« Some future directions of human resource
practices in Singapore »
Irene Chew et Mark Goh
Les phénomènes de globalisation et de régionalisation modifient les
pratiques des entreprises de Singapour qui doivent faire face à une concurrence
croissante. Ces changements, conjugués à des particularités internes telles une
main-d’œuvre mieux éduquée, un manque de travailleurs, une population
vieillissante et l’amélioration de la qualité de vie au travail, amènent des
bouleversements quant aux pratiques liées à la gestion des ressources humaines.
L’article de Chew et Goh compile les résultats d’une enquête qui a été
menée sur le sujet et vise à présenter la vision du rôle et des représentations
des fonctions liées aux ressources humaines, à identifier les différentes
pratiques et politiques qui sont appliquées, de même qu’à anticiper ce que
seront ces pratiques dans le futur.
L’enquête a été menée auprès de 408 entreprises parmi lesquelles 190
possèdent un département des ressources humaines et dont la moitié sont des
propriétés locales. 60 % d’entre-elles sont des PME. Le rôle et la représentation
des fonctions des ressources humaines, les politiques et pratiques qui y sont
liées et les particularités des entreprises possédant un département de ressources
humaines seront abordés successivement.
Rôle et représentation des fonctions liées aux ressources humaines
Les principaux acteurs qui travaillent à la gestion des ressources
humaines sont des PDG de compagnies (1/3) qui exercent des fonctions multiples,
des gestionnaires en ressources humaines (25 %) ou des cadres liés à différents
départements. En général, ils sont plutôt jeunes et ont une expérience limitée
dans le domaine, mais ont au minimum l’équivalent d’un diplôme universitaire.
Chaque entreprise a au moins une personne en charge des ressources humaines.
Politiques et pratiques des ressources humaines
Les fonctions qui sont actuellement remplies par ces acteurs sont le
recrutement et la sélection, l’administration du bien-être et des bénéfices,
l’administration salariale, l’évaluation des performances et la communication
avec les employés. Plusieurs fonctions sont cependant délaissées telles les
relations industrielles, les relations syndicales, la promotion de la
productivité, l’évaluation du travail, la planification du plan de carrière et
de la force de travail. Parfois, ce qui
est considéré comme une priorité est paradoxalement beaucoup moins pratiqué. Il
y a donc une certaine inadéquation entre l’idée et la pratique.
Dans le futur, les responsables s’attendent à une augmentation de
l’importance des fonctions de formation et de développement et de planification
de la force de travail et d’un maintien de l’intérêt pour le recrutement et la
sélection, l’administration des salaires et l’évaluation de la performance. Les
plus grands défis seront liés au recrutement et
à la sélection. Pour l’instant, les annonces dans les journaux, les
recommandations, les firmes d’embauche, les entrevues spontanées, les affiches
et les médias de communications, sont les moyens utilisés pour attirer les
candidats. La sélection se fait à l’aide de formulaires d’application, de
références, d’attestation de bonne conduite, d’entrevue et de visite médicale.
70 % des entreprises ont aussi des politiques de promotion interne des
employés.
Formation et développement
83 % des entreprises offrent des formations internes ou externes à leurs
employés. 40 % utilisent de 1 à 4 % de leur masse salariale pour le faire
tandis que 20 % n’y accordent aucun montant.
Systèmes de récompenses et évaluation
Très peu d’entreprises n’ont pas de système de récompenses pour leurs
employés. Celles qui en ont privilégient l’évaluation de la performance
individuelle, où encore de la productivité. Pour les gestionnaires, le partage
des bénéfices est une forme plus courante de reconnaissance.
L’évaluation de la performance se fait, dans la majorité des cas, avec
des barèmes bien définis. Les systèmes de pointage, de classement et de
comparaison sont cependant peu utilisés. Pour les échelons supérieurs, la
fixation de buts et la gestion par objectifs sont des formes plus courantes d’évaluation.
Les relations avec les employés, la communication et la participation.
Les relations entre les travailleurs et les gestionnaires sont fortement
inspirées de la vision plus traditionnelle des ressources humaines, où le rôle
des négociations collectives est central. Il s’agit d’un modèle de coopération
axé sur l’acceptation et le travail d’équipe.
Les communications se font de plusieurs façons. Les messages sur les
babillard sont les plus prisés, suivis des réunions départementales et
finalement des lettres individuelles. Cependant, tous les sujets ne sont pas
abordés avec la même ouverture. Les salaires, le plan de carrière et les
besoins en formation sont des sujets qu’on tente d’éviter.
La participation est aussi stimulée de plusieurs façons : les
cercles de qualité, les consultations et les systèmes de suggestions sont mis
de l’avant, de même que les rapports sur l’attitude des employés et les groupes
de restructuration du travail.
La gestion de la force de travail correspond aussi à une pratique de 70
% des entreprises et se fait soit en collaboration entre le département des
ressources humaines et un autre département impliqué ou encore indépendamment
du premier.
Les systèmes d’informations sont aussi en plein développement et l’informatisation
de la gestion de la masse salariale et des registres est de plus en plus
utilisée.
Les entreprises ayant un département de ressources humaines
C’est donc un portrait très complet des différents aspects liés aux ressources
humaines qui a été dressé. Il nous présente l’état des lieux et les tendances
futures qui sont à venir. Pour avoir une idée plus claire de ce que l’avenir
réserve à la gestion des ressources humaines, il est très intéressant de mettre
en relief les particularités des entreprises qui ont un département des ressources
humaines. Ces dernières sont particulièrement efficaces en la matière et sont
mieux outillées pour améliorer leur compétitivité.
D’abord, il faut noter qu’elles comptent pour 190 des 408 entreprises
étudiées dans la présente enquête et qu’elles sont généralement de grande
envergure. L’existence de ce département implique évidemment qu’il y ait des
gestionnaires ou des cadres de ressources humaines. Les innovations et
avantages que permet leur structure sont nombreux :
-
Plus de précision dans la détermination des qualifications requises pour
les professionnels des ressources humaines
-
Les fonctions sont plus diversifiées comme les relations industrielles,
les relations syndicales, la promotion de la productivité, l’évaluation de
l’emploi, la planification du plan de carrière et de la force de travail
-
Le système de gestion des ressources humaines est souvent mieux
consolidé
-
Les entrevues spontanées sont plus utilisées pour l’embauche des
travailleurs
-
Une plus grande confiance pour la sélection avec les tests de personnalité,
les références, les formulaires, les tests de performance, les entrevues et les
examens médicaux
-
Pour les entrevues, les groupes « panel » et les entrevues
multiples sont plus courants
-
La structure organisationnelle et les promotions possibles sont mieux
identifiées
-
Meilleures opportunités de formation et dépenses plus importantes
-
Les évaluations de la performance sont plus courantes
-
Des méthodes de communication supplémentaires peuvent être
utilisées : carnet de bord, bulletins d’informations, vidéo, représentant
syndical, etc.
-
Les activités qui visent a stimuler la participation des employés sont
plus nombreuses : cercles de qualité, groupes de travail autonomes,
comités consultatifs entre travailleurs et gestionnaires
-
Meilleure dotation en technologie et meilleure utilisation des systèmes
informatiques
Finalement, lorqu’un département entier est dédié à la gestion des
ressources humaines, l’efficacité de celle-ci s’en trouve améliorée. Cette
structure représente un modèle de développement intéressant des ressources
humaines qui est prometteur pour l’avenir. Il contraste avec la vision
traditionnelle des ressources humaines qui privilégiait uniquement des
fonctions limitées telles l’assistance à l’embauche, la gestion de la masse
salariale et des bénéfices compensatoires.
Conclusion
En conclusion, l’analyse de cette enquête révèle qu’effectivement les
entreprises de Singapour connaissent une mutation importante de leur approche
de la gestion des ressources humaines. Bien qu’elle ne soit pas parfaitement
consolidée, le changement est notable. Le traditionnel laisse tranquillement
place à une vision davantage stratégique, nécessaire dans un monde où la
compétitivité est féroce.
Pour être plus efficace, il faut développer ses capacités dans les
fonctions principales des ressources humaines, c’est-à-dire la sélection, la
planification de la force de travail, la formation et le développement, le plan
de carrière et les compensations. Ceux qui seront les plus en mesure de relever
ces défis seront les entreprises déjà dotées d’un département des ressources
humaines, de même que les entreprises étrangères qui ont déjà une expertise dans
le domaine.
Malgré tout, il reste encore un long chemin à parcourir. Bien que l’on
prenne conscience de l’importance stratégique d’une gestion efficace des
ressources humaines, dans les faits, encore peu de praticiens sont impliqués
dans les décisions stratégiques d’affaires.
Commentaire critique
Le présent article constitue une source d’information intéressante pour
connaître davantage le contexte actuel de la gestion des ressources humaines
dans les entreprises de Singapour. De nombreux aspects sont abordés et appuyés
d’une recherche empirique crédible.
Cependant, il aurait été intéressant d’axer d’avantage l’analyse sur les
changements qui ont eu lieu ces dernières années. Les contrastes n’ont pas été
clairement définis et bien que l’évolution soit notable, la nature de celle-ci
reste quelque peu floue. De même, la vision d’avenir reste aussi entremêlée
avec la situation actuelle, ce qui rend la compréhension de l’analyse plus
difficile. Les différences entre les entreprises locales et étrangères auraient
aussi été pertinentes à détailler, question de connaître mieux les pratiques
spécifiques à la population de Singapour.
Enfin, cet article ayant été écrit en 1997, de nombreux changements se
sont fait depuis. Les phénomènes de globalisation et de régionalisation ont
continué leur évolution et la crise économique asiatique a sûrement modifié la
situation des entreprises à Singapour. Il est donc primordial de compléter les
informations de l’enquête avec des données plus récentes pour avoir une vision
plus représentative de la réalité actuelle.
Étude réalisée par Maude
Boulanger dans le cadre du cours GIE 64375 « Relations humaines dans
les affaires internationales », programme de MBA en gestion internationale
de l’Université Laval, professeur Gérard Verna