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Les difficultes de la recherche en Italie : la situation et les chiffres, les initiatives publiques et privees et la fuite des cerveaux

BE Italie numero 25 - 6 septembre 2004

Comme le demontrent encore une fois les conclusions du Rapport sur la technologie de l'information et de la communication, realise par le Forum pour la technologie de l'information (Fti) en collaboration avec le Conseil national de l'economie et du travail (Cnel), l'Italie doit faire face aujourd'hui a une situation critique dans le domaine de la recherche. Le pays souffre certes du manque et de la carence de fonds qui sont consacres par l'Etat italien a la recherche, favorisant la fuite de nombreux chercheurs a l'etranger, mais aussi du manque d'investissements en recherche et developpement (R&D) des societes privees. Nombreuses sont les initiatives publiques et privees pour tenter d'inverser ce phenomene. Parmi elles, le nouveau projet Dulbecco vient d'etre lance dans la region de la Lombardie.

En 2003, la depense publique pour la R&D en Italie a ete evaluee a 0,54% du produit interieur brut (PIB), alors que la moyenne europeenne etait de 0,69%. De meme, la depense des entreprises italiennes en R&D a ete evaluee a 0,56% du PIB, alors que celle europeenne etait de 1,3%, celle des Etats-Unis de 2,04%, et celle du Japon de 2,28%. L'investissement des entreprises italiennes en informatique et dans les technologies ITC est egalement encore trop faible par rapport aux pays europeens. Les difficultes du systeme italien, explique le rapport du Fti, sont egalement liees au faible pourcentage de population disposant d'un diplome universitaire (10,4%, alors que la moyenne europeenne est de 21,5%). Cette tendance se materialise egalement par le fait que seulement 19% des italiens possedent un ordinateur (la moyenne europeenne etant de 31%), et que seulement 18% d'entre eux ont recu une education de base (la moyenne europeenne etant de 28%). Selon le president du Fti, Giorgio Pacifici, "une nouvelle culture doit etre adoptee par les entreprises italiennes de maniere a ce qu'elles surmontent leurs difficultes dimensionnelles et structurelles d'un point de vue international".

Une difference importante est egalement a noter entre le Nord et le Sud de l'Italie. Selon les chiffres du ministere de l'Education, de l'Universite et de la Recherche (Miur), seulement 8% de l'activite de recherche est effectuee dans les regions du Sud de l'Italie, alors que le taux est de 15,7% au centre et de 75,5% dans le nord du pays. Les retombees sur le marche du travail sont egalement preoccupantes : 19,9% dans le sud du pays, 27,4% au centre et 52,7% dans le nord.

Pourtant, nombreuses sont les initiatives visant a inverser cette tendance et a favoriser la R&D dans les entreprises, ainsi que dans le monde de la recherche. Le nouveau projet Dulbecco, dirige par la Fondation Cariplo, se consacre par exemple au soutien de la recherche pour la prevention et le diagnostic precoce des maladies. Ces trois dernieres annees, la fondation a debloque 18 M d'euros pour financer plus de 136 projets de recherche. Le projet Dulbecco, quant a lui, prevoit 12 M d'euros pour les trois prochaines annees afin de soutenir les projets relatifs a la genomique et la proteomique. Le projet, sous l'initiative du prix Nobel Renato Dulbecco, prevoit la creation de quatre plateformes technologiques au sein de laboratoires et de centres de recherche deja en activite en Lombardie. Le projet mise donc sur l'amelioration de l'equipement technologique des laboratoires, sur la formation des chercheurs de haut niveau et enfin sur la collaboration entre les differents groupes de recherche de la Lombardie.

Bien que ces initiatives soient nombreuses et variees, elles ne sont parfois pas rentables a long termes. En effet, l'ensemble des operations mises en place ces dernieres annees pour favoriser le retour des cerveaux italiens partis a l'etranger, et en particulier dans le cadre du decret ministeriel du 20 mars 2003, est nuance par le nouveau probleme du "transit des cerveaux". Apres deux ou trois annees de recherche en Italie (selon la duree du contrat), de nombreux scientifiques repartent a l'etranger, nostalgiques des conditions de travail et des financements. Entre 2001 et 2003, 291 contrats de retour ont ete etablis (parmi lesquels 31 dans le Sud de l'Italie). Au terme de ces contrats de rapatriement, de nombreux chercheurs se retrouvent de nouveau confrontes aux difficultes qui les ont pousses, plusieurs annees auparavant, a quitter l'Italie. C'est l'exemple de Lapo Boschi, physicien de 32 ans, qui, suite a une premiere experience aux Etats-Unis, est revenu en Italie en 2001 au sein de l'universite Federico II de Naples. Apres deux annees de recherche et la fin de son contrat, le chercheur s'est exile en Suisse, a Zurich, fort d'un contrat de 6 ans et beaucoup mieux remunere.