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Eric Leser

La très lourde facture des retraites et des frais médicaux

Le Monde 20.04.05

General Motors (GM) paye cher un système adopté dans les années 1970. Ses salariés avaient alors consenti à une certaine modération salariale, en échange de quoi le constructeur automobile leur avait promis, pour leur retraite, des pensions et des assurances médicales généreuses : il prenait à sa charge plus de 90 % des frais médicaux de ses salariés retraités et de leurs familles, et autorisait le départ à la retraite après trente ans de travail sans considérations d'âge.

Seulement voilà. Le nombre de retraités est aujourd'hui deux fois et demie supérieur à celui des salariés. Et le coût des médicaments et des soins a explosé. Conséquence, les engagements sociaux de GM, après lui avoir assuré des profits confortables, détruisent désormais sa rentabilité et sa capacité d'investissement. Sur les deux dernières années, le groupe a déboursé près de 30 milliards de dollars pour faire face à ses obligations en matière de retraite et d'assurance médicale. Il dépensera encore 5,6 milliards cette année pour 1,1 million de retraités, à comparer à 3,9 milliards pour 1,2 million de personnes il y a quatre ans.

LE DÉFICIT S'ACCROÎT

Le cas GM n'est pas unique. D'autres groupes aussi importants que Ford et Chrysler, mais aussi IBM, Motorola ou encore Lockheed Martin sont confrontés au même problème. Selon UBS, les fonds de pension des 500 plus grandes entreprises américaines ont un déficit cumulé de 239 milliards de dollars (183,06 milliards d'euros), le plus important jamais calculé, et il continue de grandir. "Les fonds de retraites étaient trop investis en actions volatiles, les rendements obligataires sont insuffisants et les sociétés n'ont cessé de faire de nouvelles promesses sous la pression des syndicats ou du marché du travail", explique Douglas Elliott, président du Centre sur les institutions financières fédérales.

Environ 34 millions de salariés américains du privé sont titulaires d'un fonds de pension dit "défini", qui leur assure une retraite fixe garantie par leur entreprise. Et ce dans les secteurs les plus traditionnels : transport aérien, sidérurgie, pétrole, chimie, pharmacie...

Les autres ont souvent, dans les années 1990, opté pour des fonds de pension dont les performances sont liées à la Bourse. Dès lors, la tentation est grande, pour ces entreprises, de se mettre sous la protection de la loi sur les faillites ­chapitre11 ­ qui leur permet d'abandonner leurs obligations envers leurs anciens salariés.