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Environnement hostile - Hostile environment - Entorno hostil |
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Claire Tréan
De 800000 à 900000 personnes seraient enrôlées chaque année, d'après le département d'Etat américain
Le Monde 16.08.03
Le département d'Etat américain a publié récemment son troisième rapport annuel sur le trafic d'êtres humains dans le monde et les réseaux internationaux d'enrôlement de femmes, d'hommes et d'enfants dans le commerce sexuel ou le travail forcé de type esclavagiste. L'étude distingue ces organisations des réseaux d'immigration clandestine. "Ce trafic non seulement continu, mais il est en expansion à l'échelle mondiale", constate le rapport. Les trafiquants exploitent la misère dans une impunité quasiment assurée, en raison du manque de volonté politique des gouvernements pour les poursuivre ou de leur manque de moyens pour lutter contre la criminalité de type transnational.
Selon des évaluations américaines récentes, de 800 000 à 900 000 personnes par an seraient enrôlées dans ces réseaux internationaux, entre 18 000 et 20 000 d'entre elles ayant pour destination les Etats-Unis. Les Nations unies estiment que les revenus dégagés par ce type de criminalité atteignent entre 7 milliards et 10 milliards de dollars par an.
Les trafiquants recrutent leurs victimes là où règne la pauvreté, mais aussi là où des situations de conflit ou de transition forment un terrain propice. "Les changements politiques soudains, les crises économiques, les troubles et conflits armés internes ainsi que les catastrophes naturelles accroissent les risques pour un pays de devenir pourvoyeur de victimes du trafic, les populations déplacées étant particulièrement vulnérables", indique le rapport du département d'Etat, en mettant en exergue le phénomène d'exploitation des enfants à des fins militaires, sexuelles ou autres dans les situations de vide du pouvoir où, parfois, seuls les groupes armés font la loi.
C'est à la demande du Congrès américain, en vertu d'une loi adoptée en octobre 2000, que le département d'Etat établit chaque année ce rapport sur les pays pourvoyeurs de victimes et les pays de destination, ainsi que sur les mesures prises par les gouvernements pour lutter contre ces trafics. Le document classe les pays en trois groupes, en fonction des efforts qu'ils font en termes de prohibition, de répression, d'investigation contre les réseaux de traite. Ceux qui sont épinglés comme ne luttant pas assez énergiquement contre ce fléau s'exposent, pour la première fois cette année, à des sanctions américaines s'ils ne prennent pas de mesures avant le 1er octobre, Washington menaçant de suspendre ses aides bilatérales et de s'opposer à ce que ces pays bénéficient du soutien des institutions financières internationales comme le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale.
LA LISTE NOIRE
Quinze pays sont mis à l'index par le département d'Etat : Belize, Bosnie-Herzégovine, Birmanie, Corée du Nord, Cuba, Géorgie, Grèce, Haïti, Kazakhstan, Liberia, Ouzbékistan, République dominicaine, Soudan, Suriname, Turquie.
Cette liste noire a provoqué des protestations. La Grèce, par exemple, s'est élevée, par la voix du porte-parole du gouvernement, contre "des allégations totalement injustes et inacceptables, qui ne reconnaissent pas les sérieux efforts du gouvernement en la matière". La Grèce est présentée par le département d'Etat comme un pays de destination où auraient abouti, en 2002, 18 000 personnes, pour la plupart mineures, originaires de l'ex-bloc communiste et vouées à la prostitution. "Des femmes arrivent aussi d'Asie, d'Afrique et d'autres pays ; dans certains cas, elles sont ensuite envoyées vers Chypre, la Turquie, le Moyen-Orient. Bien que certaines sources estiment que le trafic des enfants a décru, le problème persiste, les enfants albanais constituant la majorité de ceux qui sont contraints au travail forcé, y compris le vol et la mendicité."
Déjà mise en cause par le précédent rapport américain, Athènes a renforcé, l'automne dernier, sa législation contre les trafiquants et adopté des mesures en faveur des victimes. Le département d'Etat lui reproche néanmoins les lenteurs de la justice, notant qu'aucune condamnation n'a encore été prononcée contre des policiers, alors que la complicité de certains secteurs de la police est connue.
La Turquie, elle aussi, a réagi, en faisant valoir qu'elle avait adopté des mesures spécifiques qui se sont traduites par une diminution du trafic d'êtres humains. Ces mesures "radicales" n'ont "pas été prises en compte" par le département d'Etat dont le rapport "ne repose pas sur des données objectives", a déclaré le ministre turc des affaires étrangères, en exprimant "tristesse et déception" à voir le nom de son pays figurer dans la liste noire américaine. La Corée du Nord a, de son côté, estimé que son classement dans cette liste relève de "l'hostilité américaine contre notre République, qui touche ici au ridicule".
8,4 MILLIONS DE MINEURS
Le Monténégro est classé parmi les pays qui, bien que ne répondant pas encore aux "standards internationaux", font des efforts et échapperont donc aux sanctions. Pourtant, à peine le rapport américain était-il paru que la justice monténégrine renonçait à poursuivre quatre personnes, dont l'adjoint au procureur d'Etat, soupçonnées de traite d'êtres humains. Cette décision de non-lieu dans une affaire qui faisait grand bruit sur place a provoqué des réactions indignées des organisations non gouvernementales (ONG) et du représentant de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) en Serbie-Monténégro.
Le rapport du département d'Etat n'est que l'une des initiatives prises au niveau international pour tenter d'enrayer un phénomène en expansion. L'Organisation internationale du travail (OIT) et le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef), par exemple, ont de nouveau récemment attiré l'attention sur le trafic des enfants en particulier, contre lequel ils mènent campagne. Selon l'OIT, 8,4 millions de mineurs en sont victimes dans le monde, qu'ils aient été vendus dans leur pays ou "à l'exportation" comme esclaves ou prostitués.