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Il y a plusieurs
sortes de crimes ; les plus
spectaculaires - ceux qui nous plongent dans l'effroi et
nous glacent le sang - ne sont pas nécessairement les
plus dangereux pour les démocraties.
Plus sournoisement, la criminalité financière
prospère. Ignorant celle-ci, l'opinion est surtout
sensible à la montée de la petite
délinquance et à la multiplication des zones
de non-droit. Le petit voleur à la tire ne doit
pourtant pas escamoter le truand de haut-vol, qui agit
souvent en gants blancs, mais qui fait beaucoup plus de
tort. Car plus elle brasse de capitaux, plus cette grande
délinquance menace l'économie globale.
Tableau: "Les
différents niveaux de capacité
criminelle"
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Quelques chiffres...
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Traite des humains
84 milliards de francs
Source Interpol
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Trafic d'animaux
100 milliards de francs
source WWF
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Piratage
informatique
100 milliards de dollars pour les seuls
USA
Source Trésor
fédéral
américain
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Piratage
informatique
100 milliards de dollars pour les seuls
USA
Source Trésor
fédéral
américain
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Le
visage nouveau de la
criminalité
Il y a encore quelques
dizaines d'années, la délinquance
était vite identifiée ou bien
localisée. Vivant en marge, elle
était la part d'ombre de toute
société. Quoique richissime et pourvu
d'une milice privée, un grand trafiquant
évoluait dans une sorte de sanctuaire
doré. Mais on croyait encore à la
volonté inébranlable de quelques
flics intrépides qui se chargeaient de faire
passer ces hors-la-loi de vie à
trépas. Aujourd'hui, la lutte contre les
mafias est devenue très complexe: comment
distinguer les amis des ennemis et comment,
soi-mÍme, ne pas en Ítre, fut-ce
à son insu, l'un des rouages?
"Le crime est devenu un
sous-produit de l'économie globale que
chacun sert, peu ou prou, à son insu ou de
son plein gré", avoue le magistrat Jean de
Maillard, auteur d'un atlas très
documenté sur les féodalités
mafieuses. Comme son auteur le souligne, le plus
gros danger réside dans le fait que la
criminalité est désormais soutenue
par la finance moderne. La suppression des
frontières économiques et l'abolition
des contrÙles a permis à cette
économie parallèle de
pénétrer complètement
l'économie globale en moins de 20 ans.
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Selon l'ONU,
les revenus additionnés des organisations criminelles
transnationales sont de l'ordre de 6000 milliards de francs.
Un montant équivalent au PNB cumulé de
l'ensemble des nations les plus pauvres. Ce chiffre est
encore en dessous de la réalité. Car il prend
en compte les détournements, les trafics, les rackets
; Mais ne mesure pas la part croissante des investissements
réalisés par les mafias dans l'économie
mondiale.
Quels
crimes?
Le problème se complique
lorsqu'on pose cette question: toutes les
activités illégales sont-elles
criminelles?
En effet, il faut différencier ces deux notions ; car
si elles ont recours aux même techniques, aux
mÍme intermédiaires et aux mÍme
circuits, elles ne sont pas de mÍme nature. On
constate pourtant avec ce schéma, que la
frontière qui les sépare est souvent
floue.
Tableau: "La
gamme des activités
illégales"
L'argent de la
drogue est évidemment le secteur le mieux connu de
l'économie criminelle, bien que sa
véritable étendue soit difficile à
établir. Voilà comment se
répartissent les 400 milliards de narco
dollars, profit du trafic des drogues. La
moitié est consommée par les revendeurs
situés au bas de l'échelle, qui
réutilisent leurs bénéfices pour se
réapprovisionner. Le reste est recyclé et
réintégré dans l'économie
légale par les gangs mafieux.
Tableau: "La
répartition des produits de la
drogue"
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Comment
blanchit-on l'argent sale?
Le blanchiment,
c'est l'art de rendre le crime invisible.
Il existe un mécanisme de blanchiment pour
chaque besoin. La seule règle d'or est de
pouvoir justifier le niveau de vie que l'on
affiche. Selon Jean de Maillard, il faut distinguer
le blanchiment élémentaire du
blanchiment sophistiqué.
1/ Pour des
sommes d'importance faible ou moyenne, le
gain de jeu simulé peut Ítre
une technique simple de
blanchiment. Les truands raffolent des
établissements de jeu, mais ces derniers ne
permettent pas de blanchir des sommes
énormes.
2/ A partir d'un certain
niveau, il existe des techniques
sophistiquées. Le commerce des
objets d'art est l'une des plus utilisée et
des moins contrÙlable, l'identification des
objets d'art étant difficile et leur valeur
subjective. Les fausses ventes aux
enchères sont notamment très
utilisées par les mafias.
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Quelques chiffres...
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Recyclage des yakusas aux
USA
6 milliards de francs
Source GAFI
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Contrefaçon sur les
médicaments
7% du marché soit
80 milliards de francs
Source OMS
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Contrefaçon
commerciale
Entre 3% et 9% du commerce
international,
soit entre 150 et 470 milliards de
dollars
Source ministère de
l'Economie et des Finances
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C.A. des organisations
mafieuses italiennes
250 milliards de francs
Source parquet anti-mafia de
Palerme
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C.A. de la criminalité
organisée aux USA
300 milliards de francs (1,1% du PNB)
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Le
problème posé par les zones
franches.
Pour mesurer à quel point
l'économie criminelle a pénétré
l'économie légale, remarquons qu'elle
s'attaque désormais à tirer profit de la
frange la plus pauvre de la population. "Du dealer de
banlieue jusqu'aux banques du Luxembourg, la boucle est
bouclée". L'économie légale
crée des circuits qui lui échappent. C'est le
problème posé par les zones franches en
France. Ces dernières, créés en 1997,
sont des sortes de paradis fiscaux du pauvre. Elles
octroient aux entreprises qui s'y trouvent des
exonérations fiscales et sociales. Elles devraient
localement permettre une relance de l'activité
économique ; Mais l'inquiétude réside
aussi dans le fait que l'immunité dont elles
jouissent pourrait permettre à des activités
économiques illégales de s'installer. En
effet, les entreprises du tissu légal pourraient
blanchir les trafics qui voient le jour dans la
périphérie, favorisant le développement
d'une délinquance de mieux en mieux organisée,
ce contre quoi précisément on
prétendait lutter en les instaurant.
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Toutes les illustrations
sont tirées de l'ouvrage de Jean de
Maillard
"Un Monde sans
Loi", Stock, 150 F.
Préface d'Eva Joly et
Laurence Vichnievsky.
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