Karen Dawn Stuart

Karen Dawn Stuart

"Teens Play a Role in Moves Overseas"

Personnel Journal, Vol: 71 Iss: 3 Mar 1992

Compte-rendu de lecture par Amandine Sabaut

dans le cadre du cours de Relations humaines dans les affaires internationales,

automne 2000,

programme de maîtrise en gestion internationale, Faculté des sciences de l'administration de l'Université Laval,

Professeur Gérard Verna

 

Les entreprises se tournent de plus en plus vers l'international et la mobilité de leur personnel a considérablement augmenté ces dernières années. Les employés expatriés sont pour la plupart des couples dans la quarantaine avec des enfants en pleine adolescence. L'auteur de cet article, Karen Dawn Stuart, elle même expatriée durant son adolescence, souligne l'importance que joue la famille dans une expatriation réussie. En effet, le choc culturel ressenti par les membres de sa famille peut avoir des répercussions négatives sur le travail de l'employé expatrié. Il s'agit donc de prendre en compte l'employé, son conjoint mais aussi ses enfants, particulièrement lorsqu'ils traversent une phase difficile comme l'adolescence. Le succès de l'expatriation dépend ainsi de nombreux petits détails comme celui de réussir à anticiper et surmonter les problèmes d'adolescents confrontés à un déracinement et à l'immersion dans une culture étrangère.

Diverses méthodes ont été élaborées dans le but de permettre une meilleure adaptation dans un pays l'étranger. Les trois points clés d'un programme interculturel de préparation à l'expatriation pour un adolescent sont, selon H. David Lundgren, ancien directeur des ressources humaines de GEMS (General Electric Medical System Group):

  • Favoriser des opportunités de rencontre et de discussion avec des adolescents qui ont vécus eux aussi une expérience d'expatriation.
  • Apprentissage de la langue afin de faciliter la communication dans le pays hôte et de conférer une certaine confiance à l'adolescent qui aura ainsi franchi une première étape d'intégration.
  • Préparation émotionnelle de la famille au départ. L'adolescent doit pouvoir affirmer son choix, ne pas considérer que cette expatriation lui a été imposée par ses parents mais plutôt qu'une opportunité de découvrir de nouveaux horizons se présente à lui.

Cette préparation interculturelle va permettre à l'adolescent de parfaitement assimiler la culture du pays hôte et son bien-être contribuera ainsi à renforcer l'intégration de la famille expatriée. Les parents pourront alors s'investir davantage dans leur travail et la mission sera un succès pour l'entreprise qui pourra profiter d'un retour sur investissement. La préparation interculturelle peut cependant ne pas parvenir à éviter que les problèmes de l'adolescence s'ajoutent à ceux de l'expatriation au sein d'une famille et causent un retour anticipé. La réussite d'une expatriation semble donc reposer en grande partie sur la sélection des futurs expatriés et de leur famille. Il n'existe pourtant pas de famille parfaite, tous les efforts de sélection et de préparation n'excluent pas les risques d'échec.

Les problèmes rencontrés par les adolescents expatriés apparaissent particulièrement quand se pose la question de la scolarité. C'est en effet à l'école que l'adolescent va gérer son adaptation à une culture étrangère et va entamer son processus d'intégration. Cependant, si l'adolescent est assez âgé, l'employé expatrié peut décider de le placer dans un pensionnat où chez des parents résidants dans leur pays d'origine. Ces solutions permettent de ne pas trop bouleverser la vie de l'adolescent et éventuellement de lui éviter certains traumatismes liés à l'expatriation. Parmi ces derniers se trouve la difficulté de réinsertion dans le pays d'origine après une longue absence. Karen Dawn Stuart montre la nécessité que l'adolescent reste en contact avec la vie quotidienne de son pays d'origine, par le biais des médias, d'Internet…. Ceci afin de lui éviter un trop grand dépaysement à son retour.

Le concept de "third-culture kid" est abordé à la fin de cet article. Cette génération d'enfants, dite d'une troisième culture, est toute sa vie en contact avec diverses cultures et ne s'identifie pas avec une culture en particulier Ces enfants souvent plus mûrs que la moyenne développent des traits communs comme une grande ouverture d'esprit, un fort sens de l'indépendance, une habilité linguistique et une meilleure résistance aux crises. Selon Karen Dawn Stuart ces enfants de culture "mondiale" seront les expatriés de demain.

Ce texte soulève des problèmes très différents liés à l'expatriation. En effet le premier souci de l'entreprise qui envoie un employé à l'étranger est le profit financier. Cet expatrié doit être une manne de revenus et l'entreprise va tenter de minimiser ses investissements. Dans un tout autre état d'esprit les parents se soucient essentiellement de l'avenir de leurs enfants et du fait que cette expatriation leur soit bénéfique. Ainsi, partir à l'étranger ne doit pas représenter un handicap dans l'éducation des adolescent expatriés. A ces deux considérations majeures se greffe un problème de fond qui semble aussi difficile à gérer à l'étranger que dans le pays d'origine, c'est à dire la période conflictuelle que représente l'adolescence. Une préparation à l'expatriation, même très complète, peut-elle éviter la remise en question, les attitudes de rebellion et de contestation propres à cet âge?

D'autre part, ce texte adopte un point de vue occidental, plus précisément américain, du problème de l'expatriation. Il est vrai que le choc culturel à lieu quel que soit le pays d'origine, mais les réactions d'un adolescent américain sont elles comparables à celles d'un adolescent africain, par exemple, face à l'expatriation? Ce texte fait ainsi référence au déphasage que traverse un adolescent qui se trouve confronté à une mode vestimentaire, des goûts musicaux différents…. Ces inquiétudes semblent limitées à nos sociétés ultra-matérialistes où le confort prime à la notion d'aventure et à la curiosité intellectuelle. Des petites choses comme la crise d'adolescence revêtent un caractère insurmontable si elles sont vécues dans un contexte étranger où tout n'est peut être pas autant pris en charge que dans le pays d'origine. Cependant, la société occidentale ne tient-elle pas trop compte de l'aspect matériel, oubliant parfois la richesse culturelle et morale que peut emmener l'expatriation ?