Andy W. Chan, "Managing Human Resources across the Border: Two Cases of Hong Kong-based Joint Ventures in China"

Andy W. Chan

"Managing Human Resources across the Border: Two Cases of Hong Kong-based Joint Ventures in China"

International Journal of Management, Vol: 16 Iss: 4, December 1999

Compte-rendu de lecture par Isabelle Ouellet

dans le cadre du cours de Relations humaines dans les affaires internationales, hiver 2002,
programme de maîtrise en gestion internationale, Faculté des sciences de l'administration de l'Université Laval,
Professeur Gérard Verna

 

Introduction

Bien que chinois et hongkongais partagent à la base le même héritage culturel plus que millénaire, leur exposition à des systèmes économiques différents a modifié cette culture commune. Ainsi, les hongkongais ont dû se familiariser avec les méthodes de gestion occidentales sous le règne du capitalisme imposé par l’empire britannique, tandis que les chinois ont pendant longtemps été isolés du reste du monde sous le joug du communisme, ce qui a permis aux méthodes de gestion traditionnelles de se maintenir sans grandes modifications.

Comme les hongkongais investissent massivement en Chine depuis une vingtaine d’années et s’y rendent de plus en plus pour gérer leurs affaires, on peut se demander si leurs méthodes de gestion des ressources humaines peuvent être appliquées en Chine. C’est ce que tente de découvrir l’auteur de l’article à la lumière des expériences vécues par deux entreprises manufacturières hongkongaises possédant au moins une usine en sol chinois. La première compagnie (V) fabriquait des vêtements et était une co-entreprise née de l’alliance d’une entreprise publique chinoise et d’un industriel hongkongais (qui en avait le contrôle presque total). La deuxième (P) fabriquait des produits électroniques et était une filiale entièrement détenue par une multinationale de Hong Kong. L’auteur examine brièvement les problématiques touchant le recrutement de même que la gestion de la rémunération et de l’évaluation de la performance, problématiques affectant l’organisation et les relations de travail.

Recrutement

Pour fonctionner, les entreprises ont évidemment besoin de personnel. Pour en recruter, la compagnie V n’a pas employé de méthode structurée et objective. Les gestionnaires hongkongais ont demandé aux gestionnaires locaux d’embaucher des jeunes filles via des agences gouvernementales d’emploi, ainsi que des travailleurs un peu plus spécialisés dans des écoles techniques et ce, dans différentes régions chinoises où les salaires étaient faibles. Cependant, étant donné que les recruteurs se basaient principalement sur leur jugement et leur intuition, plusieurs travailleurs se sont révélés être de mauvais choix, ce qui a entraîné un taux de roulement du personnel atteignant presque 70% par année.

Par contre, la compagnie P a eu recours aux pratiques de recrutement de la multinationale de Hong Kong. Afin d’assurer une plus grande impartialité, les recruteurs devaient suivre un processus de sélection formel composé de tests de sélection et d’un certain processus de prise de décision. De plus, des travailleurs embauchés provenaient principalement de la même région de Chine et étaient relativement plus qualifiés que ceux de la compagnie V. À peine quelques gestionnaires et professionnels de l’extérieur de cette région furent aussi recrutés. Ces pratiques de recrutement étaient différentes de celles généralement pratiquées en Chine et les gestionnaires locaux ont pris un peu de temps à s’adapter, mais ils ont reconnu leur efficacité. Le taux de roulement avoisinait alors les 40%.

Rémunération et gestion de la performance

Recruter le personnel n’est pas tout : il faut aussi le rémunérer et évaluer sa performance pour éventuellement le récompenser. Les gestionnaires de la compagnie V n’avaient pas vraiment d’expérience en cette matière et se basaient sur des observations subjectives pour évaluer tous les employés. Ils leur offraient les salaires les plus bas possibles afin de maximiser la profitabilité de l’entreprise; l’évaluation ne servait pas à déterminer leur traitement salarial. De plus, les incitations à travailler davantage se résumaient à un bonus annuel et la permission de faire du travail supplémentaire pour augmenter leur salaire, puisqu’ils étaient rémunérés au nombre de pièces produites. Selon les gestionnaires hongkongais, comme ce système fonctionnait, il n’y avait pas lieu de le changer.

La situation était nettement différente dans la compagnie P, où des pratiques systématiques de rémunération et d’évaluation avaient été directement importées de Hong Kong. Pour l’évaluation des travailleurs, leurs superviseurs immédiats rédigeaient les rapports mais devaient le faire contresigner par d’autres superviseurs. La rémunération était quotidienne et mensuelle et établie en fonction de ces évaluations. Le processus était plus transparent, plus objectif, et les travailleurs chinois appréciaient cette façon de procéder, bien qu’elle différait de ce à quoi ils étaient habitués. Ces méthodes se sont révélées être efficaces.

Organisation et relations de travail

Évidemment, les méthodes de gestion des ressources humaines ont eu des impacts sur l’organisation et les relations de travail. La compagnie V a rencontré deux obstacles majeurs. Premièrement, la diversité culturelle chez les travailleurs a entraîné des problèmes de favoritisme et d’injustice. Les gestionnaires hongkongais, qui avaient ignoré les disparités culturelles au sein même de la Chine lors du recrutement, ont alors dû séparer leur main-d’œuvre en fonction des régions ou villes d’origine pour régler partiellement les conflits. Deuxièmement, les relations entre certains superviseurs et travailleurs étaient tellement bonnes que des problèmes de performance étaient souvent passés sous silence pour ne pas nuire à ces relations. Ces deux sources de problèmes ont passablement entravé la productivité et la rentabilité de l’entreprise. Elles auraient pu être atténuées en grande partie si un système clair et objectif de gestion des ressources humaines avait été mis en application dans l’entreprise.

La compagnie P, qui avait des descriptions de postes détaillées et des méthodes de sélection et d’évaluation rigoureuses, s’est butée à des ennuis un peu moins graves, principalement dus au manque d’initiative et d’idées des travailleurs qui auraient pu améliorer le fonctionnement de l’entreprise. Les chinois n’étaient tout simplement pas à l’aise de donner leurs idées puisqu’ils considéraient que les patrons étaient là pour en trouver. En plus, les gestionnaires locaux n’étaient pas très doués pour les communications, ce qui a miné le travail d’équipe et la productivité. Les gestionnaires hongkongais ont dû trouver des façons d’augmenter la participation de tous les employés au processus décisionnel et les inciter à donner leurs avis et suggestions, ce qui n’était pas nécessaire avec des travailleurs hongkongais.

Conclusion

Les deux expériences étudiées par l’auteur l’amènent à déclarer que les méthodes de gestion hongkongaises – que ce soit les méthodes autoritaires et subjectives de l’industriel ou les méthodes plus objectives imposées aux gestionnaires locaux de la filiale – peuvent s’appliquer en Chine, mais les résultats obtenus et les problèmes rencontrés diffèrent. Par contre, des modifications visant à adapter les pratiques hongkongaises au contexte culturel différent sont impératives.

Cependant, comme on sait que les gestionnaires hongkongais ressemblent bien plus aux gestionnaires occidentaux qu’aux chinois, il est raisonnable de croire que l’auteur aurait pu arriver aux mêmes conclusions en observant les expériences d’autres firmes occidentales s’installant en Chine… Des adaptations dans les méthodes de gestion occidentales doivent être effectuées dans n’importe quel pays pour tenir compte des spécificités locales. L’article est intéressant, certes, mais les conclusions ne sont ni nouvelles ni originales. Le point à retenir est que la justice, la rigueur et la transparence – ici imposées par les techniques hongkongaises de gestion de ressources humaines aux travailleurs chinois – peuvent et devraient prévaloir pour augmenter les chances de succès à long terme en Chine, comme l’indique le plus grand succès de la compagnie P.