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Céline
Anaya Gautier
Les esclaves de la zafra
Courrier international - n° 787 - 1er déc. 2005
Céline Anaya Gautier a pu sintroduire dans quelques-uns de ces sinistres camps de travail grâce à deux prêtres, les pères Christopher Hartley et Pierre Ruquoy, qui travaillent quotidiennement sur le terrain pour aider et défendre ces sans-papiers réduits en esclavage.
Chaque année, en novembre, cest le même scénario. Des rabatteurs parcourent les villages haïtiens et font miroiter les avantages dune saison de travail bien rémunérée dans lautre partie de leur île, en République dominicaine. Et ils sont un peu plus de 20 000, chaque année, à tomber dans le piège. Pris en charge par des passeurs qui leur prennent leurs papiers , ils franchissent la frontière avec la complicité de la police haïtienne et sous le contrôle discret des fonctionnaires dominicains. Ils sont alors convoyés en autocar vers les immenses domaines sucriers où ils vont effectuer la zafra (la récolte). Cest là quils découvrent le sort qui leur est réservé. Leur travail : couper la canne à la machette, puis la ramasser, pendant quinze heures par jour. Leur salaire : de 45 à 80 pesos (soit moins de 1,60 euro en moyenne) par tonne. Or les travailleurs les plus robustes et les plus expérimentés ne parviennent à en couper quune tonne et demie par jour. Pis, ils ne touchent leur argent que tous les quinze jours, sous forme de bons de ravitaillement à utiliser dans la boutique du domaine. Autant dire que les coupeurs de canne sont très vite obligés de sendetter pour subsister. Quant aux conditions dhébergement, elles sont tout aussi scandaleuses. Hommes, femmes et enfants vivent pour la plupart à même le sol, sans matelas ni sommier. Pas de cuisines ni même de toilettes dignes de ce nom dans ces baraquements surpeuplés. Et puis il y a les menaces quotidiennes de violence. Ceux qui tentent de fuir ces ghettos pour rentrer chez eux, en Haïti ce qui est quasiment impossible sans papiers didentité , sont vite rattrapés par les gardiens, qui nhésitent jamais à frapper avec leur machette. Résultat : une bonne partie des hommes sont condamnés à finir leurs jours dans cet enfer. Certains y sont depuis plus de quarante ans
Dans une plantation proche de la frontière haïtienne
Photo : Céline Anaya Gautier
En cas daccident, les ouvriers qui ne peuvent plus travailler
sont tout bonnement expulsés de la plantation. Photo :
Céline Anaya Gautier
Dans une plantation près de Barahona. Chaque coupeur
reçoit un numéro matricule. Inscrit sur un bout de
canne, ce numéro sert à identifier, au moment du
pesage, le tas de cannes que chacun a coupé pendant la
journée. Photo : Céline Anaya Gautier
Nombreux sont les coupeurs qui portent des vêtements offerts
par des organisations humanitaires. Photo : Céline Anaya
Gautier
Les vieux qui ne peuvent plus travailler ne bénéficient
daucun système de soutien ou de retraite. Ils
dépendent donc de la générosité des plus
jeunes et des ONG pour leur subsistance. Photo :
Céline Anaya Gautier