Jay Barney
" Firm resources and sustained compétitive
advantages"
Journal of management: 1991 Vol 17, No 1, 99-120
Compte-rendu
de lecture par Evelyne Dabiré
dans le cadre
du cours de Relations humaines dans les affaires internationales, hiver 2002,
programme de maîtrise en gestion internationale, Faculté des sciences de
l'administration de l'Université Laval,
Professeur Gérard Verna
De nos
jours, les entreprises, quelque soit leur domaine d’activité, évoluent dans une
monde de libre et forte concurrence , où la victoire appartient à celles qui
savent se démarquer des autres.
Jay Barney, s’inspirant des
travaux de plusieurs auteurs, essaye de définir à travers son article les
éléments qui peuvent être sources d’avantages compétitifs ‘’soutenus’’ pour l’entreprise.
De nombreuses recherches ont déjà été faites sur le sujet, mais contrairement à
celles-ci qui se basaient sur des modèles environnementaux ( modèles se
reposant sur l’analyse des opportunités et les menaces de l’environnement de
l’entreprise), les recherches actuelles dont nous parle l’auteur se sont basées
sur l’analyse des forces et des faiblesses interne de l’entreprise. Un lien a
donc été fait entre les ressources de l’entreprise, notamment son capital
physique, humain et organisationnel, et les avantages concurrentiels soutenus
dont elle bénéficie.
D’abord,
qu’est ce qu’un avantage compétitif soutenu?
Il s’agit de la
traduction de l’expression anglaise «sustained competitive advantages»
On dira qu’une entreprise possède des avantages compétitifs lorsqu’elle
réussit à mettre en place des stratégies créatrices de valeurs, qui ne sont
mises en place par aucun de ses concurrents. Ces avantages deviennent des
avantages compétitifs soutenus lorsque les concurrents de l’entreprises sont
incapables de copier ces stratégies. Cette définition met en exergue deux
points essentiels, à savoir, que la notion d’avantage compétitif soutenu n’est
pas seulement liée à la durabilité de cet avantage, mais aussi à l’incapacité
des concurrents présents et futurs à dupliquer les stratégies de l’entreprise
qui lui permettent d’obtenir cet avantage .
L’auteur affirme qu’en général, dans une économie donnée, les
entreprises n’ont aucune possibilité d’obtenir des avantages compétitifs
soutenus lorsque les ressources y sont mobiles et distribuées de manière
homogène.
Car, il serait facile d’une part, pour toutes les entreprises de mettre
en place les mêmes stratégies pour améliorer leur efficacité et leur efficience
si elles disposent de ressources homogènes, et d’autre part de se procurer les
ressources nécessaires pour copier les stratégies intéressantes des concurrents
si les ressources sont mobiles.
Il est donc nécessaire pour comprendre les avantages compétitifs
soutenus et leurs sources de construire un modèle théorique en partant de la
supposition que les ressources des entreprises sont hétérogènes et immobiles.
Deux objections principales
ont été émises à ce sujet.
·
·
Les auteurs Lieberman
et Montgomery en introduisant la
notion de «first mover» soutiennent qu’une entreprise qui met en place la
première des stratégies peut bénéficier d’un avantage compétitif soutenu par
rapport aux autres.
·
·
Les auteurs Caves
et Porter affirment quant à eux, que même si les ressources des entreprises
à l’intérieur d’un même groupe sont homogènes, l’existence de fortes barrières
à l’entrée permettent aux entreprises de ce groupe d’obtenir des avantages
compétitifs soutenus par rapport à celles qui ne sont pas dans le groupe.
Jay Barner, répond à ces objections en mettant en avant le fait que, pour être capable de concevoir avant toutes les autres entreprises concurrentes une stratégie efficace, une entreprise doit disposer d’informations privilégiées. L’information étant considérée comme une ressource de l’entreprise, ceci rend ses ressources différentes de celle des autres entreprises. De plus, les barrières à l’entrée n’existent que si des entreprises concurrentes disposent de ressources hétérogènes et immobiles. Sinon les entreprises ‘’lésées’’ auraient pu acquérir les ressources nécessaires à l’élaboration des stratégies leurs permettant d’entrer dans le groupe privilégié.
Toutes les ressources de
l’entreprise ne sont pas sources d’avantages compétitifs soutenus. Les
ressources de l’entreprise, pour êtres sources d’avantages compétitifs
soutenus, doivent avoir les quatre attributs suivants :
·
Elles doivent
être de grande valeur, c’est à dire permettre à l’entreprise de
concevoir des stratégies qui amélioreront son efficience et son efficacité.
·
Elles doivent
être rares chez les concurrents, sinon ceux-ci risquent avec les mêmes
ressources de réussir à copier, et ce, en peu de temps les stratégies de l’entreprise
bénéficiant de ces avantages.
·
Elles doivent
être imparfaitement imitables, car il faut que les concurrents ne
disposant pas des ressources permettant l’élaboration de stratégies créatrices
de valeur ne puissent pas s’en procurer. Les ressources peuvent être
imparfaitement imitables, pour une ou trois des raisons suivantes.
-
- Son histoire unique qui peut lui donner un
savoir-faire ou une tradition difficilement imitable. Selon le modèle de
ressources, l’habilité de l’entreprise à acquérir et exploiter certaines
ressources dépend de sa place dans le temps et l’espace.
-
- L’ambiguïté de cause qui existe quand le lien
entre les ressources contrôlées par l’entreprise et les avantages compétitifs
soutenus n’est pas compris. Dans ce cas, il est difficile pour celui qui tente
de copier les stratégies de l’entreprise à succès de savoir quelle ressource
imiter. L’entreprise elle-même dans ce cas doit être dans la même ambiguïté que
ses concurrentes quant à la source de cet avantage, sinon il y a possibilité de
divulgation des informations.
-
- La complexité sociale. Certaines ressources
telles que les relations interpersonnelles, la réputation de l’entreprises
peuvent être de véritables phénomènes sociaux, difficilement imitables.
·
Elles ne
doivent pas avoir de substituts stratégiques. Il ne doit donc pas
exister la possibilité pour les concurrents de l’entreprise de mettre en place
à l’aide de ressources similaires ou différentes les mêmes stratégies que
l’entreprise à succès.
L’article définit de manière
très clair ce qu’un avantage compétitif soutenu, et les conditions que doivent
remplir les ressources de l’entreprise pour en être la source. On a néanmoins
l’impression que ces définitions et conditions ne siéent pas très bien à la
réalité, car s’il est facile d’apprécier la valeur et la rareté d’une
ressource, il n’est pas aussi facile que cela de juger de la capacité des
autres à la copier ou à lui trouver des substituts.
En parlant de l’ambiguïté
causale, la définition de l’article exige que l’entreprise se trouve dans la
même ignorance que ses concurrents quand à la source de ses avantages
compétitifs. Il ne s’agit donc pas d’avantages compétitifs mis en place par les
stratégies de l’entreprise. Comment peut-on donc discerner et considérer comme
avantages compétitifs soutenus des éléments que l’on ne peut ni contrôler, ni
influencer pour améliorer la position de l’entreprise?
Une critique peut aussi être faite quand à la
théorie de «first-mover advantage», qui contredit le fait que la notion de
temps ne soit pas primordiale dans celle des avantages compétitifs soutenus,
car dans le cas de l’homogénéité, étant donné que toutes les entreprises
disposent des mêmes ressources, les autres auront vite fait de copier la
stratégie du «first-mover». Cette théorie remet en question la définition même
de la notion d’avantages concurrentiels soutenus telle que définie dans
l’article.
Tout ceci pour dire que les conclusions
auxquelles l’auteur aboutit, si elles divergent de celles des autres auteurs,
sont propres d’une part à la technique utilisée et d’autre part aux définitions
qu’il donne des différents concepts dont il a discuté. Pour obtenir des
résultats objectifs qui serviront les intérêts de tous, il faudrait donner des
définitions universelles des termes, faire une analyse aussi bien de
l’environnement interne qu’externe de l’entreprise pour déterminer les sources
des avantages compétitifs soutenus.