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ENTREPRISES
Comme il
est difficile de travailler avec des Français !
"The
Sunday Telegraph"
(Londres)
Le fonctionnement des sociétés tricolores déconcerte les Britanniques. Ils y voient le royaume du formalisme, de la hiérarchie et de larbitraire.
Le récent rachat du
groupe de communication Seagram par Vivendi et labsorption de
Saatchi & Saatchi par lagence Publicis mettent en
lumière le poids grandissant des entreprises françaises
dans léconomie mondiale. Cette montée en
puissance nest nulle part ailleurs aussi évidente
quau Royaume-Uni : la France y représente, avec 13,5
milliards de livres [147 milliards de FF], 11 % des
investissements étrangers, contrôlant 1 600 entreprises
britanniques, soit 250 000 salariés. Quel que soit le secteur
dactivité, on finit tôt ou tard par avoir affaire
à une entreprise française.
Et pourtant, même si la
France est notre plus proche voisin et notre destination de vacances
préférée, il existe toujours un océan de
méfiance et dincompréhension entre les hommes
daffaires des deux côtés de la Manche. Comme le
disait récemment un dirigeant, perplexe après que son
entreprise fut passée dans le giron dun groupe
français, ce sont des gens charmants et
raffinés, mais leurs décisions paraissent arbitraires
et capricieuses. Au début, il nous était impossible de
comprendre pourquoi ils faisaient certaines choses ou ce quils
allaient faire ensuite. Un vrai cauchemar !
Les différences entre les mondes des affaires français
et britannique tiennent non seulement à des raisons
religieuses, qui sont évidentes, mais aussi à des
raisons philosophiques. En France, par exemple, on est bien plus
interventionniste et corporatiste. Les syndicats français sont
régulièrement invités aux plus hauts conciles de
lEtat pour boire un verre et casser la croûte, alors
quun gouvernement britannique, même travailliste, penche
plutôt pour un libéralisme économique à
laméricaine.
Les méthodes sont
également divergentes. Le pouvoir et le monde des
affaires sont beaucoup plus liés quici. Et le style
français est bien plus autocratique et bien plus formel
quau Royaume-Uni, surtout dans la vieille
génération, explique Brett Gosper, patron
dEuro RSCG Wnek Gosper, une agence de publicité
londonienne filiale de Vivendi.
Dans lHexagone, le
pouvoir circule exclusivement du haut vers le bas. Résultat,
les cadres passent beaucoup de temps à deviner les intentions
de leurs patrons. Cela nest pas sans répercussions sur
les réunions, qui sont considérées au
Royaume-Uni comme le principal outil de développement.
Pour nous, cest là que se prennent les
décisions. Pour les Français, cest un lieu
où lon avance des idées, afin que le patron
puisse décider en dernier ressort, poursuit M.
Gosper. Cela explique la mésaventure connue par de nombreux
Britanniques, qui croient être parvenus à un accord
avant dapprendre, à leur grand dam, que leurs
partenaires français ont par la suite changé
davis.
De plus, au cours des
réunions proprement dites, les Français se comportent
de manière très différente. Ils sont
tellement plus formels quil ne faut surtout pas hésiter
à faire assaut de courtoisie, recommande M. Gosper. Et
à la différence de ce qui se passe au Royaume-Uni,
où plus on se situe haut dans la hiérarchie, moins
latmosphère est rigide, cest tout le contraire en
France. De leur côté, les Français ont
parfois du mal à comprendre lhumour et lironie
britanniques. Lart britannique de
lautodérision et de la litote leur apparaît
parfois comme de la malhonnêteté, doù une
réaction agressive, incompréhensible pour
nous, prévient M. Gosper.
Les difficultés
surviennent aussi à propos du traitement réservé
aux femmes. Les Françaises sont parfaitement capables
dêtre à la fois féminines et
professionnelles. Conséquence : leurs confrères
britanniques risquent fort dinterpréter de travers le
fait quelles portent des jupes ultracourtes et des
décolletés plongeants, habitués quils sont
à plus de rigueur vestimentaire. Je pensais autrefois
que les Françaises étaient très en retard par
rapport aux femmes britanniques en matière de
féminisme, commente Dan ODonaghue, directeur
de la planification stratégique chez Publicis. En
réalité, cest linverse. Les
Françaises sont libres dêtre ce quelles
veulent, tout en se faisant respecter.
Alex Benady
The Sunday Telegraph 886 300 ex., Royaume-Uni, journal du dimanche.
Cette version dominicale du "Daily Telegraph", dont il partage la
même rédaction, est née en 1961.
Publicis :
le site de l'agence Publicis donne de plus amples informations sur la
fusion avec Saatchi & Satchii (en anglais)
Seagram :
ce site propose un lien concernant le rachat par Vivendi (en
anglais)
Chambre de commerce française en Grande
Bretagne : cet
organisme vise à favoriser la réussite des
implantations d'entreprises françaises au Royaume-Uni (en
français et en anglais)
French
British Chamber of Commerce &
Industry : le
site un peu indigent d'une institution qui veut faciliter les liens
économiques bilatéraux (en anglais)