LA
CONFÉDÉRATION
GÉNÉRALE DU TRAVAIL DU BURKINA
La
République de
Haute-Volta devenue le Burkina Faso depuis 1984 est un pays doté
d’une riche
histoire syndicale. De la soixantaine de syndicats et associations
professionnelles
qu’on y retrouve pour représenter les 150000
salariés (dont approximativement
50% d’entre eux sont des fonctionnaires), un d’eux retient
particulièrement
l’attention des médias dernièrement et sera le
propos de cette recherche :
La Confédération Générale du Travail du
Burkina. Avant d’entrer dans les
détails de sa philosophie, de la coopération
internationale et des luttes que
le plus gros des syndicats du Burkina Faso mène, en raison de sa
courte
existence, je vous propose un historique de la syndicalisation dans ce
pays de
l’Afrique occidentale.
A
priori, il est
important de comprendre la situation et l’histoire du Burkina
Faso pour
assimiler les raisons pour lesquelles les burkinabés
décidèrent de s’organiser
sous forme de syndicats il y a de cela près d’un
demi-siècle. En bref, le
Burkina Faso est un petit pays situé en Afrique de l’ouest
et ayant pour
voisins le Niger, le Mali, la Côte d’Ivoire,
le
Ghana, le Togo et le Bénin. N’ayant aucun accès
direct à la mer, cela limite
ses possibilités de diversifier son commerce et ainsi
d’accroître son PIB par
différents moyens. Le secteur primaire représentant le
principal apport de
ressources pour le pays et l’économie informelle
étant omniprésente, cela ne
permet pas au PIB par habitant d’augmenter
considérablement. La situation dure
déjà depuis de nombreuses années et
l’histoire nous indique qu’elle risque de
perdurer encore longtemps. La
République de Haute-Volta fut décrétée en
1958 par la France. Une fois
indépendante en 1960, la Haute-Volta connut trois grèves
majeures (dont deux
générales), trois coups d’État
et des changements
fréquents de constitution avant de changer de nom pour le
Burkina Faso -le pays des hommes
intègres- en 1984.
Depuis, la situation politique ne s’est guère
améliorée et compte parmi ses
tristes faits plusieurs assassinats, des changements de gouvernements
incessants et même la fermeture de l’Université de
Ouagadougou en 2000 à la
suite de violentes manifestations. En
constatant ces événements dans leur ensemble, il nous
apparaît clair que les
multiples soubresauts auxquels la vie quotidienne des Burkinabés
était
confrontée ont contribué à la présence des
syndicats au Burkina Faso.
Toutefois, les touts premiers syndicats avaient été
créés dans un seul but :
obtenir l’indépendance de leur pays. Après avoir
collaboré à ce tour de force
en 1960, les syndicats ont ensuite mis de l’avant des actions
pour forcer la
démission du président Maurice Yaméogo
en 1966. Fait
à noter, ces deux exploits ont contribué à faire
de la Haute-Volta un modèle
africain en matière de syndicalisation. Ils menèrent
d’importantes actions au
cours des années suivantes mais, depuis quelques années,
le mouvement semble à
bout de souffle. À court de moyens pour accentuer son nombre
d’adhérents, les
syndicats frappent l’écueil des murs de la capitale et des
principales villes;
le milieu rural étant extrêmement difficile
d’accès par les moyens de
télécommunication. C’est fort probablement pour
cela que seulement 75000 des
13,5 millions d’habitants du Burkina Faso sont actuellement
syndiqués. De
son côté, la Confédération
générale du travail du Burkina est née, tel le
Phoenix, des cendres d’une ancienne puissance syndicale (le
Front
syndical) en 1988. Comme l’indique son nom, elle
représente plusieurs petits
syndicats du Burkina Faso, dont le Syndicat National des Travailleurs
de la
Santé Humaine et Animale, le Syndicat National des travailleurs
du Textile, le
Syndicat National des Travailleurs de l'Agriculture et bien
d’autres. Il est
impossible de trouver le nombre exact de membres, mais tout porte
à croire
qu’il est de loin le plus populaire, vu sa présence dans
les trente provinces
du pays. Pour rejoindre autant de membres, il se doit d’avoir des
orientations
qui puissent plaire à tous.
Une vue de la devanture de
la salle
de la Bourse du Travail de Ouagadougou où se sont
déroulés les travaux du
Congrès. SA
PHILOSOPHIE A
fortiori, les grandes orientations de la CGTB sont de faire la
promotion et la défense
des intérêts matériels, moraux et professionnels de
leurs membres. Quels
sont ces intérêts? Les motifs pour lesquels le 4e
congrès ordinaire
et le 3e conseil de direction de la CGTB se sont tenus
respectivement en 2001 et 2002 expliquent bien les
préoccupations des
Burkinabés : «Face
à l'exploitation effrénée de la classe
ouvrière et
des travailleurs par le système
capitaliste, marquée par : - le
renforcement du pillage de nos États par
l'impérialisme à travers la mondialisation de
l'économie libérale, le PAS,
instrument d'une politique antisociale, antinationale ; -
le développement de la culture de l'impunité des crimes
de sang et des crimes
économiques ; -
la liquidation des libertés démocratiques ; Renforçons
les capacités politiques et organisationnelles de la CGTB et de
ses structures
l'unité d'action au plan national et international, pour des
luttes plus
efficaces contre l'impunité, contre la liquidation des acquis
sociaux des
travailleurs et pour une démocratie véritable». Durant
ces réunions, des positions sur la mondialisation, sur les
programmes
d’ajustements structurels et sur la situation nationale ont
été adoptées. Elles
se résument ainsi : -
La
mondialisation vise l’exploitation des
richesses des pays en voie de développement par les
multinationales des pays
industrialisés, et tous les accords signés vont à
l’encontre des priorités du
continent africain. Il faut résister aux envahisseurs et
préserver les
richesses du Burkina Faso. -
Les
programmes d’ajustements structurels
vont à l’encontre des intérêts de
l’Afrique. Alors que les pays industrialisés
prétendent que l’Afrique doit aller à son rythme
dans la libéralisation de ses
marchés, ils demandent aux pays africains d’appliquer
rapidement des mesures
pour assainir leur gouvernement, effectuer une vague de privatisation
de leurs
industries et déréglementer le marché du travail
afin qu’ils puissent davantage
profiter de leur main-d’œuvre et de leurs richesses. Ainsi,
il ne faut pas que
le Burkina Faso cède aux pressions des pays étrangers et
garde la progression
graduelle dans la libéralisation de ses marchés. Le
congrès réclame l’arrêt des
programmes d’ajustements structurels. -
De
nombreux changements au sein de la
nation doivent survenir du côté du marché du
travail, du système de santé, des
logements et autres. On remarque notamment dans les revendications la
liberté
de presse (pourtant incluse dans la charte des droits et
liberté), la liberté
du choix de la résidence, la liberté de
déplacement dans le pays, la liberté de
rassemblement syndicale, l’équité salariale,
l’accès à un bon système de santé
et un système adéquat pour régler les accidents de
travail. Bref, combler les
retards que le Burkina Faso a en matière de droits des citoyens
et des
travailleurs. Conséquemment,
de nombreuses actions ont été mises en place depuis le
Congrès. Examinons les
diverses démarches que la CGTB s’est efforcée de
mettre en application pour
parvenir à ses fins.
SES
ACTIONS La
CGTB
pose de nombreux gestes pour faire avancer le mouvement syndical au
Burkina
Faso. Outre la sensibilisation quotidienne qu’elle effectue
auprès du patronat
et des employés non-syndiqués, elle a participé
récemment à deux actions
directes : l’organisation d’une table ronde sur la
présence des femmes au
sein des syndicats et l’organisation de la grève
générale du 4 février 2005.
Concernant cette dernière, l’article tiré du
Journal Africa
Time résume bien les raisons pour lesquelles la grève
s’est tenue et les
principales actions qui ont été effectuées : Grève
générale et "marche pacifique" des
fonctionnaires au Burkina Faso De
plus, la CGTB contribue à la sensibilisation des travailleurs de
l’économie
informelle aux bienfaits que les syndicats pourraient leur apporter. Vu
la
grande précarité des emplois et les conditions de travail
difficiles auxquelles
les travailleurs de l’économie informelles sont soumis, il
pourrait être dans
leur intérêt de s’organiser sous forme de syndicat.
On s’aperçoit donc que la
CGTB est très active actuellement et on peut anticiper
qu’elle continuera
d’étendre ses activités à mesure que les
moyens de télécommunications le
permettront. Il faudra cependant que l’État
le leur
permette, car le Burkina Faso est réputé, selon le
rapport annuel de 2003 de la
Confédération internationale des syndicats Libres, pour
«ses violations
répétées de droits fondamentaux des travailleurs
tels le droit de former des
syndicats et de négocier collectivement avec les employeurs et
avec l'État.
C'est le cas notamment pour les fonctionnaires, dont le droit de
grève est
limité». Il y
a donc encore beaucoup de travail à faire et parions que la CGTB
sera au centre
des prochains développements. Y a-t-il des alliés
potentiels pour entraider la
Confédération Générale du Travail du
Burkina Faso dans la poursuite de sa
mission? LES
PARTENAIRES INTERNATIONAUX La
CGTB
entretient plusieurs liens avec les autres syndicats du pays, mais
également
avec plusieurs syndicats étrangers qui s’allient à
la CGTB pour mener à bien ses
luttes. Ainsi, étaient présents au congrès de
2001 : ¨
la
Confédération Générale du Travail (France) ¨
l'Union
Locale de la CGT/Massy (région parisienne) ¨
l'Entente
Internationale des Travailleurs et des Peuples ¨
la
Confédération Syndicale des Travailleurs du Bénin ¨
l'Union
Générale des Travailleurs du Niger, ¨
l'Union
Syndicale des Travailleurs du Niger ¨
le
Parti des Travailleurs du Togo ¨
le
Syndicat National du Secteur de l'Énergie et du Gaz (Côte
d'Ivoire) ¨
et
l'Union Nationale des Syndicats Indépendants du Togo. De
surcroît, elle participe aux diverses activités des
syndicats africains nommées
ci haut, aux branches étrangères de la
Confédération Générale du Travail,
soutient les différents syndicats suisses et du Parti des
Travailleurs de
Belgique. Cependant, afin d’être actif auprès
d’un maximum d’alliés, leur
support financier est important pour que la CGTB puisse être des
leurs, car
leurs moyens sont très limités. Ainsi, grâce
à des contributions de ses
partenaires, la CGTB a participé à un voyage au Canada
pour venir échanger avec
les principaux syndicats québécois (la Centrale syndicale
nationale, la
Fédération des travailleurs du Québec et la
Centrale des enseignants du Québec)
sur le fonctionnement des syndicats au Canada et sur les
possibilités de
collaboration entre les deux pays. Pour terminer, la CGTB soutient
Médecine
sans frontières, le fond de Soutien Tiers Monde et a
participé à la 7e
édition de la rencontre internationale de syndicalistes qui se
tenait en
France. En
définitive, il apparaît évident que la
Confédération Générale du Travail du
Burkina est un organe essentiel de l’activité syndicale au
Burkina Faso. Par
son dynamisme, elle tente d’insuffler aux Burkinabés un
esprit syndical, ce qui
s’avère toutefois une mission fort difficile en raison du
manque de moyens de
télécommunications et de moyens financiers.
L’élimination des programmes
d’ajustements structurels imposés par le FMI, des
réformes au sein des
programmes gouvernementaux et du système juridique et une
résistance à la
globalisation destructrice de richesses : la CGTB ne pourra pas se
plaindre d’ici la fin de la prochaine décennie de manquer
de luttes à mener!!! BIBLIOGRAPHIE Voici
la liste de
tous les sites Internet visités pour parvenir à ce
travail sur les activités
syndicales au Burkina Faso : http://www.oseo.ch/fr/web/index.php?mod=ipp&cat=28&art_id=11&open=11&lid=bur08&lang=fr http://fr.allafrica.com/stories/200502090197.html http://fr.allafrica.com/stories/200502080462.html www.cam.org/~ciso/publi/syndic.html http://www.lereseau.org/pays/burkina_faso/travail/travail.html http://www.fsa.ulaval.ca/personnel/vernag/leadership/disk/burkina_faso_index.htm http://www.cia.gov/cia/publications/factbook/geos/uv.html http://www.malikounda.com/nouvelle_voir.php?idNouvelle=1160
http://www.ilo.org/public/french/region/afpro/abidjan/publ/oit9/combat5.pdf http://www.africatime.com/burkina/nouvelle.asp?no_nouvelle=174661&no_categoriehttp://www.zedcom.bf/actualite/op377/07.htm http://www.monde-diplomatique.fr/index/pays/burkina http://www.bf.resafad.org/2003/cgtb/activite.htm http://www.bf.resafad.org/2003/cgtb/congres2.htm http://www.malikounda.com/nouvelle_voir.php?idNouvelle=116 Portail
réalisé par Jean-Philippe
Bonneau
dans le cadre du cours
GIE 64375 "Relations
humaines dans les affaires internationales", Programme de MBA en
gestion internationale
de l'Université Laval, Professeur Gérard
Verna,
SON
HISTOIRE

Quelques
60.000 fonctionnaires burkinabés observaient
vendredi une grève générale d'avertissement de 24
heures pour exiger une hausse
de 25% de leurs salaires et pensions. Le mouvement,
décrété sur l'ensemble du
territoire à l'appel de six centrales syndicales et de douze
syndicats
autonomes, a été largement suivi, selon des dirigeants
syndicaux. Si le
fonctionnement de l'administration est quasiment paralysé, la
fourniture d'eau,
d'électricité et du téléphone restait
néanmoins normalement assurée dans la
capitale. De nombreuses écoles publiques et commerces n'ont pas
ouvert leurs
portes, mais la quasi-totalité des banques et assurances ont
été épargnées par
ce mouvement social. Dans la matinée, entre 3.000 et 5.000
personnes ont
manifesté pacifiquement dans les rues de Ouagadougou pour
appuyer la grève. Les
manifestants brandissaient des banderoles dénonçant les
hausses intempestives
des prix des produits de première nécessité et
scandaient des slogans hostiles
aux autorités. Une patrouille des forces de l'ordre était
visible dans le
centre ville fermé à la marche. Outre la hausse des
salaires, les grévistes
réclament la baisse des prix des hydrocarbures, de
l'électricité, du ciment,
des transports ainsi que la réduction des taxes et impôts.
Ils exigent
également la reconstruction diligente du marché central
de Ouagadougou, ravagé
par un incendie en 2003. Les fonctionnaires burkinabés, qui ont
déjà manifesté
le 18 décembre contre le coût de la vie, affirment
qu'entre 1994 et 2004, selon
les chiffres de leurs syndicats, l'essence a connu 67,42% de hausse, le
pétrole
lampant 165%, les huiles de cuisine 50%, le sucre 54,92% et le ciment
96%. Le
30 décembre 2004, le gouvernement burkinabé avait
annoncé des hausses de 4,5 à
8% des salaires des fonctionnaires, à compter du 1er janvier
2005, mais ces
augmentations sont jugées dérisoires par les syndicats.
Selon le ministère des
Finances, l'effet conjugué de l'augmentation des salaires et
l'attribution
d'indemnités doit entraîner une augmentation du pouvoir
d'achat des
travailleurs de 12%.