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A.L. (avec Mandi Gueguen) :
KOSOVO - Rebondissement dans l'affaire du trafic d'organes présumé
Courrier international - 3 nov. 2008
La justice serbe a présenté "de nouvelles preuves" à la procureure albanaise Ina Rama d'un trafic d'organes présumé. Ces organes auraient été prélevés sur des prisonniers conduits du Kosovo en Albanie en 1999. De Belgrade à Pristina en passant par Tirana, l'affaire n'en finit pas de faire des vagues.
Le livre de Carla Del Ponte,
procureure du Tribunal pénal international pour
l'ex-Yougoslavie (TPIY), La chasse, moi et les criminels de
guerre (La Caccia), révélait que l'Armée de
Libération du Kosovo (UCK) s'était livrée
pendant la guerre de 1999 à un trafic d'organes de prisonniers
serbes, prélevés dans le nord de l'Albanie et
expédiés à l'étranger. L'ex-procureure,
qui avoue ne pas avoir pu obtenir la preuve de ses
allégations, mettait néanmoins en cause de hauts
dirigeants de l'UCK, notamment l'actuel Premier ministre Hashim
Thaçi, qui a vigoureusement démenti ces
accusations.
L'affaire s'était quelque peu fait oublier, jusqu'à la
visite à Tirana, le 27 octobre, du procureur serbe pour les
crimes de guerre Vladimir Vukcevic, où il a rencontré
de hauts responsables de la justice albanaise. "Nous avons
apporté de nombreuses nouvelles informations et preuves", a
expliqué le magistrat serbe, qui a qualifié cette
rencontre sans précédent de "succès", même
si les deux parties ont eu des "évaluations opposées"
des faits en cause dans ce dossier. Il n'en fallait pas plus pour
qu'Express,
le principal quotidien de Pristina, ne dénonce ce début
de coopération serbo-albanaise qui, vu du Kosovo, ne peut que
faire le jeu de Belgrade. Depuis le 17 février 2008, cette
ancienne province serbe majoritairement albanophone s'est
déclarée indépendante de la Serbie, une
indépendance reconnue par la plupart des pays occidentaux mais
pas par les puissances émergentes, telles la Chine, l'Inde ou
la Russie. "En aidant la Serbie, l'Albanie alimente la propagande qui
clame que l'UCK aurait perpétré des crimes contre les
Serbes du Kosovo", explique le rédacteur en chef
d'Express, Berat Buzhala, cité par le quotidien
albanais Koha
Jone.
La polémique a en effet rapidement gagné les
médias albanais, qui n'avaient au départ pas
accordé beaucoup d'importance à cette rencontre. "Le
livre de Carla Del Ponte amène le procureur Vladimir Vukcevic
à Tirana", écrit le journal Metropol,
en soulignant que la procureure générale albanaise, Ina
Rama, a reçu officiellement son homologue serbe qui demandait
à inspecter toute la zone de Mati (dans le nord du pays,
où aurait eu lieu le trafic d'organes). C'est l'ambassade
américaine à Tirana qui a servi de médiateur
à la rencontre serbo-albanaise, rappelle Metropol.
Koha Jone explique pour sa part que la procureure albanaise a
rejeté la demande serbe d'ouvrir une enquête en arguant
de l'absence de nouvelles preuves depuis l'enquête
effectuée en 2004 par les autorités locales et des
experts du TPIY. Le parquet albanais s'est déclaré en
revanche "prêt à coopérer" avec le TPIY si le
tribunal voulait rouvrir des enquêtes en Albanie.
Le principal quotidien serbe Politika
relate lui aussi ce refus, mais en fournissant la longue liste
d'éléments nouveaux, tous accusant la partie albanaise,
apportés à Tirana par les magistrats serbes.
"D'après nous, il existe suffisamment de preuves pour ouvrir
une enquête en Albanie. Il s'agit de faits encourant la
qualification de crimes de guerre, et qui impliquent peut-être
le crime organisé", a indiqué Bruno Vekaric,
porte-parole du procureur serbe chargé des crimes de guerre.
Après le refus de Tirana, les autorités de Belgrade
comptent désormais saisir l'Assemblée parlementaire du
Conseil de l'Europe pour faire toute la lumière sur cette
affaire, poursuit Politika.