Nic Beech & James
McCalman
"
Sex, Lies and Videotropes: narrative and commitment in high technology
teams"
Journal of Applied Management Studies,
Vol: 6 Iss: 1 Jun 1997
Compte-rendu de lecture par Sandra Giang
dans le cadre du cours de Relations humaines dans les affaires
internationales, hiver 2002,
programme de maîtrise en gestion internationale, Faculté des sciences de
l'administration de l'Université Laval,
Professeur Gérard Verna
La participation et
l’implication active des employés sur les lieux de travail sont des vertus de
plus en plus recherchées en gestion des ressources humaines. Pour cela, Nic
Beech et James McCalman préconisent la méthode « narrative ». Selon
ces auteurs, les récits (comme les symboles) influencent le comportement et la
culture de l’équipe de travail en véhiculant des normes à respecter. Par sa
propagation progressive, les histoires deviennent rituelles. Conséquemment, les
employés sont plus susceptibles d’accepter les changements souhaités voire
imposés par les supérieurs car les récits apportent des réponses à leurs
questionnements et à leurs doutes. Aussi, les récits contribuent à
l’accroissement des compétences techniques du groupe. En somme, une narration
rhétorique a des impacts sur les modes de performance et la manière dont
l’équipe se perçoit et apporte des éléments de réponse à la raison d’être du
groupe.
L’utilisation
croissante des technologies telles que la téléconférence, la télémédecine, etc.
augmente l’efficacité de la méthode narrative car les images, les symboles et
les discours sont simultanément transmis à une audience plus large et plus
éloignée. D’ailleurs, les managers ne cessent pas de vanter les mérites de leur
contribution dans le management organisationnel.
Cependant, les récits
peuvent également semer les discordes, et plus spécifiquement ceux dans le
secteur de la haute technologie. L’incohérence entre les discours et les
actions remet en cause la crédibilité de l’équipe managériale (qui se laissent
parfois « aveugler » par leurs ambitions), entraînant alors une
incompréhension ou une mauvaise interprétation des employés des comportements à
adopter, des croyants et des normes à respecter.
Afin de soulever et
dénoncer la controverse autour de ce sujet, les termes « sex »,
« lies » et « videotropes » sont employés
intentionnellement par les auteurs.
-
« Sex » pour la
popularité accordée au nouveau concept de management alors que cela n’a pas
toujours lieu d’être.
-
« Lies » pour le manque
d’engagement des managers révélé par une divergence entre ce qui est dit et ce
qui se fait, mais, cela est masqué grâce à la technologie.
-
« Videotropes » pour l’image
positive ou négative des employés ou des managers qui se dégage instantanément
et conformément à la réalité via la téléconférence.
Deux cas ont été
analysés pour illustrer cette polémique. Une première étude s’est faite auprès
de l’équipe de travail de la société « Reutors » et une deuxième au
sein de l’hôpital international situé en Ecosse « Health Care
International ». Ces deux
organisations ont fait appel aux technologies de pointe pour améliorer leur
gestion des ressources humaines, en vue d’accroître l’engagement des employés
dans leur fonction et la performance de l’organisation dans son domaine
d’activité. Les résultats obtenus ne sont pas toujours ceux auxquels les
managers attendaient.
Reutors fournit des
informations financières à 150 pays. Ses designers développent d’excellents
outils d’informations, mais souvent, trop sophistiqués pour les utilisateurs.
Afin de changer leurs habitudes, la firme utilise la téléconférence. Grâce à
cette dernière, les designers assistent en direct aux tests réalisés par des
utilisateurs ne possédant que très peu de compétences informatiques. De ce
fait, ils sont plus conscients des difficultés rencontrées et peuvent de cette
façon ajuster et adapter les nouveaux outils. La nouvelle technologie a donc
facilité la communication et est bénéfique à la fois au client, à l’entreprise
et à l’équipe de travail, qui est plus enthousiaste et apte à revoir sa méthode
de conception.
Quant à Health Care
International, la télémédecine permettrait de traiter les maladies les plus
compliquées, de servir une zone géographique plus large et surtout d’assouvir
les ambitions démesurées de l’équipe managériale. Cette technologie devrait
donner la possibilité de faire des consultations à distance, limitant alors des
transferts inutiles tout en améliorant le suivi des patients. Cependant, son
application n’est pas envisageable dans l’immédiat (bien que les managers
ambitieux prétendent le contraire) en raison, entre autres, du mauvais état
financier de l’hôpital, du coût de formation du personnel et des incertitudes
de la fonctionnalité du système. On constate donc une contradiction entre les
symboles projetés et la réalité, pouvant engendrer une interprétation sceptique
des employés et des clients.
En conclusion, on
peut dire que susciter l’intérêt des employés sur les lieux du travail n’est
pas toujours une tâche facile, et notamment celui des salariés dans le domaine
de la haute technologie. D’autres recherches sont nécessaires. Cependant, la
présente étude montre que les managers doivent s’assurer, au moins, que les
images et les symboles véhiculés au sein du groupe soient justifiés et
cohérents. L’action, la connaissance et le langage doivent se coïncider et se
corréler.
On constate ainsi que
la technologie n’est plus un secteur isolé. Elle est impliquée de plus en plus
dans diverses activités d’une organisation. Les technologistes doivent
travailler davantage en relation avec les patients et les utilisateurs. Ceci
limite donc leurs marges de manœuvre. Désormais, avant de concevoir et réaliser
une nouvelle technologie, ils doivent mettre en oeuvre des procédures
d’information, expliciter leurs choix, fournir des renseignements sur les
applications qu’ils développent, etc. Aussi, ils doivent intégrer dans leur
projet la dimension humaine à laquelle ils prêtaient à peine attention dans le
passé.
Concernant le milieu
hospitalier, les managers doivent raisonner plus en terme social et moral
qu’économique et accepter l’idée que la technologie ne peut pas remplacer
l’ensemble des pratiques de la médecine. Le vieillissement de la population est
un des facteurs encourageant le développement des technologies avancées pour se
prémunir des coûts, etc. Cependant, la vieillesse peut être aussi considérée
comme la fin d’une souffrance ou d’une maladie. Les personnes âgées doivent être
regardées davantage comme une ressource et non comme un problème financier.