Djibouti, la liberté
syndicale bafouée


Adan Mohamed Abdou,
Secrétaire
général de l’UDT,
Union djiboutienne des travailleurs.
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La situation du syndicalisme à
Djibouti
Le
principal syndicat djiboutien est l’UDT (Union Djiboutienne du Travail). Cette
organisation dirigée par Ahmed Djama Egueh et dont le secrétaire général
est Adan Mohamed
Abdou est comme les autres syndicats de Djibouti (UGTD, STED, OPT, SPBTP)
sujette à une répression farouche du pouvoir central. Son activité est de plus
rendue très difficile par la situation du marché du travail à Djibouti comme
l’explique Adan Mohamed Abdou : « Sur 700.000 habitants de Djibouti, il n’y a
qu’environ 40.000 travailleurs dans l’économie formelle […] Les travailleurs de
l’informel sont actifs dans toute une série de domaines : chauffeurs de bus,
magasins, vendeurs à la criée, vendeuses de produits agricoles de l’Ethiopie…
Nous avons organisé un syndicat de chauffeurs, mais ce n’est pas facile de
maintenir le nombre de membres car il y a toujours des changements :
aujourd’hui ils sont chauffeurs, demain autre chose.»
Etant donné le manque d’information existant sur l’UDT, nous
allons sur cette page nous concentrer sur les difficultés que rencontre le
syndicat dans l’exercice de ses fonctions, sur les violations des libertés qui
nous semblent, à nous occidentaux, fondamentales et sur les perspectives du
syndicalisme à Djibouti.
Djibouti est un petit état de 23.000 kms² (soit un peu moins que le Massachusetts), d’un peu
moins de 500.000 habitants, situé entre la Somalie, l’Ethiopie et l’Erythrée à
l’Est de l’Afrique.
La
position stratégique de Djibouti (à l’entrée de la mer Rouge) en fait un lieu
très convoité. Ancienne colonie française (indépendante en 1977 seulement),
Djibouti est toujours un lieu important de stationnement des armées françaises.
Et depuis quelques années, les enjeux liés au Moyen Orient ont incité les
Américains à se placer également à Djibouti.
Avec
toute cette présence militaire on pourrait croire que l’ordre règne à Djibouti.
Mais il n’en est rien, malheureusement, et à l’image de ses voisins Djibouti
est un pays très instable. La rébellion entre le pouvoir et la minorité Afar
n’a cessé qu’en 2001. Le pouvoir central règne sur le pays d’une main de
fer : droits de l’homme bafoué, population sciemment appauvrie, détournement
de fonds, décret législatif favorisant l’avènement du neveu du président au
pouvoir etc.
Dans
ce contexte l’expression syndicale a bien du mal à émerger …
La
situation du syndicalisme à Djibouti :
La situation des syndicats à
Djibouti empire constamment. Le pouvoir met en place de plus en plus de mesures
répressives lui permettant de museler les syndicats et les voix dans l’opinion
publique susceptibles de s’opposer. Premier exemple : selon Adan Mohamed
Abdou, il faut environ 1.000$ par mois pour vivre décemment à Djibouti. Ce
montant astronomique pour un pays d’Afrique est dû à la présence des militaires
étrangers : la demande qu’ils créent provoque une très forte hausse des
prix. 1.000$ donc pour vivre décemment à Djibouti. Il existait un SMIG (Salaire
minimum) dans les lois qui était fixé à … 100$. Et ce SMIG dérisoire a été
supprimé par une loi gouvernementale. Le gouvernement fait lui-même pression
sur les entreprises étrangères pour qu’elles payent le moins possible les
travailleurs djiboutiens et toute voix qui tente de s’élever contre ces
pratiques est sévèrement réprimée.
Depuis 95, date de la grève
générale, la répression syndicale s’est faite de plus en plus forte, en voici quelques
exemples glanés notamment sur le site de la Ligue Djiboutienne des Droits
Humains (www.lddh-djibouti.org) :
-
« Des centaines de syndicalistes ont été licenciés pour avoir
lancé des grèves de protestations, dont des dirigeants de deux centrales, l’UDT
et l’UGTD (Union générale des travailleurs djiboutiens). Ces dirigeants
syndicaux, demeurent toujours licenciés à l’heure actuelle. L’entreprise qui se
hasarderait à [les] embaucher peut être poursuivie. Cela fait donc près de dix
ans qu’ [ils] vivent sans salaire, harcelés quotidiennement dans [leurs]
activités syndicales par les services de l’Etat. [Ils] vivent cette situation
très difficilement, elle est intenable. » Déclaration
d’Adan Mohamed Abdou.
-
Déclaration confirmée par le département d’Etat Américain : « The Government
restricted unions and harassed and intimidated their leaders.» (http://www.state.gov/g/drl/rls/hrrpt/2002/18180.htm) :
-
Suite à une grève des enseignants en janvier 1996
pour protester contre les arriérés de salaire, les autorités ont procédé à
l'arrestation de très nombreux enseignants, qui ont été licenciés
-
Le gouvernement a encouragé la création d'une
nouvelle fédération syndicale en 1995, la Confédération djiboutienne du
travail, CODJITRA , ainsi que d'une organisation de jeunes syndicalistes,
CONJEUTRA, dans le but de saper les syndicats authentiques
-
Les forces de sécurité ont fermé le siège de l'UGTD
en mai 1996
-
Les cotisations du syndicat des postes et
télécommunications, OPT, et du syndicat des travailleurs du secteur de l'électricité,
SEED, ont été gelées
-
Deux dirigeants du syndicat des enseignants du
primaire SEP ont été licenciés en 1996. L'un d'entre eux était son secrétaire
général
-
Au début 1997, cinq dirigeants du syndicat des
enseignants du secondaire, SYNESED, ont été licenciés et rayés du registre
d'enseignant suite à des grèves au cours du deuxième semestre de 1996 au sujet
d'arriérés de salaires. Ces grèves avaient été violemment réprimées
-
Des nombreux enseignants appartenant au SYNESED ou
au SEP avaient été arrêtes ou suspendus. Il a été interdit aux enseignants
suspendus de se rendre dans les établissements scolaires et d'organiser des
réunions
-
Des manifestations de solidarité avec les cinq
dirigeants du SYNESED licenciés on été réprimées par la force et des centaines
d'enseignants ont été envoyés au camp de détention de Nagad
-
L'avocat qui représentait les syndicats a été
suspendu par les autorités en 1997, et aucun autre avocat n'accepte des
affaires syndicales
-
L’utilisation récurrente
de gaz lacrymogènes et de matraques pour disperser les grévistes et
manifestants pacifiques n’a provoqué aucune sanction pour les forces de police:
“There was no action taken against members of the security forces responsible
for the following actions in 2001: The January police use of tear gas and clubs
to disperse a group of striking union workers; the May police use of tear gas
to disperse a gathering of workers celebrating May Day [...]”(http://www.state.gov/g/drl/rls/hrrpt/2002/18180.htm)
Ultime
fait marquant et complètement aberrant de la part de la présidence djiboutienne :
suite à la pression de l’OIT (Organisation Internationale du Travail) et au
cours des visites de délégués syndicaux internationaux, le gouvernement avait
promis, à plusieurs reprises, une amélioration de la situation et plus particulièrement
qu’il autoriserait la tenue d’un congrès de l’UDT et de l’UGTD. Ce qui s’est
passé en réalité est qu’en 1999, le gouvernement a organisé un simulacre de
congrès national UDT/UGTD et a désigné ses propres partisans à la tête de ces
organisations. (http://www.ardhd.org/francais/observat/obsb152a.htm#2406CIS)
“Minister Barkat
Abdillahi invites and pays for these "clones" to attend official
meetings abroad, such as meetings with the Arab Labour Organisation or the
International Labour Organisation (ILO), "introducing them as Djiboutian
workers' representatives, when they are nothing of the kind." (http://www.afrol.com/articles/15661)
Aujourd’hui la
présidence souhaite modifier le code du travail pour réduire toujours plus le
droit d’action des travailleurs. Les ligues des droits de l’homme,
organisations syndicales et opposants politiques tirent donc la sonnette d’alarme.
Désormais, selon ce code, pour créer un syndicat, il faudra
l’autorisation du ministère de l’Intérieur, du ministère de l’Emploi, de
l’inspection du travail, du ministère de la Justice et du Procureur de la
République. Et si ces ministères demandent la dissolution d’un syndicat donné,
le Procureur de la République pourra, sur simple décision administrative, y
procéder. Adan Mohamed Abdou expose ses inquiétudes :
http://www.icftu.org/displaydocument.asp?Index=991221283&Language=FR
L’UDT n’existant plus, les opposants
étant exilés, la situation du syndicalisme à Djibouti est dépendante de l’évolution
de la situation politique globale du pays. Tant que le régime répressif de Ismail Omar GUELLEH dirigera le pays, on voit mal
comment les syndicats pourraient retrouver une place dans la vie sociopolitique
djiboutienne. Je pense qu’on a du mal à se rendre compte dans nos pays de la
chance que nous avons de pouvoir exprimer nos opinions, organiser des réunions,
se regrouper en syndicats afin de mieux se faire entendre. Etudier la situation
du syndicalisme dans un pays comme Djibouti permet de se rendre compte ce que
signifie vraiment la lutte pour les libertés fondamentales, pour le respect des
droits de l’homme, pour la liberté d’expression. Espérons que la pression
internationale sera suffisamment forte dans les mois et années à venir pour que
la situation évolue à Djibouti et permette à l’UDT et aux autres organisations
syndicales locales de retrouver leur rôle de défense des travailleurs.
Sources :
http://www.syndicat-magistrature.org/article/553.html
http://www.state.gov/g/drl/rls/hrrpt/2002/18180.htm
http://www.cia.gov/cia/publications/factbook/geos/dj.html
http://www.republique-djibouti.com/
Page
réalisée par Aurélien Dutertre dans le cadre du cours GIE 64375 « Relations humaines dans les
affaires internationales », programme de MBA en gestion internationale de l’Université
Laval, professeur Gérard Verna.