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Courrier international
CHINE : Travaille et tais-toi
15.08.2001
Lesclavage connaît une recrudescence en Chine. Si le gouvernement de Pékin admet aujourdhui lexistence de ce problème, il semble aussi inapte que peu disposé à lendiguer.
En mai dernier, lOrganisation internationale du travail (OIT) a lancé une directive visant à éradiquer le travail forcé. A la même période, pour la première fois depuis les massacres de Tiananmen, en 1989, les Nations unies ont renoué des relations avec la Chine. Le moment semblait particulièrement bien choisi pour aborder le problème de lesclavage dans lempire du Milieu. Sur les 175 membres de lOIT, la Chine est en effet lun des dix pays à ne pas avoir ratifié les conventions contre le travail forcé.
Nous ne nous focalisons pas sur la Chine, assure Roger Bohning dans la Far Eastern Economic Review. Cependant, linitiateur de la nouvelle directive de lOIT pense quen Chine le travail forcé sintensifie. De multiples témoignages, plus sordides les uns que les autres, étayent cette thèse. Venus des provinces les plus défavorisées, des centaines de pauvres diables émigrent vers les villes, attirés par des promesses mensongères. Ils réalisent rapidement, mais trop tard, que leldorado citadin nest quun leurre.
La Far Eastern Economic Review rapporte de nombreux témoignages. Ainsi, un patron a poursuivi à moto un travailleur qui sétait enfui dans un champ de blé, la ligoté puis traîné de force jusquau camp. Là, il la battu à mort devant tous ses compagnons. Lun de ces esclaves a finalement réussi à sévader. Il a contacté les autorités, qui ont arrêté le patron et libéré plus de vingt personnes. Nous avions lhabitude quon nous crie dessus et que lon nous frappe sans cesse, raconte plus loin un ouvrier dune usine de briques.
Dans certaines régions chinoises, en particulier dans le Sud, lesclavage des travailleurs fait partie du paysage. Un officiel de la province du Guangdong, interviewé sur une radio locale dans les années 90, remarquait sereinement que le travail forcé était courant à travers toute la province. Un patron dune briqueterie, qui admet retenir quelques travailleurs contre leur volonté, confirme : La Chine est si vaste et si chaotique. Rien nest étrange ici. La FEER relate quà la fin des années 90 39 mineurs ont travaillé sous la surveillance dun gardien sans être payé pendant un an. De plus, ils étaient enfermés à clé dans leur cabanon dès la tombée de la nuit. Toujours dans le Guangdong, on a découvert 80 ouvriers dune carrière vivant dans des conditions concentrationnaires. Plusieurs centaines de personnes travaillaient comme des esclaves dans des mines dor illégales
Cette année, un rapport paru dans la presse locale de la province du Hunan raconte la façon dont la police a dû sarmer pour faire face aux gardes dune mine de charbon qui employaient des dizaines desclaves âgés de 14 à 73 ans ! Dans la presse chinoise, les articles sur le travail forcé deviennent plus fréquents. Certains remarquent que le problème de lesclavage en Chine saccroît en même temps que les énormes disparités de revenus. Ainsi, les paysans des régions les plus reculées sont maintenant tentés par la migration. Naïfs et ignorants du monde, ils sont totalement vulnérables hors de leur village.
La Far Eastern Economic Review ajoute que le gouvernement chinois est embarrassé par la résurgence dun problème que la révolution communiste est censée avoir aboli. Le Parti devait libérer les travailleurs. Mais, aujourdhui, les travaux forcés demeurent la peine traditionnelle infligée par les autorités aux prisonniers chinois. La FEER constate que Pékin propose peu de solutions pour éradiquer cette influence néfaste et Hu Shudong conclut dans ses colonnes : Cest très triste. Ces gens sont dans une situation horrible où le simple fait dêtre en vie est une chance.