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Alexandra Schartzbrod
L'Europe s'alarme du trafic humain
Libération 25 septembre 2004
Droits de l'homme. L'OSCE exhorte les Etats à mieux protéger les «esclaves modernes».
En ce début de XXIe siècle, le trafic d'êtres humains reste une activité florissante, notamment en Europe. Selon les estimations de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), plusieurs centaines de milliers de personnes, dont 75 % de femmes et notamment de très jeunes filles, font l'objet de trafic sur le Vieux Continent. Cette forme moderne de l'esclavage générerait des revenus d'au moins 1 milliard d'euros par an, un volume qui correspondrait à celui engendré par le trafic de drogue, souvent lié à celui du commerce d'êtres humains. De plus en plus préoccupée par ce phénomène, qui a pris de l'ampleur avec l'ouverture des frontières et l'accroissement des inégalités socio-économiques au sein et entre les Etats d'Europe, l'OSCE a décidé cette année de lancer une importante campagne. A l'occasion d'une conférence qui a réuni, jeudi et vendredi à Helsinki (Finlande), 150 experts internationaux, elle a exhorté les gouvernements à améliorer la protection des victimes de l'immigration illégale forcée ou du trafic d'êtres humains.
Cibles. «Nous savons que ce trafic est une terrible violation des droits humains, une forme d'esclavage, dans l'industrie du sexe mais aussi dans le travail», a déclaré à l'ouverture de la réunion Christian Strohal, directeur du bureau de l'OSCE pour les institutions démocratiques et les droits de l'homme. «Nous aimerions voir une amélioration de ces droits humains.» Les 55 Etats membres de l'OSCE sont quasiment tous touchés par ce trafic, en tant que pays d'origine, de transit ou de destination.
Quelles sont les principales cibles des trafiquants ? Les jeunes Européennes de l'Est attirées dans des réseaux de prostitution sévissant en Europe de l'Ouest, certains groupes d'hommes pour des travaux agricoles, et parfois aussi des enfants même si ce trafic-là est plutôt le propre de continents comme l'Asie ou l'Afrique (lire ci-contre). «Le problème, c'est que ces victimes sont souvent difficilement identifiables, d'où notre difficulté aussi à en évaluer le nombre avec précision. Car les gouvernements ont tendance à les considérer comme de simples immigrants illégaux, ils ne voient pas que ces personnes ont été forcées à entrer dans le pays», explique Bärbel Uhl, experte de l'OCDE dans la lutte contre le trafic d'êtres humains. «Ce n'est pas seulement le trafiquant qui est regardé comme un criminel par les Etats, mais aussi la personne victime du trafic qui est souvent perçue comme illégale, alors qu'en fait nous devrions chercher à la protéger et à l'assister», précise Christian Strohal.
Au lieu de se contenter d'améliorer les droits des victimes, les experts de l'OCDE ne feraient-ils pas mieux d'attaquer le problème à la source et lutter contre le trafic lui-même ? «Protéger les victimes, et surtout leur offrir des conseils juridiques et une possibilité de réinsertion, c'est le meilleur moyen de les pousser à poursuivre les trafiquants en justice», affirme Bärbel Uhl. Selon elle, ce système s'est révélé efficace, notamment en Italie, où une législation antitrafic basée sur l'intégration sociale a permis de démanteler des réseaux. «L'idée est par ailleurs de confisquer au trafiquant l'argent amassé grâce à son commerce afin de l'empêcher de continuer. Mais on ne peut y parvenir que si le crime est déclaré, et donc si la victime est en état de témoigner.» A l'heure où le terrorisme international pousse les gouvernements à durcir plutôt qu'à assouplir leur législation, la protection des victimes de ce commerce n'est-elle pas utopique ? «Si les Etats veulent lutter contre le crime organisé, c'est le seul moyen», affirme Bärbel Uhl.
Coopération. Pour rendre son action plus efficace, l'OSCE a fondé, en juillet à Vienne, l'Alliance contre le trafic de personnes qui regroupe des organisations intergouvernementales et des ONG. Objectif : améliorer la coordination et la coopération sur le terrain afin d'identifier les victimes, et améliorer leur intégration sociale, leur accès à la justice et leurs droits à des compensations financières.
http://www.liberation.fr/page.php?Article=241250
En Afrique, les premières victimes sont les enfants
Par Alexandra SCHWARTZBROD
Selon le Bureau international du travail (BIT), 250 millions d'enfants de 5 à 14 ans sont mis de force au travail dans le monde. Un tiers de ce trafic se passe en Afrique où les enfants des rues hantent les capitales, dressés à mendier par des marabouts qui les arrachent à leurs parents au prétexte de leur donner une éducation. «Ils sont plus de 30 000 rien qu'à Dakar, en provenance du Mali, du Burkina Faso ou des villes pauvres de l'intérieur du pays, et ce chiffre ne cesse d'augmenter», raconte Serigne Lahbib Ndiaye, psychologue et président de l'Asdepa (Association sénégalaise pour le développement de la psychologie appliquée). «Ces enfants n'ont accès à rien. Ils sont en rupture de milieu, et sont voués à devenir des délinquants. Les Etats préférant nier le problème ou s'en accommoder, rien ne bougera sans la société civile. A l'Asdepa, on aimerait rompre cette chaîne de la quête de la pitance quotidienne en montant un espace où ces enfants pourraient aller et venir à leur guise.» Le 21 mai, une artiste française, Nathalie Viekhoff, a réussi après six mois d'acharnement à amener de France 100 kg de peinture à Dakar pour offrir aux enfants des rues une journée de simple plaisir. Une vente du millier de dessins ainsi réalisés devrait être organisée bientôt au profit d'Artemise, l'association créée pour soutenir ces enfants.