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Pol Pot, "le frère n°1" |
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Portrait
Pol Pot, de son vrai nom Saloth Sar, est né le 19 mai 1928 à Prek Sbauv, dans la province cambodgienne de Kompomg Thom. Il était issu d’une famille paysanne sino-khmère aisée, dont le destin se lia à celui de la famille royale en 1925 lorsque sa tante, Khun-Meak, devint la troisième des dix épouses du roi Monivong. De cette union naquit la princesse Khun Yeap, qui fut à son tour reine du Cambodge en épousant le roi Suramarith et, plus tard, la mère du prince Sirivutdh. Le frère de Saloth Sar, Saloth Suong, occupa également une place importante au sein du palais royal et épousa l’une des danseuses du roi en 1940, Chea Samy. Alors enfant, Saloth Sar vécut avec le couple pendant deux années à Phnom Penh, de 1934 à 1935. Sa sœur Saroeun devint elle aussi l’une des concubines du roi Monivong. Son oncle était par ailleurs chef du protocole du palais.
Saloth Sar, le futur Pol Pot, vécut son
adolescence à la campagne, et y suivit l’enseignement bouddhique dans le but de
devenir moine. Déjà passionné de politique, il s’engagea dans le mouvement
anti-français de Hô Chi Minh (Vietnam) au cours de la seconde guerre mondiale,
et devint membre du Parti Communiste Indochine en 1949.
Le gouvernement cambodgien lui accorda alors
une bourse afin qu’il puisse effectuer des études de radio-électricité en
France, de 1949 à 1953. Dès son arrivée à Paris, il rejoignit les cercles du
parti communiste français auprès desquels il se familiarisa avec l’idéologie
marxiste, et au sein desquels il passait la majorité son temps. Saloth Sar
manifestait un désintérêt flagrant vis-à-vis de ses études. Il ne possédait pas
son certificat d’études et n’a jamais réussi à obtenir aucun diplôme. C’est sur
les bancs de la Sorbonne qu’il rencontra Yeng Sary et Khieu Samphan, les futurs
chefs khmers rouges à l’origine de l’un des génocides les plus violents de
l’histoire de l’humanité.
Peu après son retour au Cambodge en 1953, il
devint professeur de français dans deux établissements privés de Phnom Penh,
Chamroeun Vichea et Kampuchaboth (1956-1963). Lorsque les Français partirent
d’Indochine en 1954, ils nommèrent le roi Norodom Sihanouk à la tête du
Cambodge, ce à quoi Saloth Sar était opposé. Il entra alors dans le Parti
Révolutionnaire du Kampuchéa, "Khmer Rouge", et rédigea de nombreux articles
pour le journal communiste. Il mit en place les congrès du parti communiste du
Kampuchéa en 1960, et fut élu secrétaire du comité central du Parti
Révolutionnaire en 1962. Il tient le surnom "Pol Pot" de cette époque. Alors que
le précédent secrétaire, Tou Sammuth, venait de décéder soudainement et dans des
circonstances inexpliquées, la Chine a sélectionné Pol Pot pour le remplacer, le
désignant comme "Potential Political".
Pour fuir la police du roi Sihanouk, chef de l’état cambodgien, il prit le maquis en 1963 avec ses compagnons Khmers Rouges, qui s’étaient révoltés contre une taxe nouvellement instituée sur le riz. C’est dans la jungle cambodgienne qu’il rencontra les partis de la guérilla dont il prit la tête, grâce à l’aide et au soutien de la Chine. Mao Zedong voyait en lui un moyen aisé pour se prémunir contre le communisme soviétique dont il craignait l’expansion dans la région, et dont l’idéologie contrôlait déjà le Vietnam. Pol Pot vouait une réelle admiration pour Mao Zedong et décida de s’engager sur la même voie communiste, mais de façon plus radicale et brutale.
Dans les années 70, la guerre que les
Etats-Unis livraient au parti communiste de Hô Chi Minh s’étendit au Cambodge,
où les troupes américaines vinrent débusquer les forces vietnamiennes qui s’y
étaient réfugiées. Une guerre civile s’en suivit, et Pol Pot triompha de l’armée
du roi Sihanouk le 17 avril 1975, date à laquelle Phnom Penh tomba entre
les mains des Khmers Rouges. Pol Pot devint alors "le frère n°1" et le premier
ministre d’un régime totalitaire, que la population cambodgienne considéra dans
un premier temps comme étant une force libératrice.
Très vite cependant, Pol Pot soumit le pays à la dictature et révéla sa cruauté meurtrière. Avec l’aide de Yeng Sary et de Khieu Samphan, ses anciens camarades de classe, il mit en place un régime communiste totalitaire et violent, qui visait à supprimer tous les individus susceptibles de devenir "réactionnaires". Mais plus que d’une volonté de faire respecter l’idéologie communiste dans le pays, l’épuration de la population qui allait se produire procédait d’un profond racisme qui allait se transformer en nettoyage ethnique. En effet, Pol Pot voulait éradiquer tous les cambodgiens qui avaient été au contact d’autres civilisations que celle de la population rizicole khmère, y compris leurs enfants. Il ordonna tout d’abord l’évacuation immédiate des habitants qui n’étaient pas purs khmers de Phnom Penh vers les campagnes pour les forcer à travailler aux champs, et fit abattre tous ceux qui ne s’y soumirent pas.
L’enfer de la population cambodgienne
commença alors. Pendant près de quatre ans, les Khmers Rouges firent régner la
terreur dans le pays et vidèrent la plupart des villes de leurs habitants. En
1977, Pol Pot définit "les trois extirpations" à réprimer : l’ensemble des
Vietnamiens présents au Cambodge, les Khmers parlant vietnamien, ainsi que tous
les Khmers entretenant des relations ou ayant des intérêts avec les vietnamiens.
En outre, au-delà de ces populations, étaient visées toutes les personnes qui
avaient bénéficié d’une éducation, ou qui manifestaient une appartenance
religieuse, quelle qu’elle fût. Le génocide s’orchestra principalement au cours
de cinq purges, deux en 1976, deux en 1977 et une en 1978. Au total, plus de
deux millions d’individus ont péri, soit approximativement un tiers de la
population du pays, au cours de massacres, d’actes de torture particulièrement
cruels, ou décimés par les travaux forcés et la famine programmée par le
régime.
Le 7 janvier 1979, le Vietnam envahit le
Cambodge avec l’aide de l’U.R.S.S., renversant le gouvernement de Pol Pot et
mettant ainsi fin à la terreur qu’il avait instaurée. Les Khmers Rouges
s’enfuirent alors dans la jungle, où Pol Pot lança une guérilla contre le
nouveau gouvernement pro vietnamien. Il forma également, en 1982, un front
commun contre les vietnamiens avec son ennemi d’antan, le roi Sihanouk.
Pol Pot quitta le commandement des Khmers
Rouges en 1985. Condamné à mort par contumace pour les crimes commis, il
disparut jusqu’à la fin des années 90. Il aurait coulé des jours paisibles bien
loin de la jungle cambodgienne, dans une résidence luxueuse en Thaïlande. Il se
serait, par ailleurs, livré au trafic illégal de bois et de
pierres précieuses pendant cette période.
Alors que les États-Unis travaillaient sur la
mise en place d’un plan visant à capturer et à traduire Pol Pot devant la
justice internationale, ses anciens compagnons le retrouvèrent en juillet 1997,
affaibli par la malaria et d’importants problèmes cardiaques. Les tribunaux
cambodgiens le condamnèrent alors à une peine de résidence surveillée à
perpétuité. Cependant, cette sentence était symbolique et ne visait qu’à le
neutraliser politiquement.
Après plusieurs mois de détention, il s’éteignit le 15 avril 1998 à l’âge de soixante-treize ans, officiellement d’une crise cardiaque. Le décès fut confirmé par l’armée thaïlandaise, qui ne livra aucun détail supplémentaire. Certains journalistes prétendirent qu’il s’était suicidé, d’autres qu’il avait été empoisonné. Il est vrai qu’il devenait gênant pour ses anciens "camarades" qui étaient revenus au pouvoir et faisaient partie du gouvernement alors en place, et qui craignaient des révélations. La fin de son existence s’est déroulée dans des conditions particulièrement mystérieuses, qui laissent encore planer un doute quant à la véracité de l’annonce de sa mort. Sceptique vis-à-vis de l’identité du corps présenté à la Presse, le gouvernement cambodgien, appuyé par la communauté internationale, demanda qu’une autopsie indépendante soit réalisée. Mais le corps fut incinéré très rapidement, et la preuve de la mort du leader sanguinaire ne fut jamais confirmée.
Le monde entier douta d’autant plus du décès
de Pol Pot, que dans la même période, la perspective d’un jugement international
à son encontre se rapprochait plus que jamais auparavant. De surcroît, depuis
quelques semaines, des rumeurs couraient selon lesquelles il était proche de la
frontière thaïlando-cambodgienne et allait quitter le Cambodge pour se mettre à
l’abri.
http://www.seminaire-sherbrooke.qc.ca/hist/hist5/travaux/biog/OP/pol_pot.htm
Portrait réalisé par Élodie Bougenault dans le cadre du cours GIE 64375 "Les Relations humaines dans les affaires internationales", Programme de MBA en gestion internationale de l'Université Laval, Professeur Gérard Verna