnes viennent de Frost et, à Krzymow, cinq salariés sont de Schwedt. “Notre idée était que les clients allemands devaient pouvoir se sentir dans nos stations comme s’ils étaient chez eux”, explique Krzysztof Springer, PDG d’Apexim AB. “La seule différence, c’est que notre essence est beaucoup moins chère [25 % environ].”

Le montant de l’allocation chômage en Allemagne est de 600 euros en moyenne. Dans une station d’essence, en Pologne, un Allemand peut gagner 1 000 euros, c’est-à-dire trois à quatre fois plus que son collègue polonais employé sur le même genre de poste. Les patrons de l’entreprise avouent qu’ils y trouvent leur compte, même en employant des Allemands qui sont “chers”. “Dans les stations où travaillent les Allemands, nous vendons 10 % d’essence de plus qu’ailleurs, explique M. Springer. Nos employés allemands ont des sujets de conversation communs avec leurs compatriotes, ils peuvent se plaindre de leur gouvernement, s’ils le veulent, et être compris.”

Apexim AB a recruté en faisant paraître des petites annonces dans la presse allemande. Au début de 2002, les candidats n’étaient pas légion. Les Allemands soupçonnaient un piège et craignaient que leurs futurs employeurs polonais ne soient pas capables de remplir toutes les formalités nécessaires pour que leurs droits sociaux soient respectés. Aujourd’hui, il y a plusieurs postulants pour chaque emploi proposé.