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Trafics de personnes et d'organes humains - People and Human Organs Trafficking - Tráficos de personas y organos humanos

 

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Edison Kurani

Albanie : un réseau de trafic d’organes d’enfants dans les milieux diplomatiques ?

Korrieri : 13 mai 2004

L’Ambassade de Grèce à Tirana a expédié à la police de Thessalonique un rapport secret portant sur un sordide réseau de trafic d’organes d’enfants, qui fonctionnerait de l’Albanie vers la Grèce et l’Italie. Le rapport, qui donne froid dans le dos, affirme que des « enfants de Tirana ont été assassinés et leurs organes sont partis pour l’Italie et la Grèce dans les valises diplomatiques de fonctionnaires albanais » et évoque des histoires macabres de cercueils vides ou contenant des enfants dépecés.

Mise en ligne le 19 mai 2004 dans le Courrier des Balkans traduit par Mandi Gueguen


Un ministre albanais et quelques diplomates seraient au cœur d’un réseau de médecins et de « courtiers » italiens, grecs et albanais, lesquels vendraient les organes d’enfants de Tirana après les avoir tués. Cette horreur a été rendue publique hier pour la première fois par la publication du rapport secret de l’Ambassade grecque à Tirana dans les pages du quotidien grec Ta Nea. Le rapport révèle nombre de détails sur l’organisation et les membres du réseau, ainsi que sur les cliniques mises en cause à Durres, Fier et Thessalonique. La Justice grecque a ouvert une enquête à Thessalonique et a pris en main le rapport. L’enquête se poursuit, en collaboration avec les autorités albanaises et italiennes.

Le rapport raconte que cet odieux commerce aurait débuté en 1994 et que les victimes provenaient surtout de l’orphelinat de Tirana. Néanmoins, des enfants de familles pauvres ou atteints de maladies mentales auraient également été impliqués. Les organes étaient prélevés dans trois cliniques : à Fier, à Durres et dans une ville du centre de la Macédoine dans la région de Thessalonique. Le nom d’un gynécologue grec circule, mais le quotidien Ta Nea ne parle que des « mesures administratives et pénales que lui ont coûté certaines effractions par le passé ».

Les « mineurs étaient transportés en Grèce clandestinement afin de les soumettre aux prélèvements d’organes, organes vendus ensuite à des patients en attente d’une greffe. Dans certains cas, les prélèvements étaient pratiqués dans des cliniques en Albanie », apprend-on dans le sinistre rapport. « Certains enfants de l’orphelinat de Tirana ont été assassinés en 1998. Sous l’insistance de membres de leurs entourages, des cercueils ont été ouverts pour constater que les corps portaient les traces évidentes de chirurgies - quand ces cercueils n’étaient pas simplement vides », peut-on y lire plus loin.

Le cerveau de ce « monstrueux » trafic - pour citer le quotidien grec - semble être « un médecin italien, qui serait aussi professeur à la Faculté de Médecine d’une université régionale ». Le rapport indique que cet « universitaire italien aurait tissé des liens avec des médecins albanais et grecs », mais aussi avec d’anciens diplomates et d’anciens fonctionnaires de l’État albanais. Ces derniers se seraient chargés du transport des organes de l’Albanie vers l’Italie dans des valises diplomatiques - ce qui leur évitait les contrôles : ils « transportaient les organes dans des sacs de plastique remplis d’azote », précise encore le rapport. Ces détails auraient été confirmés depuis par les autorités albanaises et italiennes lors des enquêtes. Le rapport ajoute que « les procès criminels n’ont pas commencé car l’enquête n’est pas terminée en Grèce ».

L’affaire avait commencée l’an dernier lorsque Donika Hajdini, une Albanaise de 40 ans vivant à Korça et déjà mère de 5 enfants, avait informé les autorités albanaises qu’elle avait été payée pour mettre au monde un enfant dans une clinique de Thessalonique, afin de le donner en adoption. Une enquête a alors mené à la découverte de la contrebande d’organes, poursuit le rapport selon lequel les enquêteurs albanais auraient de bonnes raisons de croire que « des individus impliqués dans ces adoptions clandestines ont joué un rôle privilégié dans le trafic d’organes d’enfants ».

L’Albanaise de Korça avait reçu des membres du réseau une avance de 715 €. La fille dont elle a accouchée fut déclarée mort-née et inscrite officiellement comme enfant biologique de la femme qui l’avait « achetée ». D’après l’enquête, la mère n’a jamais reçu le reste de l’argent promis lors de l’entente initiale, tandis que l’intermédiaire tentait de la convaincre de répéter l’expérience.

Suite à cette dénonciation, Nazmi Kreka et Floresha Hoxha ont été arrêtés à Korça et condamnés à 18 et 15 ans d’emprisonnement, avec trois autres personnes accusées de vente de nouveaux nés. À l’issue de ces diverses enquêtes, les autorités albanaises sont arrivées à la conclusion qu’ils se trouvaient en face d’un réseau de trafic d’organes d’enfants dont la base se trouverait en Italie.

(Correction : Stéphane Surprenant)