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Laurent Fargues

"Les entreprises favorisent les contrats locaux"

LE MONDE ECONOMIE 04.01.05  

Entretien avec Yves Girouard, directeur général du réseau Magellan.

Consultant en ressources humaines et responsable du mastère consacré à la mobilité internationale de l'Ecole normale supérieure de Cachan, vous êtes aussi le directeur du cercle Magellan, un réseau regroupant des professionnels de la gestion des ressources humaines à l'international. Que pensez-vous du débat récurrent sur la "fin de l'expatriation" ?

Il est difficile d'établir des généralités en la matière et il existe de grandes différences entre les entreprises qui ont l'habitude d'expatrier depuis des décennies et celles qui ne s'y sont mises que récemment. Quoi qu'il en soit, il est clair que l'expatrié français est un des plus chers du monde et représente environ deux à six fois le coût du même salarié en France. Ceci explique sans doute que le nombre d'expatriés ait fortement baissé au début des années 1990.

A cette période, les sociétés françaises ont en effet diminué en moyenne de 10 % leur effectif d'expatriés et certaines sont allées jusqu'à le réduire de moitié. Toutefois, je pense que les entreprises ont désormais atteint un niveau plancher et pourront difficilement continuer de supprimer des postes d'expatriés. Parfois, on observe d'ailleurs des entreprises qui reviennent en arrière, notamment pour des postes ayant des fonctions de contrôle comme ceux de directeurs financiers ou de responsable qualité.

Quelles sont les principales évolutions dans les pratiques d'expatriation des entreprises ?

La première est de proposer au salarié qui part à l'étranger un contrat de travail local. Beaucoup moins onéreux pour l'employeur qu'un contrat d'expatriation classique, le contrat local concerne une part croissante de salariés français à l'étranger. Deuxième tendance : les carrières d'expatrié sont devenues rarissimes. Les entreprises ont trop peur de ne jamais pouvoir réintégrer des salariés restés trop longtemps éloignés du siège. Enfin, même si cela reste encore marginal, on constate une forte propension des multinationales à privilégier la formation d'équipes de management multicuturelles et à pousser leurs meilleurs cadres à prendre des responsabilités dans des filiales à l'étranger.

Que pensez-vous du nouveau contrat de mission à l'export créé par la loi sur la cohésion sociale ?

Ce contrat me paraît fort pertinent dans la relation qu'il instaure entre le salarié et l'employeur dans la mesure où une tentative d'export recouvre beaucoup d'incertitudes. Il ne doit cependant pas faire oublier aux chefs d'entreprise qu'avoir un collaborateur à l'étranger exige souvent de nombreuses formalités annexes.

Au Brésil, par exemple, tout salarié, quelle que soit la nationalité de son employeur, se doit d'avoir un contrat local en bonne et due forme. Enfin, il est possible que, dans certains pays, les services d'immigration acceptent mal un contrat de travail dont la durée reste floue.