US multinationals and human resource management: Evidence on HR practices in European subsidiaries

Cleveland, Jeanette N; Patrick Gunnigle; Noreen Heraty; Michael Morley; Kevin R Murphy : IBAR; Dublin; Volume 21, Issue 1, 2000. Pages 9-27

 

 

Résumé

 

Les différentes pratiques en gestion des ressources humaines

 

D’un continent à l’autre, gestionnaires et employés sont confrontés à des pratiques en matière de gestion des ressources humaines et de relations industrielles hétérogènes. Dans ces domaines d’activités, deux approches diamétralement opposées se confrontent sur la question de l’approche optimale à mettre en œuvre dans une entreprise.

 

D’une part, l’approche orientée sur le «collectivisme», adoptée en grande partie par les pays de l’Union Européenne. Elle se caractérise par une reconnaissance élevée des syndicats et, par conséquent, par la négociation et l’acquisition collective des conditions de travail. D’autre part, l’approche « individualiste » adoptée par les États-Unis, se définit par des pratiques fortement orientées vers l’individu et vers l’exploitation de ses ressources.

 

Ces théories, confirmées par certains chercheurs, amènent l’auteur Jeanette N. Cleveland à poser cette problématique dans un contexte particulier. Effectivement, ses recherches ont confirmé avec succès l’hypothèse qu’il existe une distinction évidente entre les pratiques de GRH des filiales des corporations multinationales (CMN) européennes de celles des CMN américaines opérant en territoire européen.

 

S’adapter ou s’imposer : quel  facteur influence l’approche ?

 

Lorsque vient le moment pour les multinationales américaines de s’établir en pays européen, elles sont confrontées à la question suivante : doivent-elles imposer leurs pratiques de gestion ou, au contraire, s’adapter aux normes et pratiques du pays hôte ?  En réaction à cette problématique, l’auteur a posé l’hypothèse de l’encadrement institutionnel comme facteur de prédiction d’adaptation aux normes du pays hôte. Il a ainsi conclut que le degré d’adaptation de la filiale était directement proportionnel au niveau de réglementation législatif du pays hôte européen.

 

De plus, il émerge de l’étude que de manière générale, les filiales des CMN américaines s’adaptent, à différents degrés, à la culture hôte. Par conséquent, on observe que ces filiales installées dans les pays européens s’apparentent plus fortement aux organisations locales qu’aux organisations américaines types. L’analyse confirme également la perception répandue que les dirigeants d’une filiale américaine sont plus enclins à imposer leurs pratiques lorsque leur siège social est situé aux États-Unis que s’il était situé en Europe.

 

Par ailleurs, l’auteur rappelle que les filiales états-uniennes ne se confondent pas entièrement aux organisations locales puisque tel que mentionné précédemment, on parvient à distinguer leurs approches de celles des autres filiales établies sur le même territoire hôte. Conséquemment, elles conserveraient cette essence qualifiée « d’individualiste » qui leur est propre dans leurs pratiques de GRH.  

 

Commentaire critique

 

Il est logique de constater que des pays s’étant développés dans des contextes différents aient adopté des valeurs et des façons de faire qui leurs soient propres et que par conséquent, cette singularité se reflète dans leurs pratiques de GRH et de relations industrielles. À la lumière de cette évidence et puisque la globalisation des marchés est une réalité pour encore plusieurs années à venir, déterminer du besoin d’adaptation requis pour une multinationale qui implante une filiale en pays étranger est une problématique toujours pertinente en 2007.  

 

Hors de tout doute, il existe une proportion d’investisseurs américains qui n’hésitent pas à se tourner vers le marché européen pour s’internationaliser. En effet,  «les États-Unis sont les investisseurs étrangers les plus importants en Irlande » [Tansey, 1998]. « L’Allemagne et la Grande Bretagne attirent également un nombre considérable d’investisseurs américains » [Cleveland, 2000]. Il est donc tout à fait légitime de s’interroger sur l’adaptation des multinationales américaines en sol européen. Néanmoins, il aurait été intéressant de mettre en relation des données plus hétérogènes impliquant des multinationales de différentes origines, établissant leurs filiales sur des continents différents. Si tel avait été le cas, on aurait pu conclure plus rigoureusement du lien entre adaptation d’une filiale et niveau de réglementation du pays en éliminant tout facteur de biais.

 

La relation entre pratiques de GRH, relations industrielles et niveau de réglementation est somme tout assez logique. En effet, dans un contexte syndical où l’état encadre fortement les relations de travail, les pratiques locales finissent inévitablement par influencer les pratiques des filiales étrangères. Cela s’explique d’une part parce que les partis patronaux et syndicaux sont influencés par leur fédération locale et d’autre part, parce que les permanents syndicaux négocient également d’autres conventions collectives locales ce qui vient nécessairement déterminer leurs références en matière de conditions de travail. Au quotidien, l’application des clauses des conventions collectives viendront incontestablement influencer directement ou indirectement les pratiques et normes en GRH.       

 

Certains facteurs intéressants d’un point de vue managérial ne sont malheureusement pas mis en évidence dans le présent article. Premièrement, on ne fait pas référence à l’efficacité d’une approche d’accommodation versus d’imposition. De plus, la question du facteur temps n’est pas abordée malgré la forte probabilité de son rôle à jouer dans le niveau d’adaptation de la filiale. L’idée principale de l’article, la relation entre adaptation et réglementation, permet à tout le moins l’évaluation par un critère relativement objectif du niveau d’adaptation requis pour l’implantation d’une filiale. Dans un contexte pratique, cette information est précieuse puisqu’elle facilite l’évaluation du risque que représente l’opération d’implantation d’une filiale et qu’elle permet de déterminer des besoins qui y seront requis.

 

Étude réalisée par Élise Guimond dans le cadre du cours GIE 64375 « Relations humaines dans les affaires internationales » 2007, programme de MBA en gestion internationale de l’Université Laval, professeur Gérard Verna.