LE GENERAL EYADEMA TIMONNIER DU TOGO

Gnassingbe
Eyadema President De La Republique Du Togo
Résultat de
compétition et de partages coloniaux successifs entre la France , l’Allemagne
et la Grande Bretagne , le Togo
s’étend en Afrique occidentale entre le Bénin (ancien
Dahomey )et le Ghana
et limité par le Burkina
Faso au nord .Ce pays côtier présente seulement 50Km de côtes sur l’Océan
Atlantique, mais il s’étire sur 550Km du nord au sud , couvrant ainsi
plusieurs zones climatiques lui confiant une variété de paysages et de
ressources agricoles .

L’époque
coloniale
L’histoire connue du
Togo est inséparable de celle des pays voisins appelés la Côte des
esclaves. Des vestiges récemment mis à jour dans tout le pays mais plus
particulièrement dans le Nord, laissent à penser qu’une activité économique se
tenait bien avant le XVI ème siècle au Togo.
Les Bassari,
les Tamberma et les Kabyé habitaient déjà les régions montagneuses lorsque
arrivèrent les populations poussées à la fuite par la traite négrière
sévissant en Afrique Occidentale, l’introduction d’armes à feu et
l’islamisation de la savane. Bien que l’installation d’un comptoir au Togo soit
assez tardive, en 1800 avec le Brésilien Francesco da Souza, son évangélisation
par des missionnaires portugais avait commencé dès le XVI ème siècle.
Jusqu’au
milieu du XIXème siècle la traite des esclaves touchait essentiellement les
régions côtières et les plaines intérieures plutôt que les régions
montagneuses, ces dernières étant moins accessibles par ses puissants voisins.
C’est à cette époque que la France, l’Allemagne et l’Angleterre entrent en
compétition pour le protectorat sur le Togo. C’est l’Allemagne qui, à la
conférence de Berlin en 1885, se voit attribuer en premier des droits sur le
Togo. En août 1914, les troupes françaises et anglaises reçoivent la reddition
du Togo allemand qui devient alors divisé sous mandat français et britannique
provoquant la cession du peuple Ewé, source de troubles ultérieurs.
Naissance de la politique au Togo
Après la 2ème
guerre mondiale l’apparition des premiers partis politiques, le parti togolais
du progrès avec son leader Nicolas Grunitzki et le comité d’unité togolais, qui
deviendra mouvement populaire togolais avec son leader Sylvanus Olympio,
favorise l’accession du Togo au statut de république autonome au sein de la
communauté française, accordé par la France, Nicolas Grunitzki assurant la
fonction de 1er ministre.
L’indépendance
du Togo est définitivement proclamée le 27 avril 1960 après que le Togo anglais
ait été rattaché à la Côte-de-l’Or (futur Ghana ) en 1956. Le premier président
du Togo était Sylvanus Olympio. Le 13 janvier 1963, un coup d’état militaire
favorisé par le mécontentement des populations du Nord, des planteurs de cacao
et de l’élite catholique emmène au pouvoir un gouvernement bicéphale représenté
par Antoine Méatchi originaire du Nord et Nicolas Grunitzki originaire du
centre. Ce dernier demeurera seul au pouvoir en novembre 1966. Il sera lui-même
renversé par les militaires le 13 janvier 1967.
En avril 1967
après avoir reformé son gouvernement composé d’une majorité de ministres
originaires du Nord, le Lieutenant-Colonel Gnassingbé Eyadéma, nordiste Kabyé
est le nouveau président du Togo.
La jeunesse d’un leader
Gnassingbé
Eyadema voit le jour le 26 décembre 1935 à Pya village situé au nord du Togo en
pays Kabyé. Issu d’une famille modeste, le jeune Gnassingbé s’imposait
rapidement grâce à ses capacités physiques et devint champion de lutte
traditionnelle de son canton.
D’origine
protestante, sur les conseils du pasteur de son village, il s’engagea dans
l’armée française et y demeurera une dizaine d’années. C’est au cours de ce
séjour au sein de l’armée française que Eyadema s’initie au métier des armes.
Il servit notamment au Dahomey (Bénin actuel ), en Indochine, en Algérie et au
Niger. Le Sergent-chef Eyadema rentre au pays en 1962, deux ans après
l’indépendance.
En 1963, promu
officier, Gnassingbé Eyadema participe à un putsch militaire qui conduit à
l’assassinat de Sylvanus Olympio alors président, et qui fut remplacé par
Nicolas Grunitzky. Une nouvelle constitution fut adoptée par referendum à cette
occasion.
En janvier
1967, le Lieutenant-colonel Eyadema, chef des armées est à l’origine d’un
nouveau coup d’état qui renverse le président Grunitzky lequel tentait de
mettre en place une constitution garantissant le multipartisme ; la
constitution est abrogée et le corps législatif dissous. En avril 1967, il
endosse les fonctions de Président de la République et de ministre de la défense.
Eyadema accède au pouvoir
Fondé en 1965,
le seul parti politique autorisé par le nouveau président fut celui du
rassemblement du peuple togolais (RPT ), parti qui lui est tout acquis.
En 1980, la
IIIème République est officiellement proclamée. Jusqu’en 1986, le Togo connaît
une période de relative stabilité et de développement. A cette date un attentat
manqué contre le président dans sa résidence à Lomé organisé par un commando
infiltré du Ghana déclenche des manifestations.
Le Togo étant
lié à la France par des accords de défense signés en juillet 1963, le Président
Eyadema fait appel à cette dernière pour éviter une déstabilisation du régime.
C’est à cette date que, Eyadema devenu Général depuis 1969, est réélu dans ses
fonctions pour un nouveau mandat de 7 ans.
En 1990, après
la chute du mur de Berlin et le discours de la Baule du Président François
Mitterrand sur la démocratisation et la bonne gouvernance en Afrique, Eyadema
accepte un multi partisme «discipliné et centralisé ».
En 1991, sous
la pression des émeutes qui ont vu le jour en 1990, il consent au principe
d’une amnistie générale, la création de partis politique, notamment le FOD
(Front de l’Opposition Démocratique) rebaptisé COD (Collectif de l’Opposition
Démocratique) qui initiera une grève illimitée en 1992 pour exiger le départ de
Eyadema.
Le principe
d’une conférence nationale fut adopté qui aboutit à la création du Haut Conseil
de la République (HCR). L’autorité de transition est présidée par Mgr Kpodzro
et le Premier ministre de transition est M. Joseph Kokou Koffigoh.
Cette
transition prévue pour durer un an se prolongera jusqu’aux élections
présidentielles de 1993, alors que le Président Eyadema se voit retirer tous
ses pouvoirs. Cependant la pression militaire a peu à peu raison de ce
gouvernement de transition et suite à la dissolution du RPT, le 1er ministre de
transition est arrêté et le Président du HCR prend la fuite.
Instabilité politique et violences au Togo
L’année 1992
voit le début d’une grève illimitée ainsi que de nombreux attentats qui
instaurent un climat de peur et de colère qui conduit inexorablement le Togo
vers une situation de faillite. Le Général Eyadema retrouve l’essentiel de ses
pouvoirs, les manifestations sont réprimées dans le sang en janvier
1993. Des exactions sont commises par certains membres de l’armée entièrement
acquise au Président. Ces exactions entraînent un exode massif de la population
de Lomé, essentiellement composée d’Ewé ; 100000 personnes trouvent refuge
au Ghana, 130000 au Bénin.
Les
investisseurs comme les touristes fuient Lomé. Des sanctions économiques sont
imposées par la communauté internationale en particulier par la France,
l’Allemagne, les Etats Unis et l’Union Européenne qui dénoncent « un
déficit démocratique».
Le 25 mars une
nouvelle tentative de coup d’état contre le Général Eyadema échoue. Le 25 août
1993, après le boycott du scrutin par l’opposition, le Président Eyadema est
élu avec 94,6% des voix. En revanche l’opposition remporte les élections
législatives de février 1994. Edem Kodjo président de l’UTD (Union Togolaise
pour la Démocratie) est nommé 1er ministre par le président de la République
qui refusera le premier choix de l’assemblée.
Cette manœuvre
permit de semer la discorde entre le CAR (Comité d’Action pour le Renouveau )
et l’UTD, car Edem Kodjo ne disposant pas d’une majorité, le RPT redevint
majoritaire en vote et s’attribua ainsi les principaux ministères (Défense,
Affaires étrangères, Intérieur...). Le Président Eyadema avait ainsi conforté
sa position.
En août 1996
il destitue Edem Kodjo et nomme un de ses fidèles à la place. En 1996 après les
visites de Jerry Rawling et de Nelson Mandela, les relations diplomatiques se
détendent entre le Ghana et l’Afrique du Sud et la privatisation des
entreprises est poursuivie (filière du coton et du phosphate ).
Le président Eyadema renforce sa position lors des élections de
1999
Les
élections
présidentielles de juin 1998 voient s’opposer le Général Eyadema et
Gilchrist Olympio, fils de l’ancien Président assassiné. Durant le
dépouillement du scrutin, sous la pression du pouvoir, la commission
électorale démissionne, c’est donc le Ministère
de l’Intérieur qui assure la poursuite des opérations et qui publie
les chiffres : 51,3% des voix pour le président sortant dès le 1er tour.
L’opposition et certains observateurs internationaux dénoncent les fraudes.
Les élections
législatives de mars 1999 sont boycottées par l’opposition, le RPT remporte 79
des 81 sièges de l’assemblée. Institutionnellement la position d’Eyadema est
renforcée.
Afin de mettre
fin à la crise politique qui sévit depuis 1990 et qui entraîne le pays dans le
chaos, les partis politiques proches d’Eyadema et ceux de l’opposition signent
un texte qui prévoit la création d’une commission électorale indépendante
(CENI).
Le Président
s’engage également à respecter la
Constitution et à ne pas se présenter pour un troisième mandat . Mais
le 30
décembre 2002, l’assemblée nationale très largement dominée par le parti au
pouvoir modifie la constitution de 1992 au profit du président en place qui est
autorisé désormais à solliciter autant de fois qu’il le
souhaite le suffrage de ses compatriotes.
D’autre part
cette même constitution oblige tout candidat à séjourner une année de manière
ininterrompue au Togo pour se présenter, ce qui élimine le principal opposant
Gilchrist Olympio en exil.
Le triomphe du président
En juin 2003,
c’est sans surprise que le Président est réélu pour cinq ans
essentiellement en raison de l’absence de son principal opposant. Malgré les
félicitations adressées par le Chef de l’état français, ces élections ont été
mises en doute par huit ONG à vocation humanitaire qui parlent de « coup
de force électoral » suivi de nombreuses exactions et de mises aux arrêts
y compris pour les militaires soupçonnés d’avoir voté pour l’opposition.
Selon ces ONG
d’importants mouvements de population étaient signalés dans le pays vers le
Bénin, le Ghana ou le Burkina Faso. Selon ces mêmes ONG, la transparence et
l’équité du scrutin avaient été sérieusement compromises durant les derniers
mois précédant cette échéance électorale.
Sûr de son
pouvoir, le Général Eyadema qui a été président de l’Organisation de l’Unité
Africaine de juillet 2000 à juillet 2001 a repris ses voyages diplomatiques et
arguant de sa sagesse s’est posé en médiateur dans le règlement des différents
conflits de l’Afrique Occidentale : Guinée Bissau, Sierra Leone ou plus
récemment de la Côte d’Ivoire.
Selon Eyadema,
son prédécesseur Nicolas Grunitzky ayant conduit le pays au bord de la guerre
civile, son arrivée au pouvoir par la force doit être considérée comme une
bénédiction pour le Togo. Bénédiction qui est entretenue à chaque discours et
grands renforts de panneaux publicitaires bordant les principales routes du
pays.
Eyadema a
échappé à sept complots ou simulacres de complot, il garde comme une relique un
petit bloc note où s’est fichée une balle qui lui était destinée. En 1973 il a
échappé à un accident d’avion à Sarakawa (lieu de pèlerinage depuis ), accident
qu’il a attribué à un attentat orchestré par l’impérialisme international et la
haute finance (minière), en fait accident dû à une surcharge de victuailles de
l’appareil pour prolonger les traditionnelles festivités du 13 janvier au
village du Président.
Fort de ce
passé de miraculé,
Eyadema assoit son pouvoir sur un système politique meta-religieux, mais
surtout sur les forces armées qui, fortes de 15000 hommes (essentiellement
issus du Nord ) pour une population de 4 millions d’habitants, lui sont
entièrement dévouées.
C’est sur les bases du racisme Nord-Sud, « les vrais Togolais, les Togolais de souche, les Togolais authentiques » opposés aux « faux Togolais, apatrides, traîtres, etc. ... » que le Général Eyadema a mis en place une « ethnogeopolitique » centrée sur son ethnie.
Le résultat
est la nomination a tous les
postes clé du pouvoir des hommes du Nord. Ce système associé à la censure
de la presse, Reporter Sans Frontière classe le Togo au 95ème rang sur 166
pays la liberté de la presse au Togo et rapporte qu’en moins de quatre ans
100000 exemplaires de journaux d’opposition furent saisis , assurent au Général
Eyadema un pouvoir sans faille .
En 2001 le
pays est exsangue avec des taux de croissance négatifs (près de – 2% en
2000 par exemple ) alors que l’inflation atteint officiellement 2,9% en 2001 et
que le produit intérieur brut est en baisse constante. Il faut noter cependant
que les initiatives économiques semblent favoriser un léger redressement.

Le port de Lomé complètement désaffecté depuis les évènements de 1992 est redevenu grâce à sa modernisation un des plus opérationnel de la région subtropicale. La création de la zone franche qui attire les investisseurs asiatiques a créé 7000 emplois. Après une période de net ralentissement lié à la crise politique, le secteur des phosphates a retrouvé des conditions normales d’exploitation.
Rempart de
stabilité face à des « opposants irresponsables » pour les uns,
« dinosaure d’une Afrique de dictateurs » pour les autres,
Gnassingbé Eyadema, l’homme aux éternelles lunettes noires, doyen des chefs
d’états africains en 2004, 67 ans dont 37 au
pouvoir, a prêté serment pour un troisième quinquennat.
·
R.Cornevin, Le Togo, Que sais-je ?
·
M.Manoukian, (1952), The
Ewe-Speaking People of Togoland and the Gold Coast, Londres.
·
Comi M.Toulabor, (1986), Le Togo sous Eyadema,
Editions Kharthala.
Portrait réalisé par Nadège Tessari dans
le cadre du cours « GIE 64375-Relations Humaines dans les affaires
internationales » de M. Verna, Programme
MBA Gestion Internationale de l’Université Laval.