Informatique : Les programmeurs russes rentrent au pays
© Courrierinternational.com 12 aout 2003
Le temps de la fuite des informaticiens russes attirés par des opportunités à létranger est révolu. Malgré des salaires trois fois moins élevés, les programmeurs prennent le chemin du retour.
Jusquà aujourdhui, beaucoup ne croient pas que je suis rentré en Russie parce que je mennuyais, et pourtant cest comme ça. Après avoir perdu mes illusions et compris que largent ne faisait pas le bonheur, alors jai décidé quil était temps de rentrer. Andreï Aranovitch a vécu onze ans aux états-Unis, où il a travaillé chez Boeing en tant que chef de projet avec un salaire de 250 000 dollars [218 000 euros] par an. Désormais, il est vice-président de la compagnie LANIT en Russie et touche un salaire bien inférieur.
Le cas de Andreï Aranovitch na rien de particulier. Dans le secteur des nouvelles technologies de linformation et de la communication (NTIC), de plus en plus de Russes expatriés reviennent travailler en Russie. Tel est le mouvement observé dans la dernière enquête de lagence de recrutement Kelly Services, rapporte Vedomosti. Selon le quotidien financier moscovite, publié en partenariat avec le Wall Street Journal et le Financial Times, la tendance au rapatriement est confirmée dans toutes les grandes compagnies des technologies de linformation. En effet, 10 à 15 % des CV dans ce secteur viennent de létranger, assure pour sa part Ekaterina Gorokhova, directrice générale de Kelly Services. La tendance devrait se poursuivre au moins jusquen 2005 et cela pour deux raisons : Le marché occidental naura eu le temps de se relever après la chute, alors que le marché russe continuera de saccroître au rythme minimal de 30 % par an. En Russie, les salaires des spécialistes de ce secteur ont augmenté de 30 % par rapport à lannée précédente à la même période.
Carrières alléchantes
Néanmoins ces revenants ne se satisfont guère de cette croissance, car ils toucheront un salaire trois fois inférieur à celui perçu à létranger, souligne Vedomosti. Reste que les raisons de partir prennent le dessus. Beaucoup de ces spécialistes viennent dAustralie, du Canada et des états-Unis. Or la crise a frappé les compagnies occidentales. Ainsi, deux raisons poussent ces informaticiens au départ : soit le projet pour lequel ils ont été embauchés sest terminé, soit leur salaire a été fortement réduit, observe Anna Fedak, directrice des ressources humaines du groupe IT qui emploie 800 employés.
Sergueï Batarine, analyste chez LANIT, est rentré des états-Unis au bout de trois ans pour des raisons personnelles. Il explique que dans son service à Telcordia, une entreprise du New Jersey, pratiquement tous étaient originaires de Russie et dUkraine. Tous parlaient aussi de rentrer pour une raison particulière : linstabilité professionnelle liée à des contrats qui peuvent être dénoncés en une journée.
Certes les salaires sont moindres en Russie, comme lindique lenquête de Kelly Services. Un programmeur à Moscou touche de 800 à 1 200 dollars par mois, un administrateur système plafonne à 2 000 dollars, et les mieux lotis de tous, les consultants, gagnent de 1 500 à 10 000 dollars, rapporte Vedomosti. Reste que, après une expérience en Occident, ces informaticiens ont de bons atouts et des perspectives dévolution de carrière bien plus alléchantes. Et puis comme le remarque le vice-président de LANIT, Andreï Aranovitch, le coût de la vie en Russie et incomparable à celui aux états-Unis. Ainsi il est difficile de dire si dun point de vue économique, on est perdant ou gagnant.