Human resource management strategies under uncertainty

How do US and Hong Kong Chinese companies differ?

 

Dail Fields, Andrew Chan, Syed Akhtar, Terry C. Blum

 

Cross Cultural Management: An International Journal

Volume 13 Number 2 2006

 

L’article explore l’utilisation de trois stratégies de gestion des ressources humaines auprès de 158 entreprises américaines et de 66 entreprises chinoises de Hong Kong. Une étude a été menée afin de voir de quelle manière ces stratégies sont déployées pour contrecarrer l’incertitude, et ce, dans un contexte de raréfaction de la main d’œuvre sur le marché du travail local.

 

Ces trois stratégies sont :

 

  • La supervision et l’évaluation des employés
  • L’utilisation de la main d’œuvre interne
  • La formation et le développement des employés actuels

 

La gestion des ressources humaines est souvent un avantage comparatif difficile à répliquer pour l’entreprise. Cette gestion peut aussi refléter les valeurs culturelles des gestionnaires et des employés. Il est posé comme hypothèse que le facteur culturel puisse jouer un rôle déterminant quant au choix d’une stratégie en particulier.

 

Les Américains et les Chinois divergent culturellement concernant la distance hiérarchique, l’individualisme versus le collectivisme et la vision de l’horizon temporel, soit le court terme ou long terme. Ces différences culturelles ont tendance à influencer le choix des stratégies managériales à adopter. Par exemple, les Chinois tendent à évaluer les décisions en fonction des risques de pertes, tandis que les Américains les évaluent sous l’angle des bénéfices possibles.

 

Étant donné que l’étude de l’utilisation de stratégies de ressources humaines, dans un contexte de pénurie de main d’œuvre, est relativement peu explorée, les auteurs élaborent leurs pensées à partir des développements théoriques suivants :

 

Dans une culture chinoise, où la distance hiérarchique est élevée, l’augmentation de l’utilisation de la supervision et de l’évaluation des employés peut être vue de façon positive par ces derniers. Ils peuvent considérer que les gestionnaires placent un plus grand intérêt envers eux. Par contre, dans une culture américaine, où la distance hiérarchique est peu élevée, la même stratégie peut être perçue de façon négative. Cette dernière peut être interprétée comme un moyen de contrôle suspicieux de l’employeur qui accentue ainsi la différence entre le patron et l’employé.

 

Dans une culture chinoise collective, l’augmentation de la formation peut être vue comme un symbole que l’entreprise remplit ses obligations morales envers les employés. Cette mesure a pour effet d’augmenter la valeur de ces derniers et de favoriser la cohésion du groupe. Dans une culture américaine individualiste, les gestionnaires sont hésitants à investir dans cette stratégie, car elle augmente la valeur des employés. Dans un marché d’emploi tendu, ceux-ci pourraient être tentés de marchander leurs compétences chez un concurrent.

 

Une plus grande emphase portée sur l’utilisation de la main d’œuvre interne afin de pourvoir à des postes ouverts peut être vue positivement dans une culture chinoise collective. Cela peut être interprété comme une façon que l’entreprise a de valoriser ses employés comme des membres à part entière d’une entité collective. Comme les Américains ont plutôt une vision calculée des relations avec leurs employeurs, ceux-ci pourraient voir avec méfiance l’augmentation de l’utilisation de la main d’œuvre interne. Cette approche pourrait suggérer que les individus sont choisis de façon informelle au lieu d’être sélectionnés pour leurs propres compétences.

 

Les résultats de l’étude démontrent que, confrontées à des incertitudes dans un contexte de raréfaction de la main d’œuvre, les entreprises chinoises augmentent l’utilisation de la main d’œuvre interne, le développement, la formation, ainsi que la supervision et l’évaluation des employés. Dans un même contexte, les Américains réagissent de façon inverse. Ces constats tendent à confirmer les développements théoriques de départ des auteurs.

 

L’interprétation des résultats suggère aussi que les gestionnaires d’une culture individualiste ont tendance à se fier à leurs propres expériences et compétences lorsqu’ils sont confrontés à des incertitudes. Les gestionnaires Américains vont aussi restreindre la circulation de l’information et centraliser le processus de décision. Ces mesures ont pour impact de créer un avantage concurrentiel personnel pour certains individus au sein de l’entreprise.

 

Dans la même situation, leurs homologues Chinois ont plutôt tendance à se fier à des règles et procédures. Il est observé que dans les sociétés collectivistes, une plus grande confiance est portée sur l’organisation et la cohésion de ses membres.

 

Les conclusions de cette étude sont importantes pour les entreprises américaines qui désirent créer une co-entreprise avec des partenaires Chinois. Les Américains doivent être conscients que des différences culturelles peuvent jouer un rôle important dans la bonne gestion des ressources humaines et dans le succès de l’entreprise. Les entreprises américaines qui s’établissent à l’intérieur de sociétés collectivistes doivent agir prudemment lorsqu’ils sont confrontés à un contexte de raréfaction de la main d’œuvre locale. Les employés locaux peuvent anticiper des actions différentes que celles qui ont été implantées dans des sociétés plus individualistes comme les États-Unis.

 

J’entrevois certaines limitations à cet article. Il est mentionné que 66 entreprises chinoises de Hong Kong et 156 entreprises de Géorgie aux États-Unis ont répondu au sondage, mais les auteurs généralisent les résultats à l’ensemble de la Chine et des États-Unis. Je ne suis pas convaincu que seulement 66 répondants de Hong-Kong (anciennement une colonie britannique de culture individualiste) sont totalement représentatifs de l’ensemble des sociétés chinoises. Le même commentaire s’applique à l’état de Géorgie, aux Etats-Unis, pour être totalement représentatif des sociétés américaines.

 

Pour ma part, je trouve que cet article pose des bases importantes quant à la manière de gérer les ressources humaines dans les organisations. Cela met à la lumière du jour deux stratégies complètement opposées.

 

Il est démontré que les sociétés chinoises, issues d’un peuple collectiviste, vont dans des temps plus difficiles réagir en investissant davantage sur le bien-être de l’individu. Elles vont par exemple investir davantage dans la formation, cette mesure a pour effet de renforcer la cohésion du groupe. Cette cohésion est à mon avis, un meilleur moyen de favoriser le succès et la pérennité de l’entreprise.

 

Dans une société individualiste comme celle des États-Unis, nous observons l’effet opposé. Par crainte que les employés profitent de nouvelles compétences pour négocier de meilleurs salaires ou qu’ils proposent leurs services à des concurrents,  les firmes américaines voient d’un moins bon œil le fait d’investir dans la formation des ressources humaines dans un marché du travail tendu. À mon avis, une telle approche égoïste de la gestion des ressources humaines ne favorise pas l’accroissement de la valeur des entreprises et la compétitivité de celles-ci sur les marchés internationaux.

 

 

Étude réalisée par Sylvain Martel dans le cadre du cours GIE-64375 “Relations humaines dans les affaires internationales”. Programme de MBA en gestion internationale de L’université Laval, professeur Gérard Verna.