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Mohamed Akisra
La mendicité à Casablanca
L'Economiste de Casablanca, 9/9/2004
Des enfants «loués» à 50 DH la semaine! 15% des enfants utilisés dans la mendicité nont aucune parenté avec les mendiants - Un plan daction sera mis en place pour lutter contre ce fléau
Fini les mendiantes avec des petits bébés entre les bras? Le ministère du Développement social, de la famille et de la solidarité a décidé de leur donner la chasse. Véritable fléau social, la mendicité exploitant les enfants ne sera plus tolérée. Un plan daction pour la lutte contre ce phénomène à Casablanca a été élaboré, explique Abderrahim Harouchi, ministre du Développement social, de la famille et de la solidarité, lors dune réunion tenue mardi dernier à la wilaya du Grand Casablanca.
Le programme de lutte contre la mendicité à Casablanca commence par la chasse aux mendiants qui exploitent des enfants pour sétaler à toutes les autres formes de mendicité et intéresser dautres villes. Une période de deux mois est fixée pour évaluer la première étape de ce programme.
Peu détudes ont été menées, en fait, pour évaluer lampleur et les dégâts de ce phénomène. Seuls les résultats de celle de la Ligue marocaine pour la protection de lenfance informent de la gravité de la situation.
Le plan daction de lutte contre cette forme de mendicité vise en premier lieu le retrait des enfants du circuit de la mendicité en sensibilisant les familles et en impliquant un maximum dacteurs sociaux et dassociations dans les actions de réinsertion sociale des enfants et de leurs familles.
Le plan est élaboré selon plusieurs étapes. Les enfants exploités seront «ramassés» avec laide des agents de lautorité locale et dune assistante sociale de lEntraide nationale. Ces enfants seront ensuite transférés vers le centre daccueil de Tit Mellil. Sur place, un dossier avec photo de lenfant et de la mendiante est constitué.
Ils subiront des examens médicaux afin détablir leur état de santé et connaître la nature des produits tranquillisants dont ils ont été victimes. Une assistante sociale les prend en charge afin didentifier leurs familles. Si le lien de parenté nest pas établi avec la personne accompagnatrice et que sa famille nest pas identifiée, dautres modalités de prise en charge seront étudiées. Lassistance sociale essayera de réinsérer la mendiante. En cas de récidive, la loi sera appliquée à légard de cette dernière. La première étape de ce plan de lutte contre la mendicité est la mise à niveau du centre social Dar El Kheir de Tit Mellil. Pour cela, le ministère du Développement social, de la famille et de la solidarité a signé une convention avec la Ville de Casablanca pour la gestion de ce centre situé dans la commune rurale de Sidi Hajjaj.
Créé en 1999 sur une superficie de 12 ha, le centre a une capacité daccueil est de 648 places. Il héberge actuellement près de 1000 pensionnaires. Ce sont des SDF, des mendiants, des vagabonds, des personnes âgées et des personnes atteintes dhandicaps mentaux et physiques.
Le centre connaît actuellement de nombreuses difficultés, à savoir labsence dun personnel qualifié et suffisant, linsalubrité des locaux et labsence de programmes dinsertion socio-économique. Une autre lacune: mettre en commun des personnes saines et des personnes malades.
La mise à niveau du centre prévoit, entre autres, lamélioration des services dispensés par le centre, la formation des cadres et travailleurs sociaux et la réinsertion des pensionnaires.
Près de 15% des enfants exploités dans la mendicité et dont lâge ne dépasse pas 7 ans, nont aucun lien de parenté avec leurs accompagnateurs. Le tiers souffrent de maladies chroniques, de malnutrition et sont endormis avec divers tranquillisants. Le coût de la location dun enfant varie entre 50 et 100 DH la semaine alors que leurs exploitants gagnent jusquà 100 DH la journée.
Cest ce qui ressort dune étude sur la mendicité des enfants âgés de moins de 12 ans dans la wilaya de Rabat-Salé Skhirat-Témara. Létude a été menée par la Ligue marocaine pour la protection de lenfance, en collaboration avec lEntraide nationale et lappui technique du ministère de la Santé.
Dans la catégorie des enfants âgés entre 8 et 12 ans, 70% (75% sont des garçons et 25% des filles) sont des mendiants permanents. La totalité des enfants nest pas satisfaite de sa situation. Un tiers ne mange pas à sa faim et ils sont souvent victimes de maltraitance et de violence.
Dautre part, 81,3% de personnes affirment avoir de la compassion pour ces mendiants, 10,4% ressentent du dégoût, 4,5% de la haine, 46% sont obligés de leur donner laumône et 50% donnent de laumône quotidiennement.
Mohamed AKISRA