Anthony Ferner
"Country of origin effects and HRM in multinational companies"
Human Resource Management Journal, Vol:7 Iss: 1; London, 1997
Compte-rendu de lecture par Karine Morin
dans le cadre du cours de Relations humaines dans les affaires internationales, hiver 2002, programme de maîtrise en gestion internationale, Faculté des sciences de l'administration de l'Université Laval, Professeur Gérard Verna
Un sujet très actuel mais pour le moins controversé est abordé dans l’article de Anthony Ferner. Il fait suite à la constatation de l’auteur du manque de structure analytique dans les études et recherches menées afin d'analyser l'effet du pays d'origine sur la gestion des ressources humaines des multinationales à l'étranger. On relève les faiblesses de différentes études conduites de par le monde sur le sujet, du vide littéraire actuel existant, des problèmes reliés à la méthodologie de recherche, de l'importance de l'influence du système national sur la conduite des affaires et des liens de ce dernier avec le comportement des firmes multinationales à l'étranger.
Deux écoles de pensées s'affrontent sur le sujet de l'influence du pays d'origine. D'un côté, on retrouve les protagonistes défendant la théorie que, à cause de la mondialisation, les entreprises deviennent de plus en plus des instances apatrides et que l'influence du pays d'origine est de moins en moins présente. De l'autre côté, les défendeurs de l'importance du pays d'origine dans la gestion des multinationales prétendent que même la plus globale des compagnies demeure enracinée dans le système national de gestion de son pays d'origine.
Afin de supporter ces deux pôles, l'auteur s'en tient à une énumération éphémère des études qui traitent du sujet en soulevant leurs argumentations respectives, bien que s'apparentant plus à des généralisations entre trois grandes régions de comparaison c'est-à-dire les multinationales américaines, européennes et japonaises. Selon lui, les études fourniraient un appui substantiel à la notion qui soutient que la nationalité du propriétaire est un déterminant significatif du comportement des multinationales dans la gestion de ses ressources humaines. Une autre conclusion générale qui ressort des recherches serait que la nationalité se manifeste plus en relation avec certains aspects que d'autres comme par exemple, la détermination des salaires, les heures de travail ainsi que la formation feraient face bien souvent à un environnement réglementé; ce qui les rend moins enclin à subir l'influence de la maison-mère alors que le développement managérial et la communication risqueraient davantage d'être imprégnés des facteurs définissant le pays d'origine.
L'auteur soulève également la problématique de la méthodologie de recherche souvent basée sur une enquête par questionnaire auprès des multinationales. Le taux de réponse se chiffrant au alentour des huit à neuf pour cents rend les résultats peu significatifs étant donné la faible taille de l'échantillonnage. On y argumente également que, bien que jouant un rôle prédominant dans l'économie internationale, les multinationales européennes sont souvent analysées en groupe uniforme faisant fi des différences même au sein de la communauté européenne rendant ainsi les comparaisons trop généralistes et peu éloquentes.
Certaines bases de réflexion sont également soulevées tout au long de l'article nous laissant toutefois quelque peu perplexe sur la façon dont on pourrait en dégager des réponses explicites. Par exemple, est-ce que les multinationales agissent à titre de véhicule pour transmettre les pratiques de gestion des ressources humaines de la maison mère au pays hôte ou cherchent-elles à éviter les contraintes du système dans leur pays d'origine? Est-ce que les pratiques commerciales à l'étranger des multinationales ne seraient pas le résultat du degré d'internationalisation des firmes? Par exemple, le fait que les Japonais optent pour une approche d'utilisation des expatriés dans leurs filiales outres-mers serait le résultat de l'internationalisations tardives des firmes du pays du soleil levant et non une caractéristique intrinsèque de la nation d'origine. Si tel est le cas, il faudrait alors comparer des firmes de même âges avec une structure et des stratégies similaires, etc. En occurrence, les recherches actuelles, ayant comme objectif l'étude de l'influence du pays d'origine sur la gestion des ressources humaines dans les compagnies multinationales, n'en tiennent pas compte. Nous pouvons donc dégager une difficulté au niveau des firmes cibles à étudier et parmi lesquelles nous pourront établir des comparaisons non-biaisées; ce qui soulève encore une fois le problème de la méthodologie de recherche mentionné précédemment.
L'article suggère donc en quelque sorte un point de départ pour une analyse de l'effet du pays d'origine sur la gestion des ressources humaines des multinationales, en considérant comme hypothèse de base que les entreprises sont ancrées dans un ensemble de caractéristiques uniques définissant le système national de gestion de leur maison mère. Cependant, la correspondance entre les éléments du système national de gestion et les comportements des multinationales ne sont pas parfaitement corrélés puisque, premièrement, certains éléments ne sont pas exportables, étant profondément enracinés dans les croyances culturelles du pays souche. Deuxièmement, les pays hôtes présentent, à différents degrés, des obstacles à l'importation d'éléments particuliers des systèmes de gestion étrangers et changeront vraisemblablement les fondements de ceux qui seront transférés. En ce sens, deux axes de recherches sont donc proposés. Le premier, se concentrant sur des questions importantes en ce qui a trait à la façon des multinationales de différentes nationalités de gérer leurs ressources humaines internationalement, analysera des éléments tels les formes de gestion d'entreprises, les systèmes de contrôle, les tendances culturelles nationales, etc. Pour ce qui est de l'autre axe, explorant et définissant les différences dans la dynamique des systèmes nationaux, il s'attardera à savoir si les multinationales ne seraient pas les premières responsables de l'homogénéisation des systèmes nationaux et de l'érosion des différences du pays d'origine en transmettant leurs pratiques en-dehors de leurs frontières nationales.
En conclusion, la lecture de cet article nous laisse perplexe étant donné que plusieurs sujets y sont abordés en surface et que le portrait dressé de la situation n'est pas très clair. Il s'agit d'un article dont on cherche encore parfois le propos. Bien qu'intéressant, on l'associe parfois à une plaidoirie de déjà-vu pour laquelle on en dégage aucune recommandation significative et dans laquelle on se noie dans les trop nombreuses références aux études antérieures. Toutefois, la recherche faite par l'auteur est indéniable malgré qu'il s'en tienne trop souvent à une seule phrase d'une étude qui, tirée de son contexte, n'est pas nécessairement ce qui facilite le plus la compréhension du lecteur.